Vers une fin programmée des architectes des bâtiments de France ?

Les architectes des Bâtiments de France (ABF), fonctionnaires de l’État, ont pour mission principale de s’occuper de l’entretien des Monuments Historiques (MH) et de donner un avis sur les dossiers de restaurations tant des monuments classés, que sur les travaux entrant dans le périmètre de protection de 500 m. autour de MH, des secteurs sauvegardés, des ZPPAU, etc…

 

Or, un amendement proposé par une députée de l’Eure-et-Loire – Laure de la Raudière (UMP) – votée par l’Assemblée nationale, vise à supprimer l’avis conforme des ABF pour les permis de construire et les autorisations de travaux dans les zones de protections du patrimoine et des paysages. Le Sénat a également voté cette disposition, malgré une proposition d’Yves Dauge – membre de la commission des affaires culturelles et personnalité reconnue pour les questions patrimoniales – visant à préserver l’avis conforme des ABF, nous apprend un communiqué de la FNASSEM.

 

La conformité d’un avis signifie que le maire est obligé de le respecter, à moins de le contester au niveau du Préfet de région. L’avis conforme est l’outil essentiel à la mission de l’architecte des bâtiments de France et le fondement de son autorité. Sans l’avis conforme, l’architecte des bâtiments de France n’est plus rien, car il n’a pas d’argent à distribuer pour faire respecter ses prescriptions.

 

S’il est vrai que les ABF ont mauvaise presse et que leurs actions sont parfois mal comprises, leur rôle est pourtant vital dans la protection du patrimoine et fait pleinement partie des missions régaliennes de l’Etat.

 

Faut-il dès lors s’inquiéter d’un affaiblissement du rôle de l’État en matière de protection du patrimoine ? D’autant que dans son discours au monde culturel du 13 janvier 2009, le Président Sarkozy s’est emporté contre le rôle des associations : « On a été trop loin dans les règles, dans les cahiers des charges, dans les interdictions de tous les côtés, ce qui fait que maintenant la moindre association peut, pour de très mauvaises raisons, empêcher la réalisation des projets les plus exceptionnels. »

Quand l’audace sauve l’ancien

Au cœur du 4ème, au 74 rue de Saint-Antoine, un nouvel immeuble de logement social vient de voir le jour. Cet immeuble insalubre qui défigurait l’angle de la rue Saint-Antoine et la rue de Turenne va accueillir onze logements sociaux.

Les architectes Karine Chartier et Thomas Corbasson ont réussi à allier le moderne au bâti ancien, en revendiquant clairement une approche contemporaine pour cette réhabilitation. Le mur aveugle qui jouxtait la rue de Turenne est ainsi habillé de claustras en aluminium qui viennent cacher terrasses et baies vitrées percées dans l’ancienne façade lépreuse. Belle audace architecturale qui prouve que le logement social peut être moderne et contemporain au cœur du secteur sauvegardé du Marais.