Améliorer le processus de recrutement à la tête des grandes institutions culturelles

Patrick Bloche, président de la Commission des Affaires culturelles et de l’éducation – qui couvre un vaste spectre : enseignement scolaire et supérieur, recherche,  jeunesse, sports, activités artistiques et culturelles, communication et propriété intellectuelle – a proposé courant décembre une « résolution aux fins d’améliorer le processus de recrutement à la tête des grandes institutions culturelles ».

 

Aujourd’hui, la plupart des nominations au sein des grandes institutions culturelles relèvent des prérogatives du Chef de l’État, sur proposition – ou non – du Ministre de la culture et de la communication. Les qualités des très nombreux patrons d’établissement ainsi nommés ne sont pas en cause malgré des inévitables polémiques de circonstances. Ce système discrétionnaire, propre à notre Vème République, montre cependant ses limites. Car à ne pas chercher à confronter les projets artistiques et culturels des candidats aux postes de direction, la tentation est forte de privilégier les parcours les plus classiques et consensuels ou a contrario les plus atypiques. Quid de la diversité des formations universitaires, des parcoures professionnels, des origines sociales ? Qu’en est-il de la place des femmes qui représentent moins de 20% des postes à responsabilités dans la culture ?

 

Ne faudrait-il pas au contraire chercher à renouveler les talents, briser la reproduction des élites qui empêche tout ascenseur social au profit des réseaux d’influences ou de pouvoir ? Il ne s’agit pas de crier au « tous pourris », bien au contraire, mais de lancer un appel à faire bouger les lignes. Redisons-le, dans leur immense majorité, les établissements publics sont dirigés par de très grands talents mais ce système a vécu et ne correspond plus aux évolutions de notre société. Les institutions ne mériteraient-elles pas que chacun des prétendants au poste de directeur ou de directrice puissent exposer leur vision de l’établissement dans le seul but de favoriser la seule logique de projet plus que d’homme ?

 

La Ville de Paris, par exemple, comme d’autres grandes villes, applique déjà avec succès ce processus qui n’enlève rien aux prérogatives de l’exécutif, bien au contraire : citons la Maison des Métallos, le CENTQUATRE et bien d’autres établissements encore.  Ce mode de nomination ne fait que renforcer les décisions des élus, qui deviennent de facto transparents. Les actuelles discussions sur le projet de loi sur la sécurisation de l’emploi ne se sont-elles pas d’abord faites entre les parties prenantes : syndicats d’un côté et organismes patronaux de l’autre ? Ce dialogue social n’a-t-il pas sa place dans toutes les strates de l’administration ? Le champ de la culture ne peut être exclu du dialogue avec l’ensemble des acteurs qui la compose. Espérons que le message de Patrick Bloche soit pleinement entendu.

Le site de Patrick Bloche