Tandis que certains s’ébaudissent dans des gargotes à l’ombre des grandes tours détentrices du savoir de l’humanité

Tandis que certains s’ébaudissent dans des gargotes, à l’ombre des grandes tours détentrices du savoir de l’humanité, dans les vapeurs des barbecues, des chichas et autres volutes d’alcool, certains tentent de (sur)vivrent, entassés dans des abris de fortune. D’un côté, le prélassement après une journée de labeur allongés dans un transat, ou bien l’activité sportive pour profiter des douceurs de cette fin d’été. De l’autre, non plus des SDF devenus presque sédentaires dans leurs cagibis libérés

de leur précédentes occupations dans les piles des ponts, non plus les Roms alignés en famille, mais des dizaines de réfugiés qui ont fuit la violence de leur pays. Personne ne se mélange. Personne ne se parle. Chacun vit, à quelques centimètres l’un de l’autre, dans un univers clôt par un horizon imaginaire. Dans ce Paris du 21ème siècle, la misère refait à nouveau surface, provoquée par des conflits qui n’ont cessé depuis des années d’inonder nos journaux. Alors, chacun vaque. A nous les loisirs. A eux l’oisiveté forcée de ceux qui voudraient bien travailler pour exister. Nous ne voulons pas les voir pour ne pas mettre en péril nos propres valeurs – celles de la solidarité et de la fraternité – tant qu’elles nous concernent nous-mêmes et non pas les autres qui ne sont pas issus de nos propres villages.

Banksy

Banksy

Pourtant, de l’autre côté de la Méditerranée, à proximité immédiate de l’Europe, les conflits ne vont pas s’interrompre. Ceux qui pourront fuir continueront à le faire. Pourquoi en serait-il autrement ? Plus de 70 ans sans conflit à l’intérieur de nos frontières nous ont-ils à ce point engourdis l’esprit ? La guerre du Kosovo n’a t-elle pas été une violente piqure de rappel ? Alors, oui, ils seront toujours présents à Paris, à Calais et ailleurs. Alors, oui, ne pas les regarder en face, c’est nous complaire dans notre propre confort matériel. C’est nier leur Humanité. Nous semblons impuissants et démunis face à des mouvements de populations que l’Europe n’avait pas vu depuis 1939. Rien ne serait pire que l’indifférence. Ils ne demandent qu’à vivre ! Aidons-les.

La France de l’autre côté du périphérique

Le 19 janvier dernier, à l’Espace Fondation EDF, dans le cadre des Rencontres qu’elle organise depuis plus d’un an, la Fondation EDF recevait Florence Aubenas et Philipe Meyer afin de débattre de « La France de l’autre côté du périphérique ». L’occasion d’appréhender la réalité française telle qu’elle est, de « sentir les odeurs de cuisine, qui ne sentent pas toujours très bon » comme le soulignera Emmanuel Laurentin, l’animateur de cette soirée, de « regarder ce qu’il y a sous la ligne de flottaison ».

« Les lecteurs se demandent souvent comment un journaliste choisit ses sujets » fait ainsi remarquer Florence Aubenas en introduction de son livre En France. Dans un quotidien, les infos s’enchainent sans cesse, le téléphone sonne tout le temps, l’ordre des sujets change sans prévenir. Comment prendre le temps alors de partir à l’écoute de la France de tous les jours, celle qui ne passe pas aux JT ? « On croit connaître cet endroit qu’on appelle chez soi. En réalité, c’est dans un paysage familier que commence le mystère ». Toute la question est donc de savoir comment le journaliste peut « sortir de sa cage », pour aller voir « la réalité riche et complexe des territoires ». Un exercice parfois délicat, subjectif mais toujours passionnant qui reflète l’état d’une France que l’on ne veut pas toujours voir en face.

Florence Aubenas enchaine les exemples puisés de son roman. Elle dresse au fil des pages le portrait d’un pays loin des clichés, tel ce retraité qui « un peu gauche, effaré »pousse pour la première fois de sa vie la porte de la CAF car il « n’a plus les moyens de faire rentrer le fuel », surpris de devoir demander une aide alors qu’il a travaillé toute sa vie. Ou encore des filles-mères qui à 14 ans considèrent leur maternité comme un statut social à part entière contrairement aux autres copines.

