De la nudité dans l’art et la publicité

Commissaire d’exposition devient un métier à risque. Marie-Laure Bernadac et Stéphanie Moisdon sont mises en examen, ainsi qu’Henry-Claude Cousseau – alors directeur de l’institution-, suite à l’exposition « Présumés innocents. L’art contemporain et l’enfance » à la CAPC de Bordeaux en 2000. Que leur est-il reproché ? Le juge d’instruction, malgré l’avis du Procureur de la République qui n’avait pourtant rien retenu aucune charge à l’encontre des organisateurs, a décidé leur renvoi en correctionnelle notamment pour « diffusion d’images ou de représentation d’un mineur présentant un caractère pornographique ». En effet, après la clôture de l’exposition, l’association de protection de l’enfance La Mouette avait porté plainte jugeant que ces images portaient atteinte à la dignité des enfants.

 

Ainsi, c’est au tribunal de juger de la qualité artistique d’une exposition et non plus à la critique ni au public (cf. d’ailleurs à ce sujet : Quand Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme se met à rêver de la fermeture de l’expostion Jeff Koons Versailles ). Ce qui est encore bien plus choquant, c’est de s’en prendre à une exposition d’œuvre d’art, où par définition le visiteur fait le choix délibéré d’entrer dans le musée/lieux d’expo alors que nous sommes quotidiennement confrontés à des images où la nudité est mise en scène pour des seules raisons mercantiles. Certes, il ne s’agit pas d’enfants nus, mais quelle hypocrisie. La nudité exprimée dans une œuvre d’art est assumée et fait partie intégrante du message artistique alors que la nudité dans la publicité l’est avant tout pour vendre un produit.

 

Prenons l’exemple d’un John Galliano qui, il y a quelques années, avait lancé un vaste campagne de pub porno-chic où pour vendre ses accessoires de modes, parfums et autres robes, des femmes à moitié nues s’embrassaient avec passion sur les panneaux publicitaires. De même, la marque Dolce Gabbana qui n’hésite pas actuellement à exhiber des mâles aux proportions avantageuses pour vendre ses sous-vêtements et autres maillots de bains ou encore Armani qui va jusqu’à afficher la star de football David Beckham dans des positions plus que suggestives pour vendre ses slips. Dans ce cas, même si la nudité n’est ni frontale, ni totale, elle est mise en scène pour provoquer directement le désir qui sommeille en nous, à même les trottoirs de nos villes, et dans l’indifférence des associations qui se veulent garantes de la morale familiale.

 

Mais cette morale revient au galop lorsque la pub s’attaque aux symboles religieux comme cette publicité pour les jeans Marithé François Girbaud qui avait représenté la Cène avec douze jeunes femmes et un homme, torse nu de dos. L’association Croyance et libertés, émanation de la Conférence des évêques de France avait critiqué cette pub et obtenu gain de cause de la part du juge qui avait qualifié cette affiche d’« injure » faite aux chrétiens, « au surplus renforcée (…) par l’incongruité de la position du seul personnage masculin, présenté dans une pose équivoque ». Mais contredit par la suite par la cour de cassation. Dommage que les Évêques n’aient pas fait appel à Daniele da Volterra, le résultat aurait pu être intéressant.