Le crowdfunding au secours du financement de la culture ?

Le 9 décembre dernier, Fleur Pellerin, Ministre de la culture et de la communication, remettait à 16 donateurs individuels la distinction de « donateur de la culture ». L’objectif affiché était double : au-delà de récompenser 16 donateurs ayant fait usage du crowdfunding (mécénat participatif) et « représentatifs de la culture, par la fréquence de leurs dons et leur diversité », il s’agissait de relancer la politique de mécénat culturel.

Le nombre de plateformes de collectes de dons a explosé en moins de 5 ans, qu’il s’agisse de KissKissBankBank, My Major Company, Babeldoor, Ulule… En 2013, 32 000 projets ont pu être financés, tous secteurs confondus, grâce aux 78 millions collectés selon les données fournies par Financement participatif France .

La culture représente ainsi 22% des fonds toutes plateformes confondues soit un montant de 17,2 M€. De manière surprenante, cette part de la culture est relativement comparable aux données de l’ADMICAL sur le mécénat d’entreprise.

Le mécénat dans sa globalité représente quant à lui plus de 6 milliards d’euros annuels, dont environ 3,2 milliards déclarés à l’administration fiscal, démontrant ainsi que le don n’a pas pour mécanisme la feuille d’impôt mais bien une générosité envers les structures d’intérêt général. Ce sont ainsi plus de 5,6 millions de foyers fiscaux et 37 000 entreprises qui sont impliqués dans la philanthropie dans un mouvement de fond qui ne se dément pas depuis 10 ans malgré un tassement ces dernières années.

Traditionnellement en matière de financement individuel de la culture, le public était invité à adhérer à un cercle d’Amis de Musée qui lui-même concourait à l’enrichissement des collections par exemple. Avec la montée en puissance du numérique, le citoyen est amené à participer de plus en plus activement au financement de la culture. Le Musée du Louvre a été le précurseur de ce financement de masse en 2010 en vue de l’acquisition des Trois Grâce de Cranach. Le public a été au rendez-vous avec 7200 personnes qui ont collectivement donné 1,2 millions d’euros. En 2012, le Centre des Monuments nationaux a fait le pari de proposer aux internautes 4 opérations de restauration de monuments au travers de My Major Compagny. Si la collecte a représenté un montant modeste (120 000 euros), elle a provoqué un buzz incroyable, le NY Times en faisant même sa « une ».

État impécunieux ou montée en puissance de la société civile ?

Est-ce à dire que l’État impécunieux en est réduit à faire les poches du contribuable  en se reposant sur la générosité des citoyens ? A voir le montant du budget du Ministère dédié au patrimoine, on pourrait légitimement se poser la question tant les montants ne sont pas à la hauteur des enjeux. Néanmoins, en temps de crise, une baisse de 2% du budget global reste malgré tout entendable.

Ne faudrait-il pas, au contraire, y voir une montée en puissance de la société civile qui cherche à se prendre en main ? La diversité des projets présentés au financement participatif va bien au-delà d’un bouclage de budget en déficit et l’absence de contreparties en monnaie sonnante et trébuchante ou fiscale est bien souvent la règle.

Chacun peut aussi, au regard de ses propres goûts et passions, financer tel ou tel projet ou artiste sans le filtre de la puissance publique. Financer l’album de son artiste préféré ou la restauration du patrimoine classé n’est évidemment pas du même ordre. Tout en restant dans le champ culturel, le premier relève de la culture loisir quand le second relève des obligations de la puissance publique. Néanmoins, cet engagement citoyen mérite largement d’être soutenu et récompensé. Ces hommes et ces femmes qui se mobilisent pour financer tous ces projets sont symptomatiques d’une France qui croit encore en elle, à l’inverse des discours d’immobilisme ou décliniste.

Ils offrent une nouvelle approche de la culture : plus directe et plus personnelle. L’artiste devient accessible pour celles et ceux qui ont contribué à financer le spectacle. Le patrimoine se donne à voir sous un autre angle pour ceux qui en ont financé sa restauration. Dans tous les cas, les coulisses se révèlent. C’est donc l’antithèse de consommateurs passifs qui se dessine au travers de ce financement hybride, mais au contraire des citoyens passionnés qui touchent du doigt leur don. Qui peut en dire autant de son impôt ? Sans démagogie, rares sont ceux à se réjouir du financement d’une route, d’un collège ou d’un hôpital, aussi utiles soient-ils.

