Billet d’humeur : le mécénat d’entreprise n’est pas ce que l’on en dit !

A force de brouiller les frontières, on va finir pas transformer le mécénat d’entreprise en gloubiboulga ! Les articles et news se succèdent avec une constance saisissante : la notion de mécénat tend à se diluer dans un magma nébuleux de nouveaux concepts qui mélangent fantasmes et méconnaissance d’un secteur pourtant actif depuis plus de 30 ans ! 

Ce premier coup d’humeur est d’abord provoqué par la parution d’une surprenante étude d’EY qui intègre les dépenses liées au mécénat dans la communication des entreprises avec une reprise par Carenews du titre « Un milliard d’euros, c’est le montant investi dans la communication sur le mécénat ».

Intégrer le mécénat dans les dépenses de communication, c’est nier le rôle et l’essor des fondations d’entreprises (organisme d’intérêt général à part entière) et assimiler le mécénat en régie directe à du sponsoring. Pourtant, ce débat est tranché depuis 1989 et un Que Sais ! rédigé par François Debiesse rappelle sans détour ce que n’est pas la mécénat. On pensait donc ce raccourci mécénat / communication largement périmé.

La montée en puissance des acteurs de l’ESS entraine, elle aussi, des confusions troublantes. Pour mémoire, l’ESS est composé des associations, des mutuelles, des fondations, des coopératives et des entreprises commerciales d’utilité sociale. Le débat n’est pas de savoir si l’ESS est d’intérêt général (notion purement fiscale) mais la place qu’occupe l’économie sociale et solidaire dans notre société. Les mutuelles, les coopératives ou les entreprises de l’ESS sont des acteurs économiques à part entière qui ne prétendent pas s’immiscer dans le champ de l’intérêt général mais qui entendent développer une vision sociale et humaine de l’économie.

Dura lex, sed lex. Seul compte le Code général des impôts et il est clair en matière d’intérêt général. Pour être en être caractérisé, il faut :

  • mener des actions présentant au moins l’un des caractères visés visé aux articles 200 et 238 bis du Code général des impôts
  • être gérés de manière désintéressée
  • exercer des activités non lucratives de manière prépondérante
  • ne pas fonctionner au profit d’un cercle restreint de personnes

Dès lors, les contorsions sont inutiles : ESS et intérêt général sont deux notions distinctes ! Si chacun comprend bien, d’une part la nécessité de financer des acteurs qui innovent dans leur modèle et, d’autre part, l’envie de soutien à des initiatives solidaires, les entreprises toute ESUS (entreprise solidaire d’utilité sociale) qu’elles soient ne sont pas éligibles au mécénat (sauf exception) sans quoi il y aurait une distorsion évidente de traitement entre les associations d’intérêt général et les entreprises ESUS ! Cela peut paraitre injuste à certains, mais ainsi est la loi.

Se pose enfin la question de l’articulation entre « mécénat » et « RSE ». Très clairement, aujourd’hui, le mécénat est le prolongement de la RSE mais la RSE n’est pas du mécénat ! Si l’entreprise a tout intérêt – au travers de sa politique de mécénat – à collaborer avec ses parties-prenantes (ou ses communautés dans une vision anglo-saxonne), le mécénat est un don sans contrepartie directe. Là aussi, l’arrêté du 6 janvier 1989 relatif à la terminologie économique et financière est sans appel.

RSE et ESS sont là aussi deux notions distinctes : elles ont en commun le « social » mais n’ont en aucun cas les mêmes finalités. La politique RSE peut chercher à soutenir la dynamique ESS de son territoire mais dans une logique de soutien à un écosystème économique (puisque inclus mutuelle, coopératives et entreprises).

Les normes, décrets et lois ne sont pas intangibles. Il nous appartient de « moderniser » l’arsenal législatif en fonction de nos besoins et de nos réalités. Mais il nous appartient de ne pas mélanger sciemment les concepts ni d’oublier nos fondamentaux. Aussi, l’arrêté de 1989 ne souffre-t-il d’aucune ambiguïté : le mécénat est sans contrepartie directe… Dès lors, si l’entreprise cherche à récupérer un avantage matériel ou immatériel (et elle est légitime à le faire), le mécénat n’est pas le vecteur approprié. Il s’agit d’un partenariat des plus classiques mais qui ne donne pas lieu à réduction d’impôts. Entreprises, associations ou entreprises ESUS ont tout intérêt à développer des partenariats mais dans un cadre juridique distinct.

