L’évaluation dans la pratique du mécénat

EY et l’IMS se sont associés pour réaliser la première édition du Panorama des fondations et fonds de dotation créés par des entreprises et livrent un regard croisé unique sur la pratique dans le secteur avec un focus pour cette édition sur le développement des pratiques d’évaluation.

J’ai eu l’occasion d’être interrogé sur l’évaluation dans les fondations (propos recueilli par Juliette Gayraud).

La Fondation EDF, forte de près de 30 ans d’engagement, fait partie des premières fondations d’entreprise en France. Elle s’est nourrie des valeurs de proximité, de solidarité et de responsabilité ancrées dans l’ADN de l’établissement public dont elle est issue, une vocation qu’EDF a maintenue après l’ouverture de son capital en 2005. Cette ancienneté, si elle conforte notre légitimité, exige aussi de régulièrement évaluer et renouveler nos actions.

En 2013, la Fondation a connu un tournant avec l’organisation en trois nouveaux axes de son champ d’action : l’inclusion sociale, l’autonomie et l’intervention humanitaire. Le conseil d’administration ayant entériné cette nouvelle direction a également affirmé sa volonté que les projets soutenus par la Fondation soient désormais évalués. La démarche d’évaluation, timidement entrée dans les pratiques de la Fondation en 2010 avec la publication d’un guide des partenariats, était jusque-là plutôt partielle et subjective.

Aujourd’hui, la convention signée entre le porteur de projet et la Fondation prévoit l’évaluation comme étape essentielle de l’accompagnement. Réalisée « à trois voix » par le porteur de projet, son parrain EDF et la Fondation, cette évaluation a lieu au terme du partenariat, qui dure généralement une année. Son objectif est avant tout d’évaluer la relation partenariale entre le porteur de projet et la Fondation.

Nous n’avons pas vocation à mesurer l’impact du projet, qui relève davantage, selon nous, de ses initiateurs ou de la puissance publique – d’autant que l’exercice ne serait guère probant dans le cas de projets limités à un an. En termes de méthode, il ne s’agit évidemment pas de calquer les processus d’évaluation de l’entreprise aux projets de la Fondation. Si nous sommes intimement liés à EDF, nous conservons une culture propre du mécénat qui ne peut être réduite à des indicateurs et à la mesure du retour sur investissement.

Nous préférons ainsi construire l’évaluation autour de questions telles que la conformité de l’action au projet, le potentiel innovant, les difficultés de mise en œuvre, le degré d’association du mécène et du parrain, la satisfaction des parties, etc. Ces axes sont codéfinis avec le porteur de projet au moment de la signature de la convention. Certaines associations intègrent désormais d’elles-mêmes une démarche d’évaluation dans les projets qu’elles nous soumettent, et il est vrai que cela représente une véritable plus-value qui peut influencer positivement notre sélection. Mais ce n’est pas une pratique que nous pouvons attendre de tous, de même que nous ne pouvons pas nous permettre, sur un partenariat d’un an, de complexifier le travail des porteurs de projet en exigeant d’eux objectifs, indicateurs et reporting.

L’intérêt de l’évaluation est surtout d’ouvrir le dialogue sur les résultats d’un projet, de capter les « signaux faibles », de définir des axes d’amélioration. Il s’agit aussi de développer une culture d’évaluation en interne, les retours que nous obtenons permettant d’avoir un regard autant critique que constructif sur notre accompagnement et sur la pertinence de nos nouveaux axes d’action.

Pour la Fondation EDF, l’évaluation est un état d’esprit plus qu’un processus, une ambition modeste mais résolue : tout en restant adaptée au format de nos partenariats et aux ressources des parties prenantes, elle doit s’installer durablement dans le paysage de notre action. »

L’intérêt de l’évaluation est surtout d’ouvrir le dialogue sur les résultats d’un projet, de capter les « signaux faibles »,
de définir des axes d’amélioration.

 

A noter que l’ADMICAL a largement travaillé sur ces sujets, à titre d’exemple :
Evaluer l’impact de ses actions : quel impact pour le mécène (Assises du mécénat du mécénat 2013)

Du bon usage de l’évaluation (colloque du 3 avril 2014)