Le financement participatif interroge ainsi sur le financement de la culture dont le modèle s’essouffle objectivement, d’une part en raison de l’extraordinaire diversification de ses sources publiques et privées (et donc de la complexification de son obtention) mais aussi en raison d’un élargissement sans précédent de la définition même de la culture depuis les années Lang qui ne permet plus aux budgets de suivre.

Le financement participatif faisant appel aux techniques les plus élémentaires du marketing, il nécessite évidemment un certain savoir-faire : il faut savoir mettre en avant sa « cause ». Néanmoins, l’exemple de la Fondation du Patrimoine qui a ouvert plus de 800 souscriptions publiques en 2013 démontrent que même les projets les plus modestes peuvent trouver preneur dès lors qu’ils sont porteur de sens (dans le cas du patrimoine, c’est le rapport à son territoire qui entre en ligne de compte).

Consumérisme versus politique culturelle ?

Le plus chagrin argue de la nécessité régulatrice de la puissance publique face au nivellement vers le bas que constituerait une sélection issue du public, une espèce de syndrome de la « Star Académie » où le consumérisme remplacerait la culture (Appuyer sur le 1 pour soutenir votre projet fétiche). Il n’est jamais bon de chercher à opposer la culture savante ou officielle à la culture populaire. Si la puissance publique est dans son rôle en favorisant une culture parfois moins accessible, en quoi le choix du plus grand nombre serait un appauvrissement ?

Au contraire, la puissance publique est dans son rôle de régulateur en encadrant ces nouveaux dispositifs qui ne viennent pas en substituons des financements actuels, mais en complément. Le Ministère se place dans son rôle politique : soutenir la création et le patrimoine, favoriser la cohésion sociale en permettant que la culture reste ce ciment social propre à nos société.

Soucieux que le mécénat ne soit pas utilisé à mauvais escient, le Ministère a d’ailleurs publié, à l’initiative de sa mission mécénat, sa propre « Charte du mécénat culturel » visant à rappeler les principes fondamentaux du mécénat.

Droit de votes des étrangers : des citoyens comme les autres

afp.com/Thierry Zoccolan

afp.com/Thierry Zoccolan

Un sondage paru hier, largement repris par la presse, pose une question simple : êtes-vous favorable à « l’extension du droit de vote aux élections municipales aux étrangers non membres de l’Union européenne et résidant en situation régulière depuis au moins cinq ans sur notre territoire ?« . La réponse fait froid dans le dos, seules 40% des personnes interrogées répondent favorablement à cette réforme. Il y a à peine 3 ans, ils étaient pour à plus de 60% en 2011 !

Outre le fait que ce chiffre révèle un rejet de l’étranger (sans que l’on sache très bien ce que recouvre le terme étranger), il doit nous interroger et questionne également sur la mise en œuvre des promesses de campagne. Le candidat François Hollande en avait fait l’engagement n° 50: « J’accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans. »

Qu’en est-il aujourd’hui ? Cette « revendication forte de la société » comme l’exprimait alors celui qui était Ministre de l’Intérieur est toujours lettre morte. Pourtant, ces étrangers ont fait le choix de s’établir en France ; ils y travaillent, payent des impôts, mais n’ont pas le droit de décider de leur propre avenir. De quoi – ou de qui – avons-nous peur ? Sans cesse, il est fait mention du « vivre ensemble », de la « cohésion nationale ». Souder son peuple, n’est-ce pas lui donner les clés de son avenir ? Choisir ses élus en fait partie. Et encore, l’engagement 50 ne concerne que le droit de vote aux élections locales.

La Charte des socialistes pour le progrès humain fait pourtant de « l’égalité réelle » une des doxa de la gauche : « nous construisons l’égalité réelle. C’est d’abord dans l’aspiration à l’égalité que se forge la séparation entre la gauche et la droite. Pas d’humanité libre sans individus libérés des inégalités de situation, de revenus, de destin ! »

Ce sondage vient nous le rappeler, l’opinion ne serait pas mûre pour une telle réforme. Et alors ? La comparaison est osée, mais souvenons-nous des débats lors l’abolition de la peine de mort. Robert Badinter dans son discours à l’Assemblée nationale le 17 septembre 1981 affirmait : « attendre, comme si la peine de mort ou la guillotine était un fruit qu’on devrait laisser mûrir avant de le cueillir !  Attendre ? Nous savons bien en vérité que la cause était la crainte de l’opinion publique. » L’opinion publique, voilà donc ce qui tétanise nos élus.