« Tu crois que je fais finir par avoir peur
de ce bougnoule en face de moi ? »

Aubenas décrit une France métissée qui a du mal à assumer son passé et à affronter l’avenir. Comme à Hénin-Beaumont. Durant la campagne des municipales de 2012, les tracts FN stigmatisent les « Arabes » et leur « dangerosité ». Farid demande alors à sa femme en pointant du doigt sa propre image dans le miroir de sa salle de bain « tu crois que je fais finir par avoir peur de ce bougnoule en face de moi ? ». Ils rient de l’absurdité de cette situation tout en réalisant avec violence qu’ils sont l’objet de débats sur la place publique. « Je ne m’étais jamais posé cette question, je me sens Français, c’est tout dit Farid. Ou plutôt je me sentais Français ».

A l’époque de la mine, la question des origines ne se posait pas, la seule provenance était celle du numéro de la fosse. Tout le monde allait et venait du même endroit : la mine. « Quand on demande au directeur du musée de la mine ce qu’il y avait ici avant, il répond ‘rien’. Et après ? ‘rien’ ». Territoire sans identité apparente, il laisse place à ceux qui apportent des réponses, aussi mauvaises soient-elles. « Ce que propose le FN comme identité, est toujours mieux que rien » constate simplement Aubenas qui souligne l’incapacité des partis traditionnels (dans ce cas le PS) à apporter des réponses. « Le vote du FN et aussi un vote d’opposition aux partis de gouvernement de moins en moins crédibles. Le PS croyait au sursaut Républicain et a créé une cellule anti-FN. Il n’a pas compris qu’il aurait du mettre sur pied une cellule pro-PS » poursuit la journaliste.

 

« Ce sont des mythologies françaises qui se fissurent »

Le voyage d’Aubenas est tout autant campagnard que rural. Il reflète ces nouvelles migrations et ce retour aux villages. La technologie affranchie les frontières et permet au néo-ruraux de se lancer dans le télé-travail. Mais autant qu’elle libère des bouchons urbains, elle enferme : chacun reste désormais chez soi, interdisant de fait les rencontres. La technologie qui simplifie les démarches administratives et aussi celle qui entraine la fermeture des services publics de proximité. « Avec la reforme territoriale, les territoires fusionnent et rompent les liens avec la classe politique et l’État français. Les institutions se fissurent. Les écoles se regroupent, comme les hôpitaux. Ce sont des mythologies françaises qui se fissurent. Elles étaient un patrimoine et des valeurs communs. C’est plus important que le rapport à l’élu. »

 

Ne pas désespérer de cette France

Le constat que dresse Aubenas dans son roman et qu’il ne faut pas désespérer de cette France. La débrouille laisse place aux institutions qui structuraient les territoires. Le rapport au monde change, il y a « une force de vie incroyable qui anime chacune des personnes que j’ai rencontrée. Regardez ces filles-mères. En tant que journaliste on pense tout de suite qu’elles n’ont pas eu accès à l’IVG et qu’elles subissent une grosse non désirée. Mais pas du tout. Elles sont heureuses loin de cette chape de béton qu’on essaye de leur coller sur la tête. »

Car tels sont les messages de ce livre et de cette conférence. La France est pleine de richesses pour peut que l’on prenne le temps de la découvrir, loin des clichés, loin des raccourcis imposés par une certains forme de journalisme instantané. Notre rapport au temps et aux territoires est bien trop souvent réduit au prisme parisien. Faire société, c’est aussi accepter l’autre, sans jugement. C’est tout l’intérêt de ce roman : ne jamais entrer dans le misérabilisme ou la compassion, mais rendre compte d’un quotidien qui s’il n’est pas le nôtre, n’en est pas moins celui de la France.

 

Florence Aubenas, En France – Editions de l’Olivier, 2014

 

Je suis Charlie

Ce mercredi, le siège de Charlie Hebdo a été la cible d’un attentat sans précédent : 12 personnes ont été abattues, parmi lesquelles Charb, Wolinski, Tignous, Cabus et Honoré. Le journaliste Bernard Maris, le brigadier Franck Brinsolaro, mais aussi Elsa Cayat, Mustapha Ourad, Frédéric Boisseau, et Michel Renaud. Ahmed Merabet, policier sur la voie publique a quant à lui été assassiné quelques instants plus tard.

Ce jeudi et ce vendredi, la liste des victimes s’est allongée avec l’exécution de Clarissa Jean-Philippe puis le meurtre des 4 otages au sein de l’épicerie casher de la porte de Vincennes : Yoav Hattab, Philippe Braham, Yohan Cohen et François-Michel Saada. Leurs noms seront gravés dans nos mémoires comme des victimes innocentes de la barbarie et de l’obscurantisme.

