Besoin de Gauche

Pierre Moscovici réunissait aujourd’hui à Paris ses troupes pour une conférence de presse de présentation de la motion « Besoin de Gauche ».

 

Les électeurs et les Français sont déçu par un pouvoir qui ne tient pas ses promesses et qui se livre à une destruction sans merci du modèle social français : mise à mal des 35 heures, destruction programmée de la Sécurité Sociale, assurance chômage au rabais… Parallèlement, alors que la Gauche doit plus que jamais être présente sur le terrain, elle peine à mettre en œuvre une opposition crédible au Parlement. Le PS bénéficie pourtant d’une caisse de résonnance sans précédent, si l’on se réfère à l’ensemble des départements, des régions, des villes et des communautés de communes à la tête desquels sont élus des socialistes.

 

Mais il peine à se faire entendre, apparaissant parfois comme plus conservateur que l’UMP, ne proposant pas de solutions sachant s’adapter à un monde qui a bougé. Le PS ne remportera pas les élections présidentielles pour la simple raison qu’il ne les a pas gagnées depuis Mitterrand. C’est la force des idées qui rassemblera le peuple de gauche. C’est pourquoi l’élection du prochain premier secrétaire doit permettre au parti socialiste de se mettre sérieusement au travail afin d’apporter des solutions aux nombreux défis auxquels notre société est confrontés.

 

Cette contribution n’a pas vocation à être un prè-programme présidentiel – il est bien trop tôt – elle souhaite néanmoins poser des bases de travail. Il s’agit de fixer des objectifs, parmi lesquels :

–          la non présidentialisation du parti

–          un Congrès de Reims initiateur d’une relance du PS

–          des débats collectifs ouverts sur la société

–          une désignation du candidat à la présidentiel par le biais des primaires

 

Ce besoin de gauche existe, au PS de l’entendre et de se rassembler. Il ne suffit pas de gesticuler, il faut convaincre. Pour convaincre, il faut proposer des solutions adaptées à notre société.

 

La diversité d’opinions au sein du PS est saine, elle démontre que ce parti reste une force de proposition, mais elle ne doit pas empiéter sur le fond. Le PS ne peut plus se permettre des compromis qui ne satisfont personne, de synthèses molles ou encore des querelles d’orgueil et d’aura. La nouvelle déclaration de principe permet d’afficher un socle commun d’idée. C’est à partir de ces valeurs qu’il faut travailler. Il n’y a pas de fatalité face au gouvernement, face à une économie mondialisée qui devient folle. Il y a des solutions concrètes qui peuvent être apportée. Rien n’empêche le pouvoir politique de réguler l’économie, de dégager des marges de manœuvre pour soutenir des secteurs de pointe. Rien n’impose de favoriser le capital au travail et rien n’interdit la solidarité, ni une révolution écologique et encore moins le retour de l’Europe au sein de la France.

http://besoindegauche.over-blog.net/

Besancenot, une menace pour le PS ?

Cette inquiétude revient régulièrement dans les médias ? La quotte de popularité du Postier dépasserait celle des principaux leaders de la gauche. Si l’on en croit un sondage OpionWay paru dans le Figaro (daté du 19-06-08), le porte-parole de la LCR serait perçu par 17% des Français comme le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy, loi devant Delanoë (13%) ou encore Royal (9%). Sans revenir sur l’importance que l’on peut accorder à des sondages qui varient d’un jour à l’autre, peut-on raisonnablement parler de menace pour le PS ?

Les valeurs défendues par le PS et la LCR sont bien différentes. Alors que la LCR prône une résistance acharnée contre le libéralisme et le capitalisme et appelle au Grand Soir, le discours du PS, fondé sur une expérience du pouvoir politique local et national, est tout autre. S’il est vrai que les regards sont actuellement tournés vers le Congrès de Reims, le PS n’en est pas moins au travail : 187 députés, 88 sénateurs ; 20 régions sur 22 et plus de la moitié des départements sont détenus par la Gauche. Preuve que les électeurs font encore largement confiance au Parti Socialiste. Le débat démocratique se fait dans les hémicycles, pas dans la rue.