Pourtant, l’argumentaire du Garde des Sceaux était imparable : l’abolition était en engagement de campagne du Président François Mitterrand qui n’avait pas hésité à affirmer au cours de son débat télévisé du second tour de la présidentielle le 16 avril 1981 : « je n’ai pas du tout l’intention de mener ce combat à la face du pays en faisant semblant d’être ce que je ne suis pas. Dans ma conscience profonde, (…) je suis contre la peine de mort. Et je n’ai pas besoin de lire les sondages, qui disent le contraire, une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Eh bien moi, je suis candidat à la présidence de la République et je demande une majorité de suffrages aux Français. »

La comparaison s’arrête là, d’autant qu’il n’est question « que » du droit de vote des étrangers, soit une ambition bien modeste au regard de la vie humaine. Et si l’on veut être honnête, cet engagement figurait déjà dans les promesses de campagne de François Mitterrand.

Les arguties juridiques et politiques sont toutes plus légitimes les unes que les autres : la réforme du droit de vote relève du Congrès où la gauche n’obtiendrait pas les 3/5 des voix nécessaires à la modification de la Constitution. Là aussi, et alors ? Faire passer une telle réforme tout en sachant qu’elle ne passerait pas serait seulement faire de la politique : le gouvernement aura tenu sa promesse, et les élus qui s’y seraient opposés en seront comptables devant le peuple.

Comme le disait Pierre Mendès France, « gouverner, c’est choisir », ça n’est pas se laisser aller aux enquêtes d’opinions.

Je ne résiste pas d’ailleurs à reprendre les propos d’Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, qui en 1983 alors que Robert Badinter est au plus bas dans les sondages déclarait dans une tribune au Monde « Robert Badinter est l’honneur de la gauche  (…) non seulement Robert Badinter est l’honneur de la gauche, mais si l’on veut savoir ce que c’est que la gauche dans un monde en crise, dans un monde où règne une grande insécurité, Badinter en donne l’exemple». 33 ans plus tard, je rêverais moi aussi d’un nouveau Badinter qui serait l’honneur de la gauche.

D’abord parce que, à l’instar du mariage pour tous, le droit de vote des étrangers est un marqueur politique fort pour la gauche. Ensuite, parce que respecter ses promesses redonnerait confiance au peuple dans ses élus. Non pas que le gouvernement ne tienne pas ses engagements, mais il faut du souffle ! Alors que le Parti Socialiste vise 500 000 adhérents d’ici 2017, il serait bon de ressouder les citoyens entre eux.

Cambadélis, qui a mis en place au « dispositif anti-FN » au PS, sait certainement mieux que quiconque que les arguments intellectuelles c’est bien, mais que convaincre par la preuve c’est encore mieux.

 

 Voir aussi : Votation citoyenne pour le droit de vote des étrangers aux élections locales (26 mai 2011)

 

Ils sont 16 millions de bénévoles à aimer leur assoc ! Et vous ?

Les chiffres font tourner #jaimetonassola tête : 1,3 million d’associations en France avec 23 millions d’adhérents, un budget cumulé qui représente 3,2% du PIB (85 milliards d’€), 1,8 millions de salariés et 20 000 jeunes accueillis en Service Civique.

Pourtant, ce secteur qui vient d’entrer de plein pied dans l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) souffre encore de préjugés et l’on en sous-estime bien souvent sa force et son impact. C’est pourquoi, le Mouvement associatif a souhaité illustrer dans un spot cette grande cause nationale.

Ces associations, de plus petites au plus reconnues, sont essentielles à la vitalité de notre pays et à la cohésion sociale. Des millions de bénévoles s’engagent au quotidien, agissent de manière concrète au plus proche des territoires et contribuent, chacun à leur manière, à apporter des réponses aux crises économiques, sociales, environnementales et citoyennes que connaît notre pays.

Vous aussi, dites, #jaimetonasso !