Cette tendance des dernières années à inventer de nouveaux concepts, à tordre les définitions, à (ab)user de chausse-pieds pour dévoyer le sens même du mécénat est gênante. Elle introduit l’idée que les entreprises chercheraient à masquer des intérêts derrière des politiques de partenariat : développer son image (c’est de la communication), chercher de nouveaux clients (c’est du marketing) ou développer de nouveaux produits (c’est de la R&D). Il n’y a rien de honteux à ce que le mécénat crée des passerelles entre l’entreprise et le tissu associatif et d’intérêt général au sens large. Bien au contraire, c’est une dynamique vertueuse que de favoriser les conditions du partage : partage d’expériences, connaissance du territoire… Le mécénat est d’autant plus noble et légitime qu’il relève d’un acte libre de l’entreprise.

Mais il semble que le mécénat soit devenu trop étroit pour certains qui cherchent non pas à le développer mais à le dévoyer. C’est malheureux. L’ADMICAL contribue depuis plus de 30 ans à définir clairement les contours du mécénat, tout comme le Centre français des fonds et fondations cherche déjà depuis plusieurs années à préciser les interactions RSE / Mécénat et le rôle des fondations d’entreprises.

Il ne faut pas s’étonner enfin que des acteurs associatifs viennent reprocher (à juste titre) au mécénat d’entreprise de ne plus remplir sa mission : celui de rendre possible des projets d’intérêts général.

À titre personnel, je regrette vivement que tous les efforts entrepris depuis des années par l’AFF sur la structuration des métiers de fundraisers et plus récemment par le CFF sur les métiers de grantmakers soient ainsi niés par un mélange et une inadaptation de concepts qui n’ont comme seul impact de brouiller encore un peu plus la vision du grand public sur nos métiers qui ont pourtant un bel avenir devant eux.

Une convention cadre signée entre le Ministère chargé de la vie associative et la Fondation Groupe EDF

La Fondation Groupe EDF encourage les initiatives associatives depuis plus de 30 ans au travers de ses actions de mécénat, et tout particulièrement grâce aux Trophées des associations et à l’Appel à Projets Salariés (Ghood). Les salariés du Groupe sont eux-mêmes particulièrement engagés dans la vie associative de notre pays et illustrent, au quotidien, cette valeur du Groupe EDF qu’est la solidarité.

Le Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports et la Fondation entretiennent depuis de longues années des relations de confiance en raison d’un partage fort de valeurs communes : promotion de la vie associative, engagement des salariés en faveur de l’intérêt général et plus globalement soutient des toutes les initiatives favorisant la cohésion sociale.

Les Trophées sont ainsi placés sous le Haut-Patronage du Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, signe d’une forte reconnaissance des actions de mécénat de la Fondation par les pouvoirs publics.

La signature d’une convention-cadre permet d’illustrer la force de ces partenariats et a pour objet d’engager la Fondation et le Ministère « à collaborer sur tous les sujets d’actualité qui concerneraient les associations ou l’engagement des jeunes et des actifs ».

 

Une vitalité associative à encourager

Les associations représentent plus de 1,3 million de structures qui contribuent à hauteur de 3,2% du PIB (hors valorisation du bénévolat). Les 16 millions de bénévoles témoignent de leur capacité à mobiliser et rassembler dans tous les domaines, du sport à la culture, des loisirs et de la vie sociale, en passant par la défense des droits, causes ou des intérêts.

Elles portent des valeurs de citoyenneté, de fraternité et de mixité. Elles favorisent la participation et l’engagement de tous autour de projets partagés par des publics aux profils et aux rôles divers. Elles mettent à profit les énergies et les idées pour œuvrer à une société plus juste et solidaire. Par leur participation, les bénévoles, les volontaires, les adhérents, les donateurs, les bénéficiaires et les salariés associatifs portent des projets en faveur du bien commun. En créant et en entretenant le lien social, le secteur associatif soutient et contribue fortement à la mixité et la cohésion sociale nécessaires à notre pays. Elles contribuent à l’innovation sociale par leur capacité à identifier des aspirations, des enjeux et des besoins nouveaux et à proposer des réponses possibles.

