Prix de la Fondation Chirac pour agir au service de la Paix

Remise des prix au musée du quai Branly

Remise des prix au musée du quai Branly

Rendre hommage aux hommes et aux femmes qui œuvrent pour la paix et la culture. En ce lendemain d’attentats qui ont frappé la France, les deux prix de la Fondation Chirac revêtent un sens particulier ; attribués à Latifa Ibn Ziaten et Aldiouma Baba des Banques culturelle du Mali, ils sont dans la vérité de l’actualité. Si le Président Chirac n’a pu assister ce matin à cette remise, la présence du Président de la République témoigne de l’importance de ces actions qui visent à lutter contre la haine et la radicalité, le fanatisme. Ce matin, c’est un message de paix et de tolérance qui a été porté par l’ensemble des personnalités présentes qui ont appelé au meilleur de le l’être humain : son intelligence.

Latifa Ibn Ziaten s’est particulièrement démarquée en défendant un dialogue fécond sur la laïcité. La France est unie dans sa diversité quand elle croit et partage ses valeurs. La France est elle-même quand elle défend un idéal de paix de solidarité et évidemment le dialogue des cultures.

Énormément d’émotion et de solennité ce matin dans cet amphithéâtre Lévi-Strauss. Un moment de dignité et de respect. Et comme l’a rappelé François Hollande, « la France répondra à la haine par la fraternité, à la terreur par le droit, au fanatisme par l’espérance. En étant tout simplement la France ».

 

« La France répondra à la haine par la fraternité, à la terreur par le droit, au fanatisme par l’espérance. En étant tout simplement la France ».

Le crowdfunding au secours du financement de la culture ?

Le 9 décembre dernier, Fleur Pellerin, Ministre de la culture et de la communication, remettait à 16 donateurs individuels la distinction de « donateur de la culture ». L’objectif affiché était double : au-delà de récompenser 16 donateurs ayant fait usage du crowdfunding (mécénat participatif) et « représentatifs de la culture, par la fréquence de leurs dons et leur diversité », il s’agissait de relancer la politique de mécénat culturel.

Le nombre de plateformes de collectes de dons a explosé en moins de 5 ans, qu’il s’agisse de KissKissBankBank, My Major Company, Babeldoor, Ulule… En 2013, 32 000 projets ont pu être financés, tous secteurs confondus, grâce aux 78 millions collectés selon les données fournies par Financement participatif France .

La culture représente ainsi 22% des fonds toutes plateformes confondues soit un montant de 17,2 M€. De manière surprenante, cette part de la culture est relativement comparable aux données de l’ADMICAL sur le mécénat d’entreprise.

Le mécénat dans sa globalité représente quant à lui plus de 6 milliards d’euros annuels, dont environ 3,2 milliards déclarés à l’administration fiscal, démontrant ainsi que le don n’a pas pour mécanisme la feuille d’impôt mais bien une générosité envers les structures d’intérêt général. Ce sont ainsi plus de 5,6 millions de foyers fiscaux et 37 000 entreprises qui sont impliqués dans la philanthropie dans un mouvement de fond qui ne se dément pas depuis 10 ans malgré un tassement ces dernières années.

Traditionnellement en matière de financement individuel de la culture, le public était invité à adhérer à un cercle d’Amis de Musée qui lui-même concourait à l’enrichissement des collections par exemple. Avec la montée en puissance du numérique, le citoyen est amené à participer de plus en plus activement au financement de la culture. Le Musée du Louvre a été le précurseur de ce financement de masse en 2010 en vue de l’acquisition des Trois Grâce de Cranach. Le public a été au rendez-vous avec 7200 personnes qui ont collectivement donné 1,2 millions d’euros. En 2012, le Centre des Monuments nationaux a fait le pari de proposer aux internautes 4 opérations de restauration de monuments au travers de My Major Compagny. Si la collecte a représenté un montant modeste (120 000 euros), elle a provoqué un buzz incroyable, le NY Times en faisant même sa « une ».

