Le Blanc de l’Algérie

Bouleversé par la lecture du roman d’Assia Djebar « Le Blanc de l’Algérie » qui mêle souvenirs autobiographiques et portraits de la société algérienne poste-indépendance. Elle nous plonge dans plus de 30 ans d’histoire contemporaine, celles où violement, l’extrémisme armé prend le pas sur des hommes et des femmes – écrivains, poètes, médecins, enseignants – tous épris de culture et de liberté qui seront assassinés les uns après les autres pour éradiquer le savoir et la connaissance, armes massives d’émancipation qui arrachent les Hommes de leur condition humaine. Elle nous embarque avec une simplicité déconcertante dans le processus politique qui a donné corps à l’Algérie actuelle. Elle convoque, uns à uns, les morts – ses morts – dans la langue de Molière qu’elle manie avec la délicatesse des mots qui ont forgé une partie de son identité. Elle dépeint un peuple écartelé entre deux cultures, deux communautés ; celles du monde arabe, celles de la France. Elle cherche à rendre intelligible la traversée d’un enfer indescriptible pour ceux qui n’ont pas été pris dans la tourmente des luttes fratricides : « de même que la cours de Louis XVI ne pouvait trancher le conflit entre la royauté et le peuple de France, il n’appartient pas aujourd’hui aux tribunaux de régler un conflit qui oppose des oppresseurs à des opprimés. Rien n’empêchera les Algériens d’aimer la liberté ! »

Son récit prend une force narrative qui tort les tripes tant l’on assiste à travers elle, impuissants, à la disparation de l’idéal démocratique dans lequel a baigné cette Intelligentsia algérienne. L’odeur du sang des innocents qui suinte dans les blanches rues d’Alger s’évapore à chacune des pages que l’on tourne. Malgré tout, l’amour que porte l’auteur à ses compatriotes transpire à chacun des pages de ce récit poignant : « J’écris, comme tant d’autres femmes écrivains algériennes avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie. »