Bien loin de la caricature faite des intermittents et des artistes, la culture est une véritable richesse pour notre pays

La France jouit d’un rayonnement international de sa culture par la richesse du réseau qu’elle a su tisser sur son territoire : 5 théâtres nationaux, 19 centres chorégraphiques nationaux, 39 centres dramatiques nationaux, 69 scènes nationales, 258 compagnies chorégraphiques et 627 compagnies de théâtres subventionnées,  plus de 3000 spectacles par an au travers de 105 festivals, 39 000 représentations payantes de spectacles de variétés et de musiques actuelles….

 

Pour appréhender la réalité de l’emploi artistique (le champ du patrimoine a été volontairement occulté du rapport), les députés des commissions des affaires culturelles et des affaires sociales ont souhaité connaître, sans préjugé et avec la plus grande objectivité, la réalité salariée de ces hommes et femmes, artistes, techniciens, administratifs qui créent, transmettent et diffusent notre culture. Leur rapport Les conditions d’emploi dans les métiers artistiques a été publié le 17 avril.

 

L’économie de la culture est désormais bien connue dans ses grandes lignes. En termes de PIB, la culture représente environ 2,5% en Europe et plus de 500 000 emplois en France. Lors de la grève des intermittents au festival d’Avignon en 2003, demandez aujourd’hui à n’importe quels restaurateurs ou commerçants et il vous dira le poids des retombées liées aux festivaliers.

 

Si la culture est une richesse pour l’économie française, elle l’est aussi pour ses citoyens pour ce qu’elle leur permet tout à la fois de s’émanciper et de faire société. Cette richesse culturelle vient avant tout de écrivains, des dramaturges, des poètes, des comédiens, des écrivains, des musiciens qui constituent notre culture – anonymes ou illustres – qui lui donnent corps, qui la font vivre.

 

Cette double approche, culturelle et sociale, menée par Jean-Patrick Gille, permet d’avoir un regard neuf sur tous les métiers de la création. Les députés formulent ainsi 27 propositions destinées à lutter contre la précarité professionnelles des artistes. Car la vraie réalité – même si elle ne constitue pas en elle-même une situation complètement inconnue – que dévoile ce rapport est bien celle-là. Au-delà de l’image que peut véhiculer la culture, et même si les métiers de la culture sont attractifs et contribuent à la richesse de notre économie, ils sont bien souvent précaires et fragiles. Le rapport indique sans ambages : « le  dynamisme de l’économie de la culture, qui contribue au rayonnement international de la France, ne se traduit pas, dans les faits, par des conditions d’emploi privilégiées, bien au contraire. Pour les appréhender avec objectivité, il convient tout d’abord de se défaire des idées reçues et des clichés, pour s’attacher à étudier la réalité de leurs conditions d’emploi. (…) C’est bien la précarité que les métiers artistiques ont en partage (…) La réalité à laquelle a été confrontée la mission d’information est toute autre : ces professionnels sont placés dans une situation de risque professionnel permanent et leurs conditions matérielles d’emploi se caractérisent par une incertitude extrême, inhérente aux projets créatifs. »

 

Ce sont ainsi plus de 300 000 emplois qui sont concernés (plus que le secteur automobile ou pharmaceutique) qui eux, ne sont pas délocalisables ! Le rapport revient également sur les emplois du spectacle vivant – plus de 150 000 –  alors que la question du déficit de l’assurance chômage revient en boucle dans les médias. La cour des comptes se fait régulièrement l’écho d’un déficit de plus de 1 milliards d’euros du au régime d’indemnisation des intermittents du spectacle. Or, ce rapport d’information permet d’établir que si l’indemnisation des intermittents est bien déficitaire, le chiffre symbolique des 1 milliards n’excède pas en réalité les 300 millions (simulation UNEDIC).

La mission justifie d’une part l’existence des annexes 8 et 10 qui concernent les techniciens et les artistes du spectacle vivant par « la particularité des conditions d’emploi des intermittents du spectacle qui sont, plus que les autres salariés, soumis à un rythme de travail discontinu ». D’autre part, poursuivent les députés, «  le régime d’assurance chômage repose sur la solidarité interprofessionnelle et le régime de l’intermittence du spectacle ne relève pas d’une caisse spécifique. Comme l’a souligné Michel Sapin, on ne peut restreindre l’analyse d’un régime d’assurance aux seules personnes qu’il indemnise : par définition, dans un tel cas de figure, il est déficitaire. Le rôle de l’assurance chômage est d’établir une solidarité entre ceux qui ont un emploi stable et ceux qui en sont dépourvus et qui ont acquis des droits à indemnisation. »

 

Bien loin de la caricature faite des intermittents et des artistes, la culture est une véritable richesse pour notre pays. Et last but not least, le taux des contributions d’assurance chômage est de 10,8 % dans le secteur du spectacle contre 6,4 % dans le régime général. A bon entendeur.