Comment en sommes nous arrivés là ? Assassiner des dessinateurs qui ont eu comme seul crime de caricaturer le Prophète ? Assassiner des hommes et des femmes qui ont le seul tort de se trouver dans une épicerie casher et donc d’être supposés Juifs ? Les questions sont nombreuses, les amalgames encore plus. Déjà les réseaux sociaux bruissent des théories du complot les plus folles. Certains politiques cherchent à attiser la haine de l’Autre. Mais de quel «Autre» parle-t-on quand ces assassins sont nés français et qui plus est au cœur de la capitale ? Cet «Autre» aurait donc la peau basanée et serait de confession musulmane ? Triste raccourci quand on sait que Ahmed Merabet était Musulman et un citoyen français pleinement intégré. Et que Lassana Bathily, employé de l’épicerie de la porte de Vincennes, lui aussi de confession musulmane, a sauvé des vies ? Comment en est-on arrivé en France à devoir justifier que des Musulmans aient sauvé des Juifs ? Que des Français convertis à l’Islam ne sont pas représentatifs des habitants des quartiers populaires ?

Les tensions communautaires sont anciennes dans notre pays. On se souvient de la violence qui avait suivi les caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo, dans la foulée des caricaturistes danois en 2005. On sait que les actes antisémites restent très nombreux en France. Aujourd’hui, l’on paye lourdement toutes ces années où l’on a cherché à opposer ce qui divise les citoyens plutôt que ce qui les rassemble. On a confondu la concept de République « une et inivisible » par une tentative d’uniformisation des citoyens. Comme si vivre ensemble supposait de devoir nier sa propre identité.

Pourtant, si les valeurs de la France sont supposées être universelles, ne sont-elles pas supposées l’entre aussi sur le territoire national ? Liberté, Egalité, Fraternité. A ces valeurs, l’on pourrait ajouter celle de la Laïcité qui entend une neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses. En aucun cas une négation de la religion.

Il est trop tôt pour analyser les racines de ces attentats. Mais il est évident que nous en portons une responsabilité collective : l’absence de futur à des générations de citoyens. La France n’a pas su apporter de réponses à ses banlieues et ses quartiers. La France a préféré oublier dans des ghettos ses propres citoyens et les a privé de services publics et de travail. Quel avenir peut avoir un jeune en décrochage scolaire qui n’a eu pour seul modèle ses parents au chômage ? Il ne s’agit pas de généraliser ou de caricaturer. Mais l’histoire de la France s’est construite sur des leurres dont nous payons aujourd’hui les conséquences : une décolonisation mal assumée dans l’histoire nationale, un relation aux pays du Maghreb faite d’incompréhension, des citoyens issus de l’immigration que l’on a pas cherché à intégrer, un aménagement du territoire inégalitaire avec des villes entières mal desservies par les transports en commun…. Cette succession d’affirmations pourrait sembler incohérente. Mélanger histoire, politique et géographie. Pourtant, l’on parle bien d’hommes et de femmes qui vivent tous les jours ce sentiment de déclassement voir d’abandon et qui ne trouvent pas à sa rattacher aux wagons de l’ascenseur social : pas la bonne adresse, pas le bon nom, pas la bonne couleur de peau, pas la bonne religion…

I10917462_10153031626585799_5149263621165231789_nl n’y a là rien de nouveau. Cela fait plus de 30 ans que le constat est dressé. Au-delà des constats, il faut désormais passer aux actes. Les quelques opérations de rénovation urbaine ne sont que des pansements sur une plaie plus profonde. Et croire que la répression policière sera une réponse est un leurre. La seule réponse passera dans l’éducation et la culture. Elle passera par donner de l’espoir à toutes celles et tous ceux qui souffrent. La France est forte de son métissage. Ne l’oublions jamais.

Le crowdfunding au secours du financement de la culture ?

Le 9 décembre dernier, Fleur Pellerin, Ministre de la culture et de la communication, remettait à 16 donateurs individuels la distinction de « donateur de la culture ». L’objectif affiché était double : au-delà de récompenser 16 donateurs ayant fait usage du crowdfunding (mécénat participatif) et « représentatifs de la culture, par la fréquence de leurs dons et leur diversité », il s’agissait de relancer la politique de mécénat culturel.

Le nombre de plateformes de collectes de dons a explosé en moins de 5 ans, qu’il s’agisse de KissKissBankBank, My Major Company, Babeldoor, Ulule… En 2013, 32 000 projets ont pu être financés, tous secteurs confondus, grâce aux 78 millions collectés selon les données fournies par Financement participatif France .

La culture représente ainsi 22% des fonds toutes plateformes confondues soit un montant de 17,2 M€. De manière surprenante, cette part de la culture est relativement comparable aux données de l’ADMICAL sur le mécénat d’entreprise.