Le Ministère chargé de la vie associative déploie de son côté de nombreux dispositifs de soutien à destination du monde associatif et de la jeunesse, comme le Fonds pour le développement de la vie associative (FDVA) qui permet le soutien aux expérimentations et aux projets innovants territoriaux des petites et moyennes associations en cohérence avec le soutien d’autres partenaires publics et privés. Il porte aussi le fonds d’expérimentation jeunesse (FEJ) qui est entre autre le support opérationnel et financier de l’initiative présidentielle « La France s’engage » qui a pour vocation d’identifier, mettre en valeur, soutenir et faciliter l’extension d’initiatives socialement innovantes portées bénévolement par des acteurs associatifs, des fondations, des entreprises pour relever de nouveaux défis auxquels les modes d’intervention classiques de la puissance publique n’ont pas encore eu l’opportunité de répondre.

Il est de responsabilité de la société de favoriser une meilleure prise en compte des besoins, préoccupations et aspirations de la jeunesse, en assurant son autonomisation et émancipation dans le respect et la défense des valeurs de la République.

Les Fondations : au carrefour du bien commun

Les fondations, actrices de l’intérêt général, accompagnent les associations sur le terrain dans la mise en œuvre de leurs actions. Les entreprises via leurs fondations ont toute leur place aux côtés des acteurs associatifs. Le mécénat crée en effet une dynamique en instaurant un dialogue ou suscitant des prises de conscience, les fondations d’entreprises exerçant une responsabilité dans leur environnement immédiat. Les salariés sont par ailleurs invités à contribuer au soutien de l’intérêt général au travers de leur engagement personnel et/ou auprès des fondations et/ou des entreprises en donnant de leur temps. Les actions expérimentales des fondations sont – de fait – complémentaires de celles des pouvoirs publics.

La Fondation Groupe EDF s’engage depuis de nombreuses années aux côtés des associations et a pour vocation de soutenir des initiatives positives issues de la société civile ainsi que des dispositifs innovants. Elle intervient ainsi en faveur de la solidarité et du progrès et invite les collaborateurs du Groupe EDF (dont 43 % sont engagés à titre personnel dans la vie associative de notre pays) à participer via le bénévolat ou le mécénat de compétences aux actions de mécénat qu’elle porte.

Renforcer le dialogue entre
les acteurs publics et privés

Le Ministère et la Fondation Groupe EDF, au regard des objectifs qui sont les leurs, à savoir le soutien à la vie associative et aux projets en faveur des jeunes, ont exprimé le souhait de collaborer en signant une convention cadre de partenariat.

Le Ministère et la Fondation Groupe EDF s’engagent ainsi à collaborer sur tous les sujets d’actualité qui concerneraient les associations ou l’engagement des jeunes et des actifs.C’est ainsi que le 16 mars dernier, a été organisé à l’Espace Fondation EDF, en partenariat avec Pro Bono Lab, une matinée dédiée à l’engagement des salariés aux côtés des acteurs associatifs.

L’occasion de découvrir les dispositifs de la loi « Égalité et Citoyenneté » qui permet à tout dirigeant associatif bénévole d’exercer ses fonctions grâce à un congé non rémunéré de 6 jours maximum. Cette disposition est ouverte aux dirigeants bénévoles d’associations d’intérêt général ouvrant droit à défiscalisation des dons. Ces missions leur permettront d’acquérir des points supplémentaires sur leur compte personnel d’activité (CPA), pour valoriser leur engagement et bénéficier de droits à formation. Avec cette mesure, le Gouvernement ouvre un droit aux salariés : celui de consacrer du temps à leur engagement.

Pour aller + loin

Favoriser l’engagement associatif des actifs (Fondation Groupe EDF)

Que change la loi « Égalité et Citoyen » ? (Vie Publique)

Panorama du pro Bono (Pro Bono Lab)

 

RSE et mécénat sont-ils solubles ?

A l’initiative du Centre français des fonds et fondation, une rencontre était organisée ce vendredi 15 janvier 2016 à la Fondation EDF sur le thème de « la contribution de la fondation d’entreprise à la démarche RSE de l’entreprise ».

Quelles frontières et quelle définition ?

D’aucun juge ce débat artificiel, considérant que de facto, la Fondation s’intègre dans la contribution sociétale des entreprises. D’autres, au contraire, estiment que la Fondation n’a pas sa place dans la stratégie RSE de l’entreprise, un organisme d’intérêt général étant par essence déconnecté des enjeux de l’entreprise, le débat ne pouvant porter que sur les frontières « mécénat / RSE ».