État impécunieux ou montée en puissance de la société civile ?

Est-ce à dire que l’État impécunieux en est réduit à faire les poches du contribuable  en se reposant sur la générosité des citoyens ? A voir le montant du budget du Ministère dédié au patrimoine, on pourrait légitimement se poser la question tant les montants ne sont pas à la hauteur des enjeux. Néanmoins, en temps de crise, une baisse de 2% du budget global reste malgré tout entendable.

Ne faudrait-il pas, au contraire, y voir une montée en puissance de la société civile qui cherche à se prendre en main ? La diversité des projets présentés au financement participatif va bien au-delà d’un bouclage de budget en déficit et l’absence de contreparties en monnaie sonnante et trébuchante ou fiscale est bien souvent la règle.

Chacun peut aussi, au regard de ses propres goûts et passions, financer tel ou tel projet ou artiste sans le filtre de la puissance publique. Financer l’album de son artiste préféré ou la restauration du patrimoine classé n’est évidemment pas du même ordre. Tout en restant dans le champ culturel, le premier relève de la culture loisir quand le second relève des obligations de la puissance publique. Néanmoins, cet engagement citoyen mérite largement d’être soutenu et récompensé. Ces hommes et ces femmes qui se mobilisent pour financer tous ces projets sont symptomatiques d’une France qui croit encore en elle, à l’inverse des discours d’immobilisme ou décliniste.

Ils offrent une nouvelle approche de la culture : plus directe et plus personnelle. L’artiste devient accessible pour celles et ceux qui ont contribué à financer le spectacle. Le patrimoine se donne à voir sous un autre angle pour ceux qui en ont financé sa restauration. Dans tous les cas, les coulisses se révèlent. C’est donc l’antithèse de consommateurs passifs qui se dessine au travers de ce financement hybride, mais au contraire des citoyens passionnés qui touchent du doigt leur don. Qui peut en dire autant de son impôt ? Sans démagogie, rares sont ceux à se réjouir du financement d’une route, d’un collège ou d’un hôpital, aussi utiles soient-ils.

Le financement participatif interroge ainsi sur le financement de la culture dont le modèle s’essouffle objectivement, d’une part en raison de l’extraordinaire diversification de ses sources publiques et privées (et donc de la complexification de son obtention) mais aussi en raison d’un élargissement sans précédent de la définition même de la culture depuis les années Lang qui ne permet plus aux budgets de suivre.

Le financement participatif faisant appel aux techniques les plus élémentaires du marketing, il nécessite évidemment un certain savoir-faire : il faut savoir mettre en avant sa « cause ». Néanmoins, l’exemple de la Fondation du Patrimoine qui a ouvert plus de 800 souscriptions publiques en 2013 démontrent que même les projets les plus modestes peuvent trouver preneur dès lors qu’ils sont porteur de sens (dans le cas du patrimoine, c’est le rapport à son territoire qui entre en ligne de compte).

Consumérisme versus politique culturelle ?

Le plus chagrin argue de la nécessité régulatrice de la puissance publique face au nivellement vers le bas que constituerait une sélection issue du public, une espèce de syndrome de la « Star Académie » où le consumérisme remplacerait la culture (Appuyer sur le 1 pour soutenir votre projet fétiche). Il n’est jamais bon de chercher à opposer la culture savante ou officielle à la culture populaire. Si la puissance publique est dans son rôle en favorisant une culture parfois moins accessible, en quoi le choix du plus grand nombre serait un appauvrissement ?

Au contraire, la puissance publique est dans son rôle de régulateur en encadrant ces nouveaux dispositifs qui ne viennent pas en substituons des financements actuels, mais en complément. Le Ministère se place dans son rôle politique : soutenir la création et le patrimoine, favoriser la cohésion sociale en permettant que la culture reste ce ciment social propre à nos société.

Soucieux que le mécénat ne soit pas utilisé à mauvais escient, le Ministère a d’ailleurs publié, à l’initiative de sa mission mécénat, sa propre « Charte du mécénat culturel » visant à rappeler les principes fondamentaux du mécénat.