Le mécénat dans sa globalité représente quant à lui plus de 6 milliards d’euros annuels, dont environ 3,2 milliards déclarés à l’administration fiscal, démontrant ainsi que le don n’a pas pour mécanisme la feuille d’impôt mais bien une générosité envers les structures d’intérêt général. Ce sont ainsi plus de 5,6 millions de foyers fiscaux et 37 000 entreprises qui sont impliqués dans la philanthropie dans un mouvement de fond qui ne se dément pas depuis 10 ans malgré un tassement ces dernières années.

Traditionnellement en matière de financement individuel de la culture, le public était invité à adhérer à un cercle d’Amis de Musée qui lui-même concourait à l’enrichissement des collections par exemple. Avec la montée en puissance du numérique, le citoyen est amené à participer de plus en plus activement au financement de la culture. Le Musée du Louvre a été le précurseur de ce financement de masse en 2010 en vue de l’acquisition des Trois Grâce de Cranach. Le public a été au rendez-vous avec 7200 personnes qui ont collectivement donné 1,2 millions d’euros. En 2012, le Centre des Monuments nationaux a fait le pari de proposer aux internautes 4 opérations de restauration de monuments au travers de My Major Compagny. Si la collecte a représenté un montant modeste (120 000 euros), elle a provoqué un buzz incroyable, le NY Times en faisant même sa « une ».

État impécunieux ou montée en puissance de la société civile ?

Est-ce à dire que l’État impécunieux en est réduit à faire les poches du contribuable  en se reposant sur la générosité des citoyens ? A voir le montant du budget du Ministère dédié au patrimoine, on pourrait légitimement se poser la question tant les montants ne sont pas à la hauteur des enjeux. Néanmoins, en temps de crise, une baisse de 2% du budget global reste malgré tout entendable.

Ne faudrait-il pas, au contraire, y voir une montée en puissance de la société civile qui cherche à se prendre en main ? La diversité des projets présentés au financement participatif va bien au-delà d’un bouclage de budget en déficit et l’absence de contreparties en monnaie sonnante et trébuchante ou fiscale est bien souvent la règle.

Chacun peut aussi, au regard de ses propres goûts et passions, financer tel ou tel projet ou artiste sans le filtre de la puissance publique. Financer l’album de son artiste préféré ou la restauration du patrimoine classé n’est évidemment pas du même ordre. Tout en restant dans le champ culturel, le premier relève de la culture loisir quand le second relève des obligations de la puissance publique. Néanmoins, cet engagement citoyen mérite largement d’être soutenu et récompensé. Ces hommes et ces femmes qui se mobilisent pour financer tous ces projets sont symptomatiques d’une France qui croit encore en elle, à l’inverse des discours d’immobilisme ou décliniste.

Ils offrent une nouvelle approche de la culture : plus directe et plus personnelle. L’artiste devient accessible pour celles et ceux qui ont contribué à financer le spectacle. Le patrimoine se donne à voir sous un autre angle pour ceux qui en ont financé sa restauration. Dans tous les cas, les coulisses se révèlent. C’est donc l’antithèse de consommateurs passifs qui se dessine au travers de ce financement hybride, mais au contraire des citoyens passionnés qui touchent du doigt leur don. Qui peut en dire autant de son impôt ? Sans démagogie, rares sont ceux à se réjouir du financement d’une route, d’un collège ou d’un hôpital, aussi utiles soient-ils.

Le financement participatif interroge ainsi sur le financement de la culture dont le modèle s’essouffle objectivement, d’une part en raison de l’extraordinaire diversification de ses sources publiques et privées (et donc de la complexification de son obtention) mais aussi en raison d’un élargissement sans précédent de la définition même de la culture depuis les années Lang qui ne permet plus aux budgets de suivre.

Le financement participatif faisant appel aux techniques les plus élémentaires du marketing, il nécessite évidemment un certain savoir-faire : il faut savoir mettre en avant sa « cause ». Néanmoins, l’exemple de la Fondation du Patrimoine qui a ouvert plus de 800 souscriptions publiques en 2013 démontrent que même les projets les plus modestes peuvent trouver preneur dès lors qu’ils sont porteur de sens (dans le cas du patrimoine, c’est le rapport à son territoire qui entre en ligne de compte).

Consumérisme versus politique culturelle ?

