Les 1000 recommandations de la commissions des affaires culturelles

Loin d’être avare en réunion de travail, la Commission des Affaires culturelles et de l’éducation a publié ce 15 février un rapport sur les « recommandations faites par la commission des affaires culturelles depuis 2002 ». 10 ans d’avis, de propositions, de recommandations, de contrôles.

 

L’accélération du temps politique, et donc parlementaire, contraint les députés à absorber toujours plus de propositions de lois et à augmenter les missions d’évaluation des politiques publiques. La commission, qui couvre 8 grands champs (cf. article précédent à ce sujet), a ainsi émis plus de 22 rapports d’information, et 85 avis relatifs aux projets de loi de finances sans compter les plus de 1000 recommandations qui ont découlées de leurs travaux.

 

C’est toute l’ambition de ce rapport dont on ne peut que suggérer vivement la lecture et qui se veut selon les propos de Patrick Bloche, à l’initiative de ce rapport, « un outil de référence et prospectif pour les réformes à venir ». La très riche liste des recommandations – autant politiques que techniques – ne sera pas égrenée mais il faut souligner le caractère inédit de cette démarche qui laisse place à la pluralité des opinions, et qui n’hésite pas à afficher la confrontation des points de vues entre majorité et opposition, quelques soient les Gouvernements en place.

 

La publication de ce rapport mérite donc une large publicité, non pas tant pour l’avalanche des chiffres ou de propositions, mais parce qu’elle est un juste reflet du travail remarquable et bien souvent sous-estimé voire occulté, des député-es toutes tendances politiques confondues qui se placent clairement dans une logique de contrôle et d’évaluation de l’action publique. Encore une fois, un travail qui va dans le sens de la transparence de la vie politique.

 

Le rapport d’information

Pour un accès de tous les jeunes à l’art et à la culture

La remise du rapport sur l’éducation artistique et culturelle (EAC) dans le cadre de la Consultation « Pour un accès de tous les jeunes à l’art et à la culture » présidée par Marie Desplechin et la réforme des rythmes scolaires donnent un nouvel élan à cette question fondamentale. Administration centenaire, l’Education nationale veille jalousement sur ses prérogatives et accepte peu d’ingérence de la part des ministères voisins. A contrario, le Ministère de la culture, certes fleuron du rayonnement de la France mais laboratoire qui n’en finance pas moins depuis des décennies des structures, des artistes, des professionnels de l’enseignement et de la transmission.

Alors, l’EAC, un supplément d’âme ou une matière intégrée au « socle commun » de la scolarité ? Le débat de l’éducation artistique et culturelle à l’école est sans doute aussi vieux que la création du Ministère de la culture. Des avancées significatives ont bien eu lieu depuis une vingtaine d’années, avec la création de classes spécialisées ou encore dans les années 2000 avec une volonté politique très forte des ministres Lang (Education nationale) et Tasca (culture) qui aboutit à un plan de développement des arts à l’école. Mais avec le changement d’alternance, c’est un programme d’enseignement de l’histoire de l’art qui voit le jour, bien moins ambitieux que le projet escompté à l’origine.

L’éducation artistique et culturelle souffre d’une image élitiste et sans doute désuète qu’elle n’est pas. Les arts et la culture devraient-ils s’enseigner sous la forme d’une matière inerte – l’histoire – et non sous la forme de la pratique qui serait cantonnée aux cours de flûte à bec ou de dessin pour caricaturer (juste un peu). Qui remettrait en cause pourtant les heures d’éducation physique et sportive (EPS) où l’on pratique des sports sans jamais en apprendre leur histoire. Qui prétend que cette pratique hebdomadaire a comme ambition de former des athlètes de haut niveau ? Personne. Cette controverse est – heureusement – dépassée depuis longtemps. Pourquoi alors tant de tergiversations sur l’éducation artistiques ? La refonte du temps libre des enfants est une occasion unique de repenser sa place au cœur de l’école. Quelle existe au sein du périscolaire tant mieux. Mais c’est encore une fois privilégier ceux qui ont l’occasion de fréquenter ces activités qui leurs seraient proposées.

La culture n’est pas un supplément d’âme, ça n’est pas une option facultative que l’on pourrait passer lors du Bac, mais c’est une dimension indissociable de notre société qui a toute sa place au cœur des programmes de l’Education nationale. C’est par la culture que l’on sait d’où l’on vient, qui l’on est. C’est la culture qui permet le vivre ensemble et donc la citoyenneté. C’est encore la culture qui permet l’émancipation des individus.

Prenons l’exemple de la langue : on apprend à écrire et à parler à l’école. On peut donc exprimer ce que l’on pense, ce que l’on est. L’absence de maîtrise du vocabulaire empêche de nommer ses émotions. Un adulte qui a suivi une scolarité régulière s’exprime avec en moyenne 2500 mots. Un jeune qui sort de l’école sans s’y être réellement impliqué n’en possède qu’environ 300. Prenons ensuite un exemple d’éducation artistique et culturelle appliquée à la langue : le théâtre. L’apprentissage du texte permet l’expression des émotions et la maitrise des savoirs permet de fait une affirmation du soi.

Les acteurs de l’enseignement et de la culture doivent plus que jamais décloisonner les apprentissages et lever les obstacles qui bien souvent ne sont qu’intellectuels. A tous les niveaux du système scolaire, il faut que la culture, le patrimoine, la création puissent dialoguer, interagir

« La culture, c’est ce qui fait de l’homme autre chose qu’un accident de l’univers » disait Malraux. A contrario, « plus les publics sont éloignés de la culture, moins ils en éprouvent le besoin », disait Pierre Bourdieu. Il y a donc urgence à intervenir.