Le lien social à travers l’art théâtral

Au cours de l’année 2012, pour la troisième année consécutive, le théâtre national de la Colline a accueilli les ateliers d’écriture et de jeu encadrés par le metteur en scène Stanislas Nordey, le comédien Thierry Paret et la dramaturge Lesly Six. Une centaine de participants on travaillé sur les textes et l’univers d’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll. Ils ont comme particularité de venir de tous milieux sociaux.

Ce projet est né d’un constat des responsables d’associations locales, des équipes de développement locales de la ville de Paris, des différentes communes limitrophes : certaines populations ont du mal à maîtriser la langue et les savoirs et se tro9782343018973ruvent ainsi reléguées en marge du système éducatif, de l’accès à l’emploi, de la protection sociale… Les ateliers proposés par La Colline constituent un outil artistique pour lutter contre ces exclusions, aux côtés des 400 structures solidaires (associations d’aide à l’insertion et de prévention, centres sociaux et missions locales) de l’Est parisien, mais également de toute la région Ile de France.

 

La Colline, théâtre national profondément ancré dans son quartier, souhaite être un théâtre pour tous. Implanté dans le 20ème arrondissement, un des plus peuplés de Paris, il bénéficie d’un environnement riche d’un tissu associatif très dense et d’une mixité sociale considérable qui constituent autant de composantes visant à bâtir des liens forts et durables entre vie artistique et vie associative.

 

Ces ateliers se proposent d’aller à la rencontre des publics de proximité les plus éloignés de la culture. Ce projet, ambitieux et stimulant, décloisonne une pratique identifiée comme réservée à une catégorie socio-culturelle privilégiée en adoptant une approche non-académique de l’écriture et de la pratique théâtrale. Cette pratique artistique originale participe au renforcement de la maîtrise linguistique et arrive en complément d‘autres modes d’apprentissage dont les participants peuvent bénéficier. La Colline, sans se substituer aux associations humanitaires ou de réinsertion, se joint à elles, et offre les outils en sa possession – un creuset artistique riche et une expérience pédagogique ancrée dans sa pratique depuis de longues années – afin d‘éviter les mécanismes d’isolement, en tentant de dessiner de nouveaux schémas sociaux.

Le théâtre a développé une politique active autour de l’écriture.

Des hommes et des femmes d’origines et d’horizons divers ont découvert le levier de l’écriture romanesque, poétique, autobiographique… La Colline, lieu d’inventions, entend aujourd’hui poursuivre l’apprentissage de l’écriture par le biais du domaine riche qu’est le jeu théâtral. Par ailleurs, tout au long de leur parcours au théâtre, les participants sont amenés à découvrir les autres ateliers de La Colline : soit en direction des collégiens et lycéens issus d’établissements de zones d’éducation prioritaire (ateliers de réception du spectacle et de lecture…), soit destinés au public abonné ou aux habitants du quartier (ateliers de lecture itinérant, ateliers de critique théâtrale…). La rencontre de ces différents projets enrichit le travail mené au sein des ateliers.

 

Les ateliers proposés par La Colline sont exemplaires d’une démarche de partenariat vertueuse.

 

La singularité de ce projet qui mixe des participants de plus d’une centaine de structures sociales est qu’il a intégré dés le début le regard de sociologue qui ont mené une évaluation de ces ateliers d’accès à la pratique théâtrale.

Ce projet a pu se concrétiser grâce au soutien de fondations, dont la Fondation Rothschild, la Fondation SNCF et la Fondation EDF. Les mécènes ne viennent en rien se substituer aux obligations d’éducation artistiques des institutions de l’Etat, au contraire, ils permettent d’explorer de nouveaux champs d’actions, ce qui est l’essence du mécénat, de soutenir des initiatives qui permettent de tester de nouvelles pratiques de médiation. En la matière, les équipes du Théâtre sont mobilisées autour d’un artiste de renom – Stanislas Nordey – qui croit en la culture comme vecteur d’émancipation et de transmission. Ces jeux atour de la langue et du théâtre donnent une occasion unique pour des publics qui ne croisent pas (jeunes, personnes âgées, étrangers…) de se rencontrer, de se connaître, de prendre confiance en eux dans une logique de réseau.

 

La mise en place d’une évaluation par une équipe de sociologues issus de l’université est incontestablement un point positif. L’action permet de se projeter sur « un après » : qu’est-ce que les participants ont tirés de cette expérience en termes personnels ? Cette évaluation permet de valider les intuitions et les objectifs du projet et ainsi lui permettre – nous espérons – de perdurer voire de se dupliquer ailleurs. A noter que les 3 fondations qui ont soutenus ce projet ont souhaité travailler de concert sur les questions de suivi et d’évaluation. Comme quoi le mécénat sert véritablement à créer des passerelles !

 

Ouvrage disponible aux éditions de L’Harmattan