Le plus chagrin argue de la nécessité régulatrice de la puissance publique face au nivellement vers le bas que constituerait une sélection issue du public, une espèce de syndrome de la « Star Académie » où le consumérisme remplacerait la culture (Appuyer sur le 1 pour soutenir votre projet fétiche). Il n’est jamais bon de chercher à opposer la culture savante ou officielle à la culture populaire. Si la puissance publique est dans son rôle en favorisant une culture parfois moins accessible, en quoi le choix du plus grand nombre serait un appauvrissement ?

Au contraire, la puissance publique est dans son rôle de régulateur en encadrant ces nouveaux dispositifs qui ne viennent pas en substituons des financements actuels, mais en complément. Le Ministère se place dans son rôle politique : soutenir la création et le patrimoine, favoriser la cohésion sociale en permettant que la culture reste ce ciment social propre à nos société.

Soucieux que le mécénat ne soit pas utilisé à mauvais escient, le Ministère a d’ailleurs publié, à l’initiative de sa mission mécénat, sa propre « Charte du mécénat culturel » visant à rappeler les principes fondamentaux du mécénat.

Droit de votes des étrangers : des citoyens comme les autres

afp.com/Thierry Zoccolan

afp.com/Thierry Zoccolan

Un sondage paru hier, largement repris par la presse, pose une question simple : êtes-vous favorable à « l’extension du droit de vote aux élections municipales aux étrangers non membres de l’Union européenne et résidant en situation régulière depuis au moins cinq ans sur notre territoire ?« . La réponse fait froid dans le dos, seules 40% des personnes interrogées répondent favorablement à cette réforme. Il y a à peine 3 ans, ils étaient pour à plus de 60% en 2011 !

Outre le fait que ce chiffre révèle un rejet de l’étranger (sans que l’on sache très bien ce que recouvre le terme étranger), il doit nous interroger et questionne également sur la mise en œuvre des promesses de campagne. Le candidat François Hollande en avait fait l’engagement n° 50: « J’accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans. »

Qu’en est-il aujourd’hui ? Cette « revendication forte de la société » comme l’exprimait alors celui qui était Ministre de l’Intérieur est toujours lettre morte. Pourtant, ces étrangers ont fait le choix de s’établir en France ; ils y travaillent, payent des impôts, mais n’ont pas le droit de décider de leur propre avenir. De quoi – ou de qui – avons-nous peur ? Sans cesse, il est fait mention du « vivre ensemble », de la « cohésion nationale ». Souder son peuple, n’est-ce pas lui donner les clés de son avenir ? Choisir ses élus en fait partie. Et encore, l’engagement 50 ne concerne que le droit de vote aux élections locales.

La Charte des socialistes pour le progrès humain fait pourtant de « l’égalité réelle » une des doxa de la gauche : « nous construisons l’égalité réelle. C’est d’abord dans l’aspiration à l’égalité que se forge la séparation entre la gauche et la droite. Pas d’humanité libre sans individus libérés des inégalités de situation, de revenus, de destin ! »

Ce sondage vient nous le rappeler, l’opinion ne serait pas mûre pour une telle réforme. Et alors ? La comparaison est osée, mais souvenons-nous des débats lors l’abolition de la peine de mort. Robert Badinter dans son discours à l’Assemblée nationale le 17 septembre 1981 affirmait : « attendre, comme si la peine de mort ou la guillotine était un fruit qu’on devrait laisser mûrir avant de le cueillir !  Attendre ? Nous savons bien en vérité que la cause était la crainte de l’opinion publique. » L’opinion publique, voilà donc ce qui tétanise nos élus.

Pourtant, l’argumentaire du Garde des Sceaux était imparable : l’abolition était en engagement de campagne du Président François Mitterrand qui n’avait pas hésité à affirmer au cours de son débat télévisé du second tour de la présidentielle le 16 avril 1981 : « je n’ai pas du tout l’intention de mener ce combat à la face du pays en faisant semblant d’être ce que je ne suis pas. Dans ma conscience profonde, (…) je suis contre la peine de mort. Et je n’ai pas besoin de lire les sondages, qui disent le contraire, une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Eh bien moi, je suis candidat à la présidence de la République et je demande une majorité de suffrages aux Français. »

La comparaison s’arrête là, d’autant qu’il n’est question « que » du droit de vote des étrangers, soit une ambition bien modeste au regard de la vie humaine. Et si l’on veut être honnête, cet engagement figurait déjà dans les promesses de campagne de François Mitterrand.

Les arguties juridiques et politiques sont toutes plus légitimes les unes que les autres : la réforme du droit de vote relève du Congrès où la gauche n’obtiendrait pas les 3/5 des voix nécessaires à la modification de la Constitution. Là aussi, et alors ? Faire passer une telle réforme tout en sachant qu’elle ne passerait pas serait seulement faire de la politique : le gouvernement aura tenu sa promesse, et les élus qui s’y seraient opposés en seront comptables devant le peuple.

