La Démocratie doit à nouveau faire face à ses ennemis

Indépendamment de la figure de Marcel Gauchet, il frappant de relire dans un article sur le « Gouvernement de la culture » une citation de lui de 1998 « Entrées dans l’évidence (…) les démocraties, désormais privées d’ennemis, ont perdu leur pouvoir de se présenter comme projet mobilisateur » (1). Aujourd’hui, alors que nos citoyens ne se sont jamais autant détournés de nos institutions au cours de ces 10 dernières années sans pour autant se détourner de la chose publique, la République devient à nouveau un projet commun qu’il convient non seulement de défendre mais surtout d’incarner. Le Président proposait de modifier la constitution. Mais ne faut-il pas au préalable faire (re)vivre nos institutions et les valeurs qu’elles portent ? La France s’est collectivement réjouit de la qualité de nos services publics qui ont été à même de répondre à l’urgence et à l’horreur de ses attentats. Pour autant, le sens de la mission de service public se dilue de jour en jour par une montée de l’individualisme qui fragmente de plus en plus notre société.

 

Entrées dans l’évidence (…) les démocraties, désormais privées d’ennemis, ont perdu leur pouvoir
de se présenter comme projet mobilisateur

 

Gauchet dans une analyse de 2007 reprochait à la Démocratie d’avoir « universellement sapé les bases de l’autorité du collectif au nom de la liberté. (…) Elle a fait passer au premier plan l’exercice des droits individuels, jusqu’au point de confondre l’idée de démocratie avec lui et de faire oublier l’exigence de maîtrise collective qu’elle comporte ». (2) La prolongation de l’état d’urgence votée par le Parlement pour les 3 prochains mois mobilise de facto cette exigence collective mais de manière artificielle. Maintenant que la Démocratie doit à nouveau faire face à ses ennemis, n’est-il pas temps de remobiliser nos valeurs ? Au-delà de leur proclamation (voire incantation), il faut les mettre en œuvre pour s’inscrire à nouveau dans une histoire commune. Ce qui a unit la France au cours des siècles derniers, ça n’est pas la religion, la couleur de peau, l’argent où le fait d’être né sur le sol Français mais c’est le partage d’un socle de valeurs issues des Lumières, c’est cette pensée universelle et évidemment une culture et une langue qui rayonne dans le monde entier.

 

(1) La Religion dans la démocratie, Parcours de la laïcité. Paris Gallimard 1998
(2) Désenchantement du monde. 2002


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