Le lien social à travers l’art théâtral

Au cours de l’année 2012, pour la troisième année consécutive, le théâtre national de la Colline a accueilli les ateliers d’écriture et de jeu encadrés par le metteur en scène Stanislas Nordey, le comédien Thierry Paret et la dramaturge Lesly Six. Une centaine de participants on travaillé sur les textes et l’univers d’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll. Ils ont comme particularité de venir de tous milieux sociaux.

Ce projet est né d’un constat des responsables d’associations locales, des équipes de développement locales de la ville de Paris, des différentes communes limitrophes : certaines populations ont du mal à maîtriser la langue et les savoirs et se tro9782343018973ruvent ainsi reléguées en marge du système éducatif, de l’accès à l’emploi, de la protection sociale… Les ateliers proposés par La Colline constituent un outil artistique pour lutter contre ces exclusions, aux côtés des 400 structures solidaires (associations d’aide à l’insertion et de prévention, centres sociaux et missions locales) de l’Est parisien, mais également de toute la région Ile de France.

 

La Colline, théâtre national profondément ancré dans son quartier, souhaite être un théâtre pour tous. Implanté dans le 20ème arrondissement, un des plus peuplés de Paris, il bénéficie d’un environnement riche d’un tissu associatif très dense et d’une mixité sociale considérable qui constituent autant de composantes visant à bâtir des liens forts et durables entre vie artistique et vie associative.

 

Ces ateliers se proposent d’aller à la rencontre des publics de proximité les plus éloignés de la culture. Ce projet, ambitieux et stimulant, décloisonne une pratique identifiée comme réservée à une catégorie socio-culturelle privilégiée en adoptant une approche non-académique de l’écriture et de la pratique théâtrale. Cette pratique artistique originale participe au renforcement de la maîtrise linguistique et arrive en complément d‘autres modes d’apprentissage dont les participants peuvent bénéficier. La Colline, sans se substituer aux associations humanitaires ou de réinsertion, se joint à elles, et offre les outils en sa possession – un creuset artistique riche et une expérience pédagogique ancrée dans sa pratique depuis de longues années – afin d‘éviter les mécanismes d’isolement, en tentant de dessiner de nouveaux schémas sociaux.

Le théâtre a développé une politique active autour de l’écriture.

Des hommes et des femmes d’origines et d’horizons divers ont découvert le levier de l’écriture romanesque, poétique, autobiographique… La Colline, lieu d’inventions, entend aujourd’hui poursuivre l’apprentissage de l’écriture par le biais du domaine riche qu’est le jeu théâtral. Par ailleurs, tout au long de leur parcours au théâtre, les participants sont amenés à découvrir les autres ateliers de La Colline : soit en direction des collégiens et lycéens issus d’établissements de zones d’éducation prioritaire (ateliers de réception du spectacle et de lecture…), soit destinés au public abonné ou aux habitants du quartier (ateliers de lecture itinérant, ateliers de critique théâtrale…). La rencontre de ces différents projets enrichit le travail mené au sein des ateliers.

 

Les ateliers proposés par La Colline sont exemplaires d’une démarche de partenariat vertueuse.

 

La singularité de ce projet qui mixe des participants de plus d’une centaine de structures sociales est qu’il a intégré dés le début le regard de sociologue qui ont mené une évaluation de ces ateliers d’accès à la pratique théâtrale.

Ce projet a pu se concrétiser grâce au soutien de fondations, dont la Fondation Rothschild, la Fondation SNCF et la Fondation EDF. Les mécènes ne viennent en rien se substituer aux obligations d’éducation artistiques des institutions de l’Etat, au contraire, ils permettent d’explorer de nouveaux champs d’actions, ce qui est l’essence du mécénat, de soutenir des initiatives qui permettent de tester de nouvelles pratiques de médiation. En la matière, les équipes du Théâtre sont mobilisées autour d’un artiste de renom – Stanislas Nordey – qui croit en la culture comme vecteur d’émancipation et de transmission. Ces jeux atour de la langue et du théâtre donnent une occasion unique pour des publics qui ne croisent pas (jeunes, personnes âgées, étrangers…) de se rencontrer, de se connaître, de prendre confiance en eux dans une logique de réseau.