Comme le disait Pierre Mendès France, « gouverner, c’est choisir », ça n’est pas se laisser aller aux enquêtes d’opinions.

Je ne résiste pas d’ailleurs à reprendre les propos d’Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, qui en 1983 alors que Robert Badinter est au plus bas dans les sondages déclarait dans une tribune au Monde « Robert Badinter est l’honneur de la gauche  (…) non seulement Robert Badinter est l’honneur de la gauche, mais si l’on veut savoir ce que c’est que la gauche dans un monde en crise, dans un monde où règne une grande insécurité, Badinter en donne l’exemple». 33 ans plus tard, je rêverais moi aussi d’un nouveau Badinter qui serait l’honneur de la gauche.

D’abord parce que, à l’instar du mariage pour tous, le droit de vote des étrangers est un marqueur politique fort pour la gauche. Ensuite, parce que respecter ses promesses redonnerait confiance au peuple dans ses élus. Non pas que le gouvernement ne tienne pas ses engagements, mais il faut du souffle ! Alors que le Parti Socialiste vise 500 000 adhérents d’ici 2017, il serait bon de ressouder les citoyens entre eux.

Cambadélis, qui a mis en place au « dispositif anti-FN » au PS, sait certainement mieux que quiconque que les arguments intellectuelles c’est bien, mais que convaincre par la preuve c’est encore mieux.

 

 Voir aussi : Votation citoyenne pour le droit de vote des étrangers aux élections locales (26 mai 2011)

 

Ils sont 16 millions de bénévoles à aimer leur assoc ! Et vous ?

Les chiffres font tourner #jaimetonassola tête : 1,3 million d’associations en France avec 23 millions d’adhérents, un budget cumulé qui représente 3,2% du PIB (85 milliards d’€), 1,8 millions de salariés et 20 000 jeunes accueillis en Service Civique.

Pourtant, ce secteur qui vient d’entrer de plein pied dans l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) souffre encore de préjugés et l’on en sous-estime bien souvent sa force et son impact. C’est pourquoi, le Mouvement associatif a souhaité illustrer dans un spot cette grande cause nationale.

Ces associations, de plus petites au plus reconnues, sont essentielles à la vitalité de notre pays et à la cohésion sociale. Des millions de bénévoles s’engagent au quotidien, agissent de manière concrète au plus proche des territoires et contribuent, chacun à leur manière, à apporter des réponses aux crises économiques, sociales, environnementales et citoyennes que connaît notre pays.

Vous aussi, dites, #jaimetonasso !

Encourager le bénévolat associatif des actifs

engagement actifLe 6 novembre dernier, Patrick KANNER, ministre en charge de la vie associative, a reçu le rapport présentant 15 préconisations pour encourager le bénévolat associatif des actifs.

Ce rapport est le produit du groupe de travail copiloté par le Ministère chargé de la vie associative et « Le Rameau », groupe composé de représentants du Mouvement associatif, du Haut conseil à la vie associative, de la direction générale du travail et d’experts du bénévolat associatif des actifs et de la responsabilité sociétale d’entreprise.

Au cœur de ce rapport, les réponses aux questions d’enjeux : Comment concilier engagement associatif et activité professionnelle ? Comment peuvent s’articuler les temps sociaux ? A quelles conditions peut se développer l’engagement des actifs ? Quelles sont les pratiques au sein des entreprises dans ce domaine peu exploré ? Quels sont les besoins des associations ? Quel est le point de vue des partenaires sociaux ?

15 propositions relevant de trois thématiques y sont présentées, touchant à :

– l’information des acteurs,

– l’encouragement de leviers réglementaires et conventionnels pour faciliter l’aménagement des temps pour une activité bénévole,

– l’accompagnement des associations et des bénévoles.

Téléchargez le rapport

L’évaluation dans la pratique du mécénat

EY et l’IMS se sont associés pour réaliser la première édition du Panorama des fondations et fonds de dotation créés par des entreprises et livrent un regard croisé unique sur la pratique dans le secteur avec un focus pour cette édition sur le développement des pratiques d’évaluation.

J’ai eu l’occasion d’être interrogé sur l’évaluation dans les fondations (propos recueilli par Juliette Gayraud).