Évacuons d’emblée la problématique de terminologie et le périmètre. Doit-on parler de responsabilité sociale ? de responsabilité sociétale ? de responsabilité sociale et environnementale ? de développement durable ? En réalité, la RSE couvre l’ensemble de ces définitions dans une seule et unique dynamique : celle de la « responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société » selon une définition proposée par la Commission européenne.

La RSE « conduit ainsi les entreprises à se fixer des objectifs non seulement économique, mais aussi sociaux, sociétaux et environnementaux afin d’inscrire sa croissance dans le long terme » comme le souligne Isabelle de Bayser Directrice d’Active RSE. En France la norme ISO 26000 permet de décliner la RSE au travers de 7 principes, résumés dans la marguerite ci-dessous.  :

http://labelsetterritoires.eu

http://labelsetterritoires.eu

Issue d’un large consensus et approuvée par 99 pays, cette norme définit la responsabilité des entreprises en matière sociétale et repose sur 3 points essentiels : le principe de responsabilité, l’implication des parties prenantes et la déclinaison des 7 principes illustrés plus haut. Par ailleurs, la loi NRE de 2001 oblige les entreprises cotées à rendre public un reporting social et environnemental.

Ainsi, le principe même de responsabilité est de rendre compte de ses actions dans une dynamique de transparence. Les choix stratégique de l’entreprise doivent être expliqués et s’inscrire dans un reporting public. Le dialogue avec l’interne et l’externe est également l’un des grands principes de la RSE. Dès lors, le mécénat s’intègre parfaitement dans une dynamique d’engagement citoyen de l’entreprise.

 

Un engagement volontaire de l’entreprise

Jusque dans le début des années 2000, le même débat a animé la communauté professionnelle des acteurs du mécénat au sujet des interactions « communication / mécénat ». Le mécénat (et a fortiori la Fondation – identité encore plus forte d’une politique de mécénat) procédait-il du prolongement de la communication de l’entreprise puisqu’il contribue à l’image de la marque ou au contraire exprimait-il un engagement volontaire en faveur de l’intérêt général, marqueur d’une contribution financière envers les territoires sur lesquels l’entreprise est implantée ?

Ce débat n’a jamais été vraiment résolu, même si personnellement je milite pour une déconnexion totale de la Fondation vis-à-vis de la communication corporate. Néanmoins, les habitudes se sont installées et chaque entreprise mène aujourd’hui une politique de mécénat qui lui est unique et qui s’intègre dans son identité. Faut-il rejouer la bataille d’hernanie et chercher à opposer le couple « RSE / Mécénat » ou ne faudrait-il pas accepter que le mécénat s’intègre naturellement dans une stratégie RSE, quand bien même il serait mis en œuvre au travers d’une fondation (outil juridiquement distinct de l’entreprise) ?

Walt Disney a résolu ce nœud gordien en intégrant pleinement le mécénat dans sa politique RSE, dans une démarche largement ouverte envers ses parties prenantes (cf. le schéma ci-dessous). Les entreprises anglo-Saxonness, comme Disney, identifient cette approche sous le nom de « corporate citizenship » qui recouvre l’ensemble des engagements volontaires de l’entreprise envers les communautés locales. Cette notion est intéressante car elle couvre un spectre plus large que la définition française du mécénat qui obéit avant tout à un cadre fiscal : celui de l’intérêt général.

« toutes les actions qui font du bien à la communauté sont bonnes à prendre »

Jeff Archambault, Vice President Corporate Citizenship EMA, souligne que la démarche d’acteur responsable de Disney est intégrée : « conduire le business et créer de produit de manière éthique, mais aussi inspirer les autre en faisant la promotion du bien-être et du vivre ensemble sont les marqueurs de notre engagement citoyen ». Valeurs propres au Groupe, objectifs de RSE et politique de mécénat sont indissolubles. Si Disney possède une Fondation, elle n’est dédiée qu’aux seuls financements de dispositifs liés à ses salariés (exclusivement aux USA), le choix a été fait de s’affranchir d’une telle structure pour son mécénat lié aux parties prenantes externes. Cette approche américaine relève sans aucun doute d’un pragmatisme des affaires où tout un chacun est impliqué dans un même territoire : « toutes les actions qui font du bien à la communauté sont bonnes à prendre » confirme-t-il. Plus qu’une cohérence, sans doute faut-il y voir une imbrication entre les valeurs véhiculés par la marque et l’implication du Groupe dans la société tout entière, en particulier au regard du poids financier et culturel de Disney. C’est du « gagnant-gagnant » insiste enfin Jeff, « de la valeur-partagée pour tout un chacun  [share-value] ».

