Délaisser la culture, c’est régresser

Chaque année, se tient le Forum d’Avignon, rencontres internationales de la culture, de l’économie et des médias. Il a pour objectif d’approfondir les liens entres des secteurs parfois imperméables qui ont pourtant beaucoup à se dire. Il trouve sa place dans les initiatives soutenues par l’Unesco sur la diversité culturelle et offre une occasion de s’interroger sur le nouveau concept « d’économie mauve » dont le premier forum s’est tenu récemment à Paris et de l’imbrication entre culture et économie, bien plus forte que d’aucun ne peuvent le penser.

 

Selon les initiateurs du Forum sur l’économie mauve, il s’agit “plus qu’une innovation terminologique. Son champ est beaucoup plus large que l’économie des produits culturels et s’inscrit dans une perspective éthique. Elle concourt à l’enrichissement et à la diversification de l’environnement culturel. Cette richesse et cette diversité sont indéniablement un axe de progrès. Il s’agit donc bien là d’une nouvelle terre économique à explorer au même titre que l’économie verte”.

 

Ce 4ème Forum d’Avignon a ainsi été l’occasion d’aborder toute une série de thèmes variés, la question du numérique ayant été particulièrement forte tout comme celle de l’innovation. Un hasard ? Certainement pas ? La culture est un facteur de développement économique très fort et nombreux sont les économistes à le démontrer aujourd’hui.

 

Extraits : “Le poids économique de la culture est incontestable : en 2002, les seules industries culturelles représentaient 12 % du PIB américain, 3,8 % du PIB canadien et déjà, en 2006, 1,48 % du PIB chinois. Les grandes économies l’ont compris et les décideurs également : au-delà du secteur culturel lui-même, la création développe par cercles concentriques l’innovation dans tous les autres secteurs de l’économie et dans la société. La culture est bien un secteur à part, avec des modèles innovants de financement, et un secteur stratégique.” (De l’intuition à la décision : qui décide d’investir dans la culture ? 100 interviews, une grille d’analyse, et 4 études de cas par Kurt Salmon)

 

“ L’effet de levier de la dépense culturelle publique sur le PIB est une réalité ! A la question, les retombées de l’investissement dans la culture est-il mesurable, et même si la réponse n’est pas si aisée, l’effet de levier est constaté : la dépense culturelle publique représente en moyenne 0,7 % du PIB par habitant des villes étudiées (sur l’échantillon de villes étudiées), mais cette dépense a un effet sur 10 % du PIB par habitant. Dit autrement : plus on investit dans la culture, mieux se porte l’économie d’un territoire ! ” L’étude statistique met également en lumière des corrélations entre investissement culturel et critères non économiques : “l’investissement culturel a un effet direct sur l’attractivité et la cohésion sociale dans les territoires ; l’importance de l’investissement culturel est lié à la richesse de la ville et constitue un marqueur de leur niveau de développement. Délaisser la culture, c’est donc régresser”. (Etude Tera Consultants pour le Forum d’Avignon)

 

Ernst & Young a réalisé la première enquête comparative sur les politiques fiscales en faveur de la culture, menée dans 14 pays. “Dans les 18 pays étudiés (Afrique du Sud, Allemagne, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Espagne, Etats-Unis, France, Grèce, Inde, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie), des dispositifs fiscaux dans le secteur de la culture sont utilisés pour soutenir la création. La fiscalité culturelle n’est pas une exception, elle est la norme ! Ainsi, les politiques budgétaires et fiscales en faveur de la culture produisent d’importants effets de leviers sur le développement de l’économie des biens culturels ”.

 

Il n’est pas inutile de rappeler que pour la France, on estime à 460.000 le nombre d’emplois culturels soit 2% du nombre total d’emplois contre 2,4 % en moyenne pour les 27 pays de l’Union Européenne. 90.000 emplois culturels sont dénombrés à Paris qui représentent presque la moitié des emplois culturels en Île-de-France (194.000). Le nombre de ces emplois a augmenté de 11 % pour toute la France entre 1998 et 2005.

 

A l’échelle européenne, l’impact socio-économique quantifiable du secteur culturel et créatif s’élevait à 654 milliards d’€ en 2003 quand le chiffre d’affaires des fabricants de voiture s’élevait à 271 milliards en 2001 (Eurostat 2007). La culture, la créativité et plus largement l’intelligence sont donc de formidables viviers d’emplois non-délocalisables et une source de richesse considérable (balance commerciale de l’UE excédentaire de 3 milliards d’euros pour les principaux biens culturels).

 

Dès lors, il est légitime de s’interroger sur les orientations budgétaires pour 2012 actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Si la lutte contre le déficit est de toute évidence une priorité pour que notre pays puisse disposer de marges de manœuvres financières, pourquoi grever un budget déjà difficile des acteurs culturels (stagnation voir baisse des subventions publiques, hausse mécanique des couts dus à l’inflation…), alors même que ce secteur est d’avenir ? L’Assemblée nationale a adopté un amendement gouvernemental visant  à plafonner le niveau des taxes (ex : taxe sur les spectacles) affectées aux opérateurs que sont le Centre national des variétés, l’Association pour le soutien au théâtre privé, le Centre des monuments nationaux, le Centre national du cinéma et de l’image animée ou encore le Centre national du livre. Au-delà du plafond fixé, le dispositif envisagé prévoit dorénavant le reversement, au budget général de l’État, des produits qui dépasseront ce plafond. Cela revient à bloquer le développement de ces organismes redistributeurs qui participent au développement culturel de notre pays.