 

Le PS n’a pas à avoir peur de l’extrême-gauche. Dès lors que le projet et les valeurs sont clairement exprimés, les militants font leur choix d’eux-mêmes. La force d’une organisation réside dans le message qu’elle porte.

 

Il est temps d’arrêter les discours utopistes, de faire croire que l’État tout puissant pourrait changer la donne. Sarkozy nous a fait miroiter une croissance supérieure à 2%, elle dépasse péniblement les 1, 5%. On nous fait croire que les heures supplémentaires favorisent le pouvoir d’achat ; elles ne font que vider encore plus les caisses en les privant  des rentrées fiscales, pourtant indispensables.

 

Il faut au contraire relancer la croissance et favoriser les échanges. Avant de songer à redistribuer de la richesse, encore faut-il qu’elle se crée. La force du PS réside dans le choix des solutions responsables. Il ne prône donc pas à la fin du Capitalisme, et n’appelle pas à une dérégulation complète du marché comme le fait l’UMP. Au contraire, la crise récente des suprimes, l’envolée des cours des matières premières ou encore du pétrole, démontrent – s’il en était encore besoin – , de l’importance des régulations du marché, dans lequel la puissance publique a toute sa part.

 

Pour assurer une juste redistribution des richesses – l’argent ne pouvant être une valeur en soit – il faut accepter ce discours, au risque de déplaire à une frange de l’électorat qui se complaira dans la fougue de doux rêveurs post-soixanthuitard. Faire de la politique, c’est savoir assumer tous les discours, mêmes les moins glamours. C’est savoir convaincre sur des idées et non pas sur des slogans.

L’appel du 2 juin pour le soutien à l’audiovisuel

Fabienne Servan-Schreiber, productrice de très nombreux films, est à l’origine d’une soirée consacrée à la défense de l’audiovisuel aux Folies Bergères le 2 juin dernier.

 

Plus de 1 200 professionnels du secteur se sont réunis pour afficher leur soutien à la télévision publique et à la création audiovisuelle. Retour en arrière. En Janvier 2008, Nicolas Sarkozy annonçait triomphalement qu’il allait supprimer la publicité des chaînes de France Télévision. Cette noble intention s’accompagnait d’une réflexion sur la mise en place d’une nouvelle offre culturelle sur France Télévision et d’une distinction plus marquée entre chaînes publiques et privées.

 

Le Président de la République se gaussait alors de la Gauche, en soulignant que cette mesure était dans ses cartons depuis des années, sans que jamais elle n’ait eu le courage de l’appliquer. Et pour cause. Supprimer les recettes publicitaires sans priver France Télévision de son budget, supposait de trouver des compensations budgétaires adéquates. Le Gouvernement de l’époque, bien qu’hostile à la publicité, a préféré faire le choix d’un financement partiel de la télévision publique par la publicité plutôt que par l’impôt. Ce choix a permis aux chaînes publiques de conserver leurs moyens financiers jusqu’à aujourd’hui.

 

On ne peut bien sur que se féliciter d’une télévision débarrassée de réclames et se réjouir des volontés du Gouvernement de vouloir réviser à la hausse les obligations de qualité de France Télévision. Qui ne s’est pas plaint des interminables minutes de publicités ? Qui n’a pas bondi devant les propos des dirigeants de TF1, Patrick Le Lay en tête, lorsqu’il déclarait cyniquement : « A la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit » ?

 

Il est étonnant de voir à quel point le Gouvernement fait preuve d’amateurisme : une annonce non concertée avec Christine Albane, une commission Copé inefficace dont les parlementaires socialistes ont claqué la porte, aucune compensation financière prévue… De plus, alors que le Président Sarkozy annonce la fin de la publicité sur les chaînes publiques, il autorise, par la voix de sa ministre de la culture, les chaînes privées à augmenter la durée des publicités en invoquant une baisse d’audience dont l’augmentation des recettes devrait être taxée pour financer les chaînes publiques. D’un côté, il souhaite autoriser ses amis du secteur privé à augmenter ses bénéfices, de l’autre côté, il programme une asphyxie des chaînes publiques. Deux poids, deux mesures.