http://citizenship.disney.com

http://citizenship.disney.com

Les esprits cartésiens y verront peut-être une forme de confusion entre les intérêts de l’entreprise et ceux de la société civile. J’y vois pour ma part une forme de réalisme. Les Américains privilégient la finalité aux modalités alors qu’en France, le débat « Mécénat / RSE » est corseté dans une notion purement fiscale et juridique au détriment de la vision sociétale. Je crois donc qu’il n’ y pas lieu d’opposer les deux d’autant plus que ni les salariés, ni le grand public, ne font bien souvent la distinction entre les différents moyens d’interventions dont dispose l’entreprise.

C’est le parti prit par Adecco. Conscient que le travail temporaire génère certaines externalités négatives, le Groupe a souhaité réfléchir à une politique RSE large avec une vision précise de ce qui relève de la responsabilité première de l’entreprise (la santé et la sécurité au travail, l’évolution professionnelle par exemple), des politiques liées à l’emploi en général comme l’enjeu central de l’égalité des chances. Pour Bruce Roch, Délégué général de la Fondation Groupe Adecco et Directeur de la RSE la séparation est évidente et ils se créent des synergies naturelles entre RSE et mécénat, sans confusion possible.

Pour conclure, si « la RSE n’est que le respect des règles que l’on est en droit d’attendre d‘une entreprise » comme l’indique Muriel Voisin Directrice RSE de Dalkia, « le mécénat est avant tout un acte libre et volontaire de l’entreprise » comme le rappelle Delphine Lalu Déléguée générale de la Fondation AG2R la Mondiale. S’il est évident que le mécénat à la française a du mal à s’intégrer dans les cadres internationaux du reporting extra-financier, il n’en reste pas moins qu’il est pleinement complémentaire d’une démarche RSE. L’existence d’une Fondation est par ailleurs un marqueur fort de l’entreprise envers la société civile, un engagement pérenne et aux bénéfices du plus grand nombre !

Nils Pedersen
Conseiller Mécénat – Fondation groupe EDF

« le mécénat est avant tout un acte libre et volontaire de l’entreprise »

Journée mondiale du bénévolat

Le 5 décembre est la journée annuelle du bénévolat. En réalité, le bénévolat, c’est 365 jours par an pour les 12, 14 ou 16 millions de Français adhérents, impliqués ou engagés dans une association. Au-delà du chiffre et de la définition du degré d’investissement de ces millions de Français, c’est la dynamique tout entière du bénévolat qui est à prendre en compte. Chacun d’entre nous a déjà pris part à une action mise en œuvre par une association : la collecte des Banques alimentaires ou des Restos du Cœur, l’achat de cadeaux de Noël à l’Unicef ou MSF…. Plus largement, combien de parents n’ont-ils pas inscrit leurs enfants à un club de sport ou de loisirs géré par une association ?

La richesse du tissu associatif est constituée par sa diversité et sa multiplicité de moyens d’actions. Aujourd’hui, tout le monde peut donner de son temps à une cause associative, indépendamment de son parcours professionnel, de ses origines sociales ou de son niveau de vie. Les associations œuvrent partout et pour tous. Et si chacun est invité à s’engager aux côtés d’une association, chacun d’entre-nous peut aussi s’impliquer dans des fonctions bénévoles. Là où l’ascenseur social est en panne, l’ascenseur associatif a pris le relai : du simple adhérent, n’importe quel bénévole peut être élu président à la seule force de ses convictions et de son travail.

Là où l’ascenseur social est en panne,
l’ascenseur associatif a pris le relai

Le mot « vivre-ensemble » est désormais tellement galvaudé que l’on ne mesure plus le sens de l’un des trois piliers de la devise républicaine : la Fraternité. Pourtant, ces acteurs de terrains sont au cœur de notre cohésion sociale et contribuent à la vitalité des territoires. Selon le Mouvement associatif, l’emploi associatif représente 5% de l’emploi salariés et contribue à hauteur de 3,5 % du PIB. Cela est rendu possible par des milliers des bénévoles qui acceptent quotidiennement de prendre des responsabilités dans la gouvernance de leurs associations. Loin de détruire de l’emploi ou de « coûter » en impôts comme on peut l’entendre encore trop souvent, l’initiative associative est un des moteurs de la cohésion nationale dont les effets dépassent largement l’impact économique.