 

Par ailleurs le Premier ministre a annoncé le 7 novembre une hausse du taux réduit de TVA de 5,5% à 7%, qui pourrait impacter notamment la billetterie et les cessions de spectacles, et qui affectera  la vente des livres, mais aussi les tickets de cinéma et les abonnements télévisés (les CD et DVD ne sont pas concernés puisqu’ils sont déjà taxés au taux maximum…). Nous savon tous que le secteur des petites librairies souffre énormément alors qu’ils constituent un formidable réseau culturel de proximité et qualité. Cette TVA sur les livres est d’ailleurs l’exemple d’une mesure prise à l’aveugle : le prix unique des livres interdit toute élasticité des prix et donc une baisse des marges, déjà maigre, des libraires.

 

La société a pourtant tout à gagner à s’enrichir d’un foisonnement des arts et de la création. La perte de repère et de valeurs que constitue la culture ne peut avoir que des conséquences négatives importantes sur note société en termes de cohésion sociale.

 

Sous couvert de la lutte contre les déficits, les associations sont amenées à trinquer

Le gouvernement qui lutte contre les déficits publics ne recule devant rien, pas même devant les dons faits aux associations. Pourtant, il y a là, un véritable enrichissement pour notre pays qui compte plus de 12 millions de bénévoles.

 

Qui voudrait voir disparaitre la Croix Rouge, le Secours Populaire, les Restos du Cœur et les millions d’associations reconnues d’intérêt général ? Pourtant, avec la proposition d’amendement à la loi de finances 2012 déposée par Gilles Carrez, la menace est sérieuse. Elle vise à intégrer la réduction d’impôts accordée au titre des dons faits par les particuliers aux associations dans le périmètre du plafonnement global des niches fiscales ! Ainsi, le taux actuel serait plafonné à 6% du revenu imposable contre 20% aujourd’hui. Les conséquences de l’acceptation de cet amendement seraient ainsi de considérer ces dons comme des niches alors qu’ils n’induisent contrairement aux niches fiscales, aucun bénéfice financier pour le contribuable qui effectue un don.

 

Sous couvert d’économie, cette solution serait une fausse bonne idée. D’ailleurs, nombreuses sont les associations à s’émouvoir de cette proposition : la Croix Rouge, La Fondation de France, France générosité… En 2009, les Français ont déclaré 1,885 milliard d’euros de dons, dont 75 % de la part des contribuables imposables. Qui serait assez fou pour se priver ce des financements ? Philippe Idiartegaray, délégué départemental du Secours catholique en Gironde, fait remarquer qu’ « un euro donné correspond à deux ou trois économisés par l’État en équivalents salaires, car les dons entraînent le développement du bénévolat. »

 

Rien ne remplacera ce travail de proximité mené par des milliers de citoyens engagés et les collectivités et l’Etat seraient incapables de prendre la relève. Le désengagement de l’Etat et de certaines collectivités pénaliseraient ainsi doublement les associations qui devraient faire face à une baisse de subventions et une réduction des avantages fiscaux accordés à leurs donateurs. Faut-il rappeler que ces associations agissent selon le principe de la non lucrativité ? En tant de crises, elles font leur maximum pour continuer à faire vivre les territoires. Évidemment, les déductions ont un coût pour le budget de l’État mais il faut également regarder en termes de bénéfices et ils sont immenses.

La loi de 2003 sur le mécénat et les fondations est également dans le viseur des fourches caudines des députés. Si cela se confirme, cette irresponsabilité va peser lourd sur le développement des associations et des institutions publiques qui vivent de la générosité des Français et ce sont encore les plus fragiles d’entre nous qui vont en souffrir.

 

Nous devons répondre à la demande de justice sociale

Combien sont les hommes et femmes politiques à placer les questions d’éthique et de transparence au cœur de leurs discours ? L’actualité de cette semaine est effarante, tant pour la Gauche que pour la Droite. D’un côté un ancien ministre soumis à l’ISF qui fait répondre par l’intermédiaire de son avocat qu’il ne quittera pas son logement social de la Ville de Paris n’ayant rien à se reprocher. Une présidente d’un parti de gauche qui a maintenu mordicus pendant des mois qu’elle ne briguerait pas une circonscription à Paris dans le cadre des élections législatives préférant s’investir dans le Val de Marne où elle est élue, tout en prônant des nouvelles méthodes politiques. De l’autre, une maire d’arrondissement qui non contente de siéger au Parlement européen veut être élue envers et contre tous, et en particulier contre un potentiel candidat aux élections municipales de 2014 qui tente un parachutage des plus mal emmanchés, en s’opposant aux rentes de situation. Sans compter sur le Président de la République qui a prôné tout au long de son mandat une République irréprochable, et qui – goutte d’eau dans l’océan de ses mensonges – a réservé une suite à 37 000 € tout en prônant un discours de rigueur qui portera in fine en grande majorité sur les classes populaires.

 

Ces exemples ne sont bien sur pas représentatifs de la moralité de la plus part de nos élus qui effectuent leur mandat avec conviction et sérieux. Mais le décalage entre ce qui est convenue d’appeler « le peuple » et ses élus intervient justement quand ces comportements ne choquent même plus sont ceux qui en sont les auteurs. – Inutile de revenir sur les affaires Woerth et Alliot-Marie -. Comment convaincre de sa probité et de sa volonté de servir l’intérêt général quand ses actions sont en décalages avec ses discours ? Comment s’opposer aux discours qui voudrait que les élus ne soient qu’une « caste » d’intouchables ou pire « tous pourris » ? C’est à cette demande de justice sociale que nous devons répondre. Tous autres discours seraient vains. Heureusement, parfois la patience nous donne raison ; Berlusconi quitte l’Italie après 20 ans de pouvoir, mais dans quel état laisse-t-il son pays ? Après 10 ans de pouvoir de la droite, il est temps de voir arriver le changement !