La Fondation EDF, forte de près de 30 ans d’engagement, fait partie des premières fondations d’entreprise en France. Elle s’est nourrie des valeurs de proximité, de solidarité et de responsabilité ancrées dans l’ADN de l’établissement public dont elle est issue, une vocation qu’EDF a maintenue après l’ouverture de son capital en 2005. Cette ancienneté, si elle conforte notre légitimité, exige aussi de régulièrement évaluer et renouveler nos actions.

En 2013, la Fondation a connu un tournant avec l’organisation en trois nouveaux axes de son champ d’action : l’inclusion sociale, l’autonomie et l’intervention humanitaire. Le conseil d’administration ayant entériné cette nouvelle direction a également affirmé sa volonté que les projets soutenus par la Fondation soient désormais évalués. La démarche d’évaluation, timidement entrée dans les pratiques de la Fondation en 2010 avec la publication d’un guide des partenariats, était jusque-là plutôt partielle et subjective.

Aujourd’hui, la convention signée entre le porteur de projet et la Fondation prévoit l’évaluation comme étape essentielle de l’accompagnement. Réalisée « à trois voix » par le porteur de projet, son parrain EDF et la Fondation, cette évaluation a lieu au terme du partenariat, qui dure généralement une année. Son objectif est avant tout d’évaluer la relation partenariale entre le porteur de projet et la Fondation.

Nous n’avons pas vocation à mesurer l’impact du projet, qui relève davantage, selon nous, de ses initiateurs ou de la puissance publique – d’autant que l’exercice ne serait guère probant dans le cas de projets limités à un an. En termes de méthode, il ne s’agit évidemment pas de calquer les processus d’évaluation de l’entreprise aux projets de la Fondation. Si nous sommes intimement liés à EDF, nous conservons une culture propre du mécénat qui ne peut être réduite à des indicateurs et à la mesure du retour sur investissement.

Nous préférons ainsi construire l’évaluation autour de questions telles que la conformité de l’action au projet, le potentiel innovant, les difficultés de mise en œuvre, le degré d’association du mécène et du parrain, la satisfaction des parties, etc. Ces axes sont codéfinis avec le porteur de projet au moment de la signature de la convention. Certaines associations intègrent désormais d’elles-mêmes une démarche d’évaluation dans les projets qu’elles nous soumettent, et il est vrai que cela représente une véritable plus-value qui peut influencer positivement notre sélection. Mais ce n’est pas une pratique que nous pouvons attendre de tous, de même que nous ne pouvons pas nous permettre, sur un partenariat d’un an, de complexifier le travail des porteurs de projet en exigeant d’eux objectifs, indicateurs et reporting.

L’intérêt de l’évaluation est surtout d’ouvrir le dialogue sur les résultats d’un projet, de capter les « signaux faibles », de définir des axes d’amélioration. Il s’agit aussi de développer une culture d’évaluation en interne, les retours que nous obtenons permettant d’avoir un regard autant critique que constructif sur notre accompagnement et sur la pertinence de nos nouveaux axes d’action.

Pour la Fondation EDF, l’évaluation est un état d’esprit plus qu’un processus, une ambition modeste mais résolue : tout en restant adaptée au format de nos partenariats et aux ressources des parties prenantes, elle doit s’installer durablement dans le paysage de notre action. »

L’intérêt de l’évaluation est surtout d’ouvrir le dialogue sur les résultats d’un projet, de capter les « signaux faibles »,
de définir des axes d’amélioration.

 

A noter que l’ADMICAL a largement travaillé sur ces sujets, à titre d’exemple :
Evaluer l’impact de ses actions : quel impact pour le mécène (Assises du mécénat du mécénat 2013)

Du bon usage de l’évaluation (colloque du 3 avril 2014)

Le lien social à travers l’art théâtral

Au cours de l’année 2012, pour la troisième année consécutive, le théâtre national de la Colline a accueilli les ateliers d’écriture et de jeu encadrés par le metteur en scène Stanislas Nordey, le comédien Thierry Paret et la dramaturge Lesly Six. Une centaine de participants on travaillé sur les textes et l’univers d’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll. Ils ont comme particularité de venir de tous milieux sociaux.

Ce projet est né d’un constat des responsables d’associations locales, des équipes de développement locales de la ville de Paris, des différentes communes limitrophes : certaines populations ont du mal à maîtriser la langue et les savoirs et se tro9782343018973ruvent ainsi reléguées en marge du système éducatif, de l’accès à l’emploi, de la protection sociale… Les ateliers proposés par La Colline constituent un outil artistique pour lutter contre ces exclusions, aux côtés des 400 structures solidaires (associations d’aide à l’insertion et de prévention, centres sociaux et missions locales) de l’Est parisien, mais également de toute la région Ile de France.