Les urgences sociales, environnementales, économiques sont telles qu’il faut faire converger toutes les énergies pour inventer de nouveaux modèles et non opposer des valeurs. La crise de défiance de nos concitoyens envers les institutions est si forte qu’elle impose de nouvelles alliances. Il n’y a pas d’un côté la puissance publique détentrice de la matrice de l’intérêt général et de l’autre les entreprises productrices des richesses économiques. Si les finalités des uns et des autres sont bien évidemment différentes, il faut mettre fin à cette dualité publique / privée. Comme le soulignait récemment le Président de La Fonda suite aux attaques terroristes de novembre « nous ne pouvons plus attendre que l’avenir s’éclaircisse pour agir, c’est toute la société civile qu’il faut mettre en état d’urgence

C’est ainsi, qu’aux côtés des associations, interviennent de nouveaux acteurs comme les Fondations, mobilisées sur les mêmes enjeux parce qu’elles croient que la mobilisation en faveur de l’intérêt général doit fédérer toutes les énergies. Comme le souligne encore Yannick Blanc « la communauté d’action se définit exclusivement par l’action qu’elle mène et non par l’appartenance, le statut juridique ou social de ses membres ni par le type de structure sur lequel elle s’appuie.» Aussi, réjouissons-nous de ces milliers d’hommes et femmes mobilisés au profil d’un idéal que nous partageons tous : celui d’un monde meilleur.

Nils Pedersen
Responsable du développement de la Fondation EDF
Administrateur de La Fonda

La Démocratie doit à nouveau faire face à ses ennemis

Indépendamment de la figure de Marcel Gauchet, il frappant de relire dans un article sur le « Gouvernement de la culture » une citation de lui de 1998 « Entrées dans l’évidence (…) les démocraties, désormais privées d’ennemis, ont perdu leur pouvoir de se présenter comme projet mobilisateur » (1). Aujourd’hui, alors que nos citoyens ne se sont jamais autant détournés de nos institutions au cours de ces 10 dernières années sans pour autant se détourner de la chose publique, la République devient à nouveau un projet commun qu’il convient non seulement de défendre mais surtout d’incarner. Le Président proposait de modifier la constitution. Mais ne faut-il pas au préalable faire (re)vivre nos institutions et les valeurs qu’elles portent ? La France s’est collectivement réjouit de la qualité de nos services publics qui ont été à même de répondre à l’urgence et à l’horreur de ses attentats. Pour autant, le sens de la mission de service public se dilue de jour en jour par une montée de l’individualisme qui fragmente de plus en plus notre société.

 

Entrées dans l’évidence (…) les démocraties, désormais privées d’ennemis, ont perdu leur pouvoir
de se présenter comme projet mobilisateur

 

Gauchet dans une analyse de 2007 reprochait à la Démocratie d’avoir « universellement sapé les bases de l’autorité du collectif au nom de la liberté. (…) Elle a fait passer au premier plan l’exercice des droits individuels, jusqu’au point de confondre l’idée de démocratie avec lui et de faire oublier l’exigence de maîtrise collective qu’elle comporte ». (2) La prolongation de l’état d’urgence votée par le Parlement pour les 3 prochains mois mobilise de facto cette exigence collective mais de manière artificielle. Maintenant que la Démocratie doit à nouveau faire face à ses ennemis, n’est-il pas temps de remobiliser nos valeurs ? Au-delà de leur proclamation (voire incantation), il faut les mettre en œuvre pour s’inscrire à nouveau dans une histoire commune. Ce qui a unit la France au cours des siècles derniers, ça n’est pas la religion, la couleur de peau, l’argent où le fait d’être né sur le sol Français mais c’est le partage d’un socle de valeurs issues des Lumières, c’est cette pensée universelle et évidemment une culture et une langue qui rayonne dans le monde entier.