 

Quelles solutions préconiser ? Alors que le contexte économique est des plus mauvais, est-il raisonnable d’augmenter la redevance télé, pourtant l’une des plus basses d’Europe ? Faut-il taxer les nouveaux opérateurs (fournisseurs d’accès à internet, opérateurs mobiles) ? Comment permettre à France Télévision d’atteindre ses objectifs qualitatifs en lui diminuant ses budgets. A l’heure actuelle, le gouvernement patauge. Et l’on est en droit de se demander si l’un de ses objectifs n’est pas de voir la télévision publique mourir à petit-feu.

 

Il ne s’agit pas de défendre bec et ongle le service public audiovisuel. La crise du secteur est grave et nécessite des remises en causes dans ses modes de fonctionnement. La place sans cesse grandissante du numérique doit être prise en compte : montée en puissance de la TNT, téléchargements sur le net, Télévison à la demande, télévision sur les téléphones portables, apparition de nouveaux acteurs comme Orange. La presse et le secteur musical sont également confrontés à la même concurrence du numérique. On peut dès lors s’interroger sur le rôle de la télévision et sur la pertinence de l’existence même d’un secteur audiovisuel public.

 

Pour nous, la réponse est évidente et elle est positive. La télévision publique a un rôle éducatif et culturel à jouer. Les Français passent en moyenne 3,5 heures par jour devant leur poste de télévision. On ne peut imaginer en seul instant que ces heures de programmes ne soient diffusées dans le seul objectif de faire des spectateurs des consommateurs.

 

La télévision crée des centaines d’emplois : techniciens, producteurs, réalisateurs, comédiens qui réalisent chaque année des dizaines d’heures de documentaires, d’émissions, de films distribués tant en France qu’à l’étranger. La création française est de qualité et la télévision française ne doit pas être écrasée par les productions américaines, aussi intéressantes soient-elles pour certaines d’entre elles.

 

Que faire alors pour ne pas condamner ces intermittents ? Comment faire pour ne pas alourdir les finances publiques, dans un contexte où l’État réduit la voilure ? On comprend mieux aujourd’hui le choix de Jospin et l’on se demande si Sarkozy ne voudrait pas en profiter pour régler ses comptes avec le milieu artistique.

 

La réflexion ne se limite pourtant pas à la seule sphère de la télévision publique. Elle concerne l’avenir même du média « télévision ». Plus de 50 ans après sa large diffusion dans la société, n’est-il pas temps de le réinventer. Nous devons relever le défi du numérique qui bouleverse notre société. Nous les percevons à la marge, mais les changements de ces dix dernières années nous font vivre dans une société de l’information qui n’a plus rien à voir avec les années 2000. Il y a là un formidable défi à relever avec tous les acteurs de la télévision, du cinéma, de la radio, de la musique, de la téléphonie…

 

Imaginons de nouvelles solutions intelligentes pour construire un avenir solide à la création audiovisuelle. Accompagnons, sans corporatisme, ce secteur prometteur. Finançons l’innovation. Une société qui ne crée plus, est une société mourante. De plus, n’oublions pas que les emplois culturels représentent aujourd’hui plus de 460 000 personnes en France, bien plus que le secteur automobile et pharmaceutique réunis. Au niveau européen, les industries culturelles et créatives généraient un chiffre d’affaires de plus de 654 milliards d’euros en 2003, soit presque trois fois plus que le chiffre d’affaires du secteur automobile. Ne serait-il pas temps de se tourner vers nos voisins européens pour soutenir ces nouvelles industries ?

 

Les intentions du Gouvernement doivent être clairement affichées. Soit il souhaite voir disparaître à terme France Télévision au profit de grands groupes de divertissement mondiaux, soit il souhaite soutenir la filière. Dans tous les cas, le débat doit avoir lieu et la Représentation nationale doit s’emparer du sujet au plus vite.

 

 

http://www.appeldu2juin.com/