 

La Colline, théâtre national profondément ancré dans son quartier, souhaite être un théâtre pour tous. Implanté dans le 20ème arrondissement, un des plus peuplés de Paris, il bénéficie d’un environnement riche d’un tissu associatif très dense et d’une mixité sociale considérable qui constituent autant de composantes visant à bâtir des liens forts et durables entre vie artistique et vie associative.

 

Ces ateliers se proposent d’aller à la rencontre des publics de proximité les plus éloignés de la culture. Ce projet, ambitieux et stimulant, décloisonne une pratique identifiée comme réservée à une catégorie socio-culturelle privilégiée en adoptant une approche non-académique de l’écriture et de la pratique théâtrale. Cette pratique artistique originale participe au renforcement de la maîtrise linguistique et arrive en complément d‘autres modes d’apprentissage dont les participants peuvent bénéficier. La Colline, sans se substituer aux associations humanitaires ou de réinsertion, se joint à elles, et offre les outils en sa possession – un creuset artistique riche et une expérience pédagogique ancrée dans sa pratique depuis de longues années – afin d‘éviter les mécanismes d’isolement, en tentant de dessiner de nouveaux schémas sociaux.

Le théâtre a développé une politique active autour de l’écriture.

Des hommes et des femmes d’origines et d’horizons divers ont découvert le levier de l’écriture romanesque, poétique, autobiographique… La Colline, lieu d’inventions, entend aujourd’hui poursuivre l’apprentissage de l’écriture par le biais du domaine riche qu’est le jeu théâtral. Par ailleurs, tout au long de leur parcours au théâtre, les participants sont amenés à découvrir les autres ateliers de La Colline : soit en direction des collégiens et lycéens issus d’établissements de zones d’éducation prioritaire (ateliers de réception du spectacle et de lecture…), soit destinés au public abonné ou aux habitants du quartier (ateliers de lecture itinérant, ateliers de critique théâtrale…). La rencontre de ces différents projets enrichit le travail mené au sein des ateliers.

 

Les ateliers proposés par La Colline sont exemplaires d’une démarche de partenariat vertueuse.

 

La singularité de ce projet qui mixe des participants de plus d’une centaine de structures sociales est qu’il a intégré dés le début le regard de sociologue qui ont mené une évaluation de ces ateliers d’accès à la pratique théâtrale.

Ce projet a pu se concrétiser grâce au soutien de fondations, dont la Fondation Rothschild, la Fondation SNCF et la Fondation EDF. Les mécènes ne viennent en rien se substituer aux obligations d’éducation artistiques des institutions de l’Etat, au contraire, ils permettent d’explorer de nouveaux champs d’actions, ce qui est l’essence du mécénat, de soutenir des initiatives qui permettent de tester de nouvelles pratiques de médiation. En la matière, les équipes du Théâtre sont mobilisées autour d’un artiste de renom – Stanislas Nordey – qui croit en la culture comme vecteur d’émancipation et de transmission. Ces jeux atour de la langue et du théâtre donnent une occasion unique pour des publics qui ne croisent pas (jeunes, personnes âgées, étrangers…) de se rencontrer, de se connaître, de prendre confiance en eux dans une logique de réseau.

 

La mise en place d’une évaluation par une équipe de sociologues issus de l’université est incontestablement un point positif. L’action permet de se projeter sur « un après » : qu’est-ce que les participants ont tirés de cette expérience en termes personnels ? Cette évaluation permet de valider les intuitions et les objectifs du projet et ainsi lui permettre – nous espérons – de perdurer voire de se dupliquer ailleurs. A noter que les 3 fondations qui ont soutenus ce projet ont souhaité travailler de concert sur les questions de suivi et d’évaluation. Comme quoi le mécénat sert véritablement à créer des passerelles !

 

Ouvrage disponible aux éditions de L’Harmattan

Des acteurs du mécénat engagés pour l’éducation artistique aux côtés de DEMOS

Démos (Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale) est un projet de démocratisation culturelle centré sur la pratique musicale en orchestre. Ce projet à dimension nationale, coordonné par la Cité de la musique, est destiné aux jeunes habitants des quartiers politique de la ville ne disposant pas toujours des ressources économiques, sociales ou culturelles pour découvrir et pratiquer la musique classique dans les institutions existantes.

Il bénéficie du soutien des collectivités locales, bien sur, mais aussi de Fondations d’entreprises. Démos a ainsi souhaité donner la parole à celles et ceux qui portent ce mécénat afin qu’ils puissent exprimer leurs motivations : http://projetdemos.fr/videos/