 

(1) La Religion dans la démocratie, Parcours de la laïcité. Paris Gallimard 1998
(2) Désenchantement du monde. 2002

Prix de la Fondation Chirac pour agir au service de la Paix

Remise des prix au musée du quai Branly

Remise des prix au musée du quai Branly

Rendre hommage aux hommes et aux femmes qui œuvrent pour la paix et la culture. En ce lendemain d’attentats qui ont frappé la France, les deux prix de la Fondation Chirac revêtent un sens particulier ; attribués à Latifa Ibn Ziaten et Aldiouma Baba des Banques culturelle du Mali, ils sont dans la vérité de l’actualité. Si le Président Chirac n’a pu assister ce matin à cette remise, la présence du Président de la République témoigne de l’importance de ces actions qui visent à lutter contre la haine et la radicalité, le fanatisme. Ce matin, c’est un message de paix et de tolérance qui a été porté par l’ensemble des personnalités présentes qui ont appelé au meilleur de le l’être humain : son intelligence.

Latifa Ibn Ziaten s’est particulièrement démarquée en défendant un dialogue fécond sur la laïcité. La France est unie dans sa diversité quand elle croit et partage ses valeurs. La France est elle-même quand elle défend un idéal de paix de solidarité et évidemment le dialogue des cultures.

Énormément d’émotion et de solennité ce matin dans cet amphithéâtre Lévi-Strauss. Un moment de dignité et de respect. Et comme l’a rappelé François Hollande, « la France répondra à la haine par la fraternité, à la terreur par le droit, au fanatisme par l’espérance. En étant tout simplement la France ».

 

« La France répondra à la haine par la fraternité, à la terreur par le droit, au fanatisme par l’espérance. En étant tout simplement la France ».

Pour un discours sur la Fraternité

« Une politique, quelle qu’elle soit, ne saurait rassembler, unir, fédérer ceux et celles qui sont appelés à la soutenir, si elle ne s’appuie pas sur un socle de croyances qu’elle prend soin d’entretenir. » Je ne garantis pas la conformité exacte des propos repris par Marc Crépon dans un récent article du Monde mais voilà ce que rappelait Péguy aux socialistes avant la 1ere Guerre Mondiale. Si le socialisme veut avoir prise sur le réel, il faut qu’il ait à proposer autre chose que le seul concept de changement et qu’il offre une espérance dans l’avenir. Si notre socle commun de valeurs (que je préfère à croyance) n’est pas brandi comme un étendard, le vide sera vite comblé par d’autres croyances… Il n’y a aucune forme de nostalgie dans mes propos, ni coup de gueule, mais conspuer le FN ne constitue pas en soit un discours qui permet au peuple de gauche de porter le progrès social ! A nous de proposer un discours sur la Fraternité (donc le vivre-ensemble, terme aujourd’hui vidé de son sens) qui incarne nos valeurs et cette intangible croyance dans notre identité de socialiste qui permet l’émancipation des individus.

« Une politique, quelle qu’elle soit, ne saurait rassembler, unir, fédérer ceux et celles qui sont appelés à la soutenir, si elle ne s’appuie pas sur un socle de croyances qu’elle prend soin d’entretenir. »

When giving makes you feel rich

I’m sure all of you have already made a donation to an NGO or a Charity. At least, for Christmas, you may have been asked for a few coins stocked deep from the bottom of your pocket by an adorable teenager who’s has explained you the purpose of the NGO he or she was a member of!

In France, we usually consider that as an individual person, we don’t have to finance Charities because this is why we are paying – each year – taxes. From the end of World War Two, the Welfare State is taking care of everything: education, health, social inclusion…. So, why would we have to donate for structures that are already supported by our taxes?

Most likely, because the needs of a growing population are even more important every day. Our world is becoming competitive with fewer fields for penniless people. Obviously, if middle classe needs increase, it also applies to them. That is why we carry solidarity in the western countries. As we all know, public finances are going through debt rather than to benefits! We will always hear people saying they pay too many taxes (this is a good thing, meaning that they have a good job!) but some others taxpayers also claim to choose which Charities they give their money. Of course, they will have in return taxes exemptions and in some way, they will be the one to decide what to do with public money!

Furthermore, we should remember what President Kennedy said in 1961: “ask not what your country can do for you, ask what you can do for your country”. Naturally, USA is not France. But, it is important to point out that, each year, 95 % of American citizens make donation (from the local church, to the public hospital, or the private university) when only 45% of European people are donating to charities. Religion and culture both play a huge role in helping us to understand the differences between our two continents. In the Protestant way of behavior and more extensively the Anglo-Saxon environment, wealth is well accepted when for Catholic people, money is not supposed to be showed. I’m sure all of you have heard about the Carnegie Hall or the Rockfeller center. Those two buildings have been built thanks to the generosity of rich business men : those two philanthropists offered close to 1 billion dollars to their fellow citizens rather than their own families !

giving makes you feel good, to others, and to yourself!

