Je suis Charlie

Ce mercredi, le siège de Charlie Hebdo a été la cible d’un attentat sans précédent : 12 personnes ont été abattues, parmi lesquelles Charb, Wolinski, Tignous, Cabus et Honoré. Le journaliste Bernard Maris, le brigadier Franck Brinsolaro, mais aussi Elsa Cayat, Mustapha Ourad, Frédéric Boisseau, et Michel Renaud. Ahmed Merabet, policier sur la voie publique a quant à lui été assassiné quelques instants plus tard.

Ce jeudi et ce vendredi, la liste des victimes s’est allongée avec l’exécution de Clarissa Jean-Philippe puis le meurtre des 4 otages au sein de l’épicerie casher de la porte de Vincennes : Yoav Hattab, Philippe Braham, Yohan Cohen et François-Michel Saada. Leurs noms seront gravés dans nos mémoires comme des victimes innocentes de la barbarie et de l’obscurantisme.

Comment en sommes nous arrivés là ? Assassiner des dessinateurs qui ont eu comme seul crime de caricaturer le Prophète ? Assassiner des hommes et des femmes qui ont le seul tort de se trouver dans une épicerie casher et donc d’être supposés Juifs ? Les questions sont nombreuses, les amalgames encore plus. Déjà les réseaux sociaux bruissent des théories du complot les plus folles. Certains politiques cherchent à attiser la haine de l’Autre. Mais de quel «Autre» parle-t-on quand ces assassins sont nés français et qui plus est au cœur de la capitale ? Cet «Autre» aurait donc la peau basanée et serait de confession musulmane ? Triste raccourci quand on sait que Ahmed Merabet était Musulman et un citoyen français pleinement intégré. Et que Lassana Bathily, employé de l’épicerie de la porte de Vincennes, lui aussi de confession musulmane, a sauvé des vies ? Comment en est-on arrivé en France à devoir justifier que des Musulmans aient sauvé des Juifs ? Que des Français convertis à l’Islam ne sont pas représentatifs des habitants des quartiers populaires ?

Les tensions communautaires sont anciennes dans notre pays. On se souvient de la violence qui avait suivi les caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo, dans la foulée des caricaturistes danois en 2005. On sait que les actes antisémites restent très nombreux en France. Aujourd’hui, l’on paye lourdement toutes ces années où l’on a cherché à opposer ce qui divise les citoyens plutôt que ce qui les rassemble. On a confondu la concept de République « une et inivisible » par une tentative d’uniformisation des citoyens. Comme si vivre ensemble supposait de devoir nier sa propre identité.

Pourtant, si les valeurs de la France sont supposées être universelles, ne sont-elles pas supposées l’entre aussi sur le territoire national ? Liberté, Egalité, Fraternité. A ces valeurs, l’on pourrait ajouter celle de la Laïcité qui entend une neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses. En aucun cas une négation de la religion.

Il est trop tôt pour analyser les racines de ces attentats. Mais il est évident que nous en portons une responsabilité collective : l’absence de futur à des générations de citoyens. La France n’a pas su apporter de réponses à ses banlieues et ses quartiers. La France a préféré oublier dans des ghettos ses propres citoyens et les a privé de services publics et de travail. Quel avenir peut avoir un jeune en décrochage scolaire qui n’a eu pour seul modèle ses parents au chômage ? Il ne s’agit pas de généraliser ou de caricaturer. Mais l’histoire de la France s’est construite sur des leurres dont nous payons aujourd’hui les conséquences : une décolonisation mal assumée dans l’histoire nationale, un relation aux pays du Maghreb faite d’incompréhension, des citoyens issus de l’immigration que l’on a pas cherché à intégrer, un aménagement du territoire inégalitaire avec des villes entières mal desservies par les transports en commun…. Cette succession d’affirmations pourrait sembler incohérente. Mélanger histoire, politique et géographie. Pourtant, l’on parle bien d’hommes et de femmes qui vivent tous les jours ce sentiment de déclassement voir d’abandon et qui ne trouvent pas à sa rattacher aux wagons de l’ascenseur social : pas la bonne adresse, pas le bon nom, pas la bonne couleur de peau, pas la bonne religion…

I10917462_10153031626585799_5149263621165231789_nl n’y a là rien de nouveau. Cela fait plus de 30 ans que le constat est dressé. Au-delà des constats, il faut désormais passer aux actes. Les quelques opérations de rénovation urbaine ne sont que des pansements sur une plaie plus profonde. Et croire que la répression policière sera une réponse est un leurre. La seule réponse passera dans l’éducation et la culture. Elle passera par donner de l’espoir à toutes celles et tous ceux qui souffrent. La France est forte de son métissage. Ne l’oublions jamais.