If you pay attention to the newspapers over the next days, you will probably noticed ads for giving through the charity. The message will carry a strong headline: “giving makes you feel good, to others, and to yourself! » Being generous helps you to be happy! That’s what said Doctor Michael Mangot according to studies he lead recently (« Heureux comme Crésus ? Leçons inattendues d’économie du bonheur » – éditions Eyrolles). Even if one donator in two (in France) gives less than 100€, you can offer NGOs not only money but also clothes, food, books… however you want to help other people to feel better.

Today, charities cover every topic in our society: poverty, education, heath, environment, animals, culture…. So, no excuses not to help altruistic and philanthropic structures! Especially when you know that they are mostly funded at the end of the year. Perhaps because of the Christmas holidays? Or maybe because we can deduct 66% of the donation from our revenue if we pledge a donation before December 31th? Last but not least; giving to charities makes your rich whatever the amount of your gift!

Le Blanc de l’Algérie

Bouleversé par la lecture du roman d’Assia Djebar « Le Blanc de l’Algérie » qui mêle souvenirs autobiographiques et portraits de la société algérienne poste-indépendance. Elle nous plonge dans plus de 30 ans d’histoire contemporaine, celles où violement, l’extrémisme armé prend le pas sur des hommes et des femmes – écrivains, poètes, médecins, enseignants – tous épris de culture et de liberté qui seront assassinés les uns après les autres pour éradiquer le savoir et la connaissance, armes massives d’émancipation qui arrachent les Hommes de leur condition humaine. Elle nous embarque avec une simplicité déconcertante dans le processus politique qui a donné corps à l’Algérie actuelle. Elle convoque, uns à uns, les morts – ses morts – dans la langue de Molière qu’elle manie avec la délicatesse des mots qui ont forgé une partie de son identité. Elle dépeint un peuple écartelé entre deux cultures, deux communautés ; celles du monde arabe, celles de la France. Elle cherche à rendre intelligible la traversée d’un enfer indescriptible pour ceux qui n’ont pas été pris dans la tourmente des luttes fratricides : « de même que la cours de Louis XVI ne pouvait trancher le conflit entre la royauté et le peuple de France, il n’appartient pas aujourd’hui aux tribunaux de régler un conflit qui oppose des oppresseurs à des opprimés. Rien n’empêchera les Algériens d’aimer la liberté ! »

Son récit prend une force narrative qui tort les tripes tant l’on assiste à travers elle, impuissants, à la disparation de l’idéal démocratique dans lequel a baigné cette Intelligentsia algérienne. L’odeur du sang des innocents qui suinte dans les blanches rues d’Alger s’évapore à chacune des pages que l’on tourne. Malgré tout, l’amour que porte l’auteur à ses compatriotes transpire à chacun des pages de ce récit poignant : « J’écris, comme tant d’autres femmes écrivains algériennes avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie. »

Pendant que certains se noient dans la méditerranéenne

11935079_10153979205005995_8048578390463995325_nPendant que certains se noient dans la méditerranéenne, d’autres se noient dans le méandres obscures des procédures tatillonnes censées nous protéger. De quoi au juste ? De la misère ? De la violence des conflits dont nous sommes en partie responsable ? Elles ne nous protègent pas en tout cas de la honte qui nous saisit face à une telle déferlante de corps qui couvrent nos plages. Comment des peuples qui ont pu se souder pour mettre fin à la guerre il y a 70 ans sont-ils devenus aussi insensibles face à une telle tragédie humaine ? On ne parle plus d’égoïsme nationaux à ce stade mais d’aveuglement face à des humaines qui ne demandent qu’à vivre. Qu’avons nous fait de la fraternité censée nous unir ? Où est passé la solidarité que nous brandissons tous les jours à la face du monde ? Comment l’Europe a-t-elle pu faire rayonner des siècles durant l’Humanisme, les Lumières, les Droits de l’Homme et aujourd’hui se barricader derrière, au mieux, des normes de papiers, au pire des barrières de barbelées nous rappelant les pires heures de notre histoire commune.