 

La mise en place d’une évaluation par une équipe de sociologues issus de l’université est incontestablement un point positif. L’action permet de se projeter sur « un après » : qu’est-ce que les participants ont tirés de cette expérience en termes personnels ? Cette évaluation permet de valider les intuitions et les objectifs du projet et ainsi lui permettre – nous espérons – de perdurer voire de se dupliquer ailleurs. A noter que les 3 fondations qui ont soutenus ce projet ont souhaité travailler de concert sur les questions de suivi et d’évaluation. Comme quoi le mécénat sert véritablement à créer des passerelles !

 

Ouvrage disponible aux éditions de L’Harmattan

Des acteurs du mécénat engagés pour l’éducation artistique aux côtés de DEMOS

Démos (Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale) est un projet de démocratisation culturelle centré sur la pratique musicale en orchestre. Ce projet à dimension nationale, coordonné par la Cité de la musique, est destiné aux jeunes habitants des quartiers politique de la ville ne disposant pas toujours des ressources économiques, sociales ou culturelles pour découvrir et pratiquer la musique classique dans les institutions existantes.

Il bénéficie du soutien des collectivités locales, bien sur, mais aussi de Fondations d’entreprises. Démos a ainsi souhaité donner la parole à celles et ceux qui portent ce mécénat afin qu’ils puissent exprimer leurs motivations : http://projetdemos.fr/videos/

 

Faut-il sauver l’exception culturelle française et européenne ?

Paradoxaux les Français ? Nous sommes les chantres de l’anticapitalisme et la 5ème puissance économique mondiale. Un des marchés les plus rentables pour Macdonald et un des pays qui a mis en place un de mécanismes les plus protecteurs en faveur de son économie culturelle. Nous sommes friands de télévision made in China, de séries US, notre économie du luxe est l’une des plus capitaliste, les grandes surfaces fleurissement aux portes de nos grandes villes et nous restons farouchement opposés à la libéralisation des services cultures et l’audiovisuel.

Le cercle de réflexion Peterson Institute a récemment suggéré que la France était entrée dans une économie périphérique considérant que notre pays était « incapable de se réformer ». Nul ne remettra en cause les difficultés de l’hexagone à s’adapter à la mondialisation, quoique les succès des très nombreux groupes qui réussissent sur les marchés étrangers sont bien souvent occultés par les échecs. Le protectionnisme économique a quant à lui déjà démontré ses limites dans l’histoire et  dans un marché global il est peut opérant. Considérant par ailleurs qu’en 2012, la production des pays en voie de développement a dépassé celle des pays développés et que dans moins de 10 ans, la balance des échanges va profondément muer : 30% des échanges se feront entre pays du Nord, 30 dans l’axe Nord-Sud et 30% entre pays du Sud si l’on en croit Pascal Lamy, Directeur général de l’OMC, on voit mal comment notre économie nationale et européenne pourrait résister à de télés bouleversement économiques.

Faut-il pour autant considérer que toutes les barrières douanières doivent sauter et que tous les produits et services doivent être mis sur un pied d’égalité selon la « sacro-sainte règle » du libéralisme où tout serait à vendre ? En matière spécifique des services culturels, faudrait-il donc considérer ces « biens et services » comme des marchandises lambda ? Un film a-t-il ma même valeur qu’un téléviseur ou qu’un bouteille de jus d’orange ? La réponse est bien évidemment non : la culture n’est-elle pas l’identité des peuples et à ce titre autre choses qu’une marchandise ?

On pensait cette question réglée lors des accords du GATT en 1994. Un consensus avait pourtant été trouvé par le Parlement européen  pour qu’une « clause d’exception culturelle » soit adoptée et ainsi exclue des accords commerciaux de libres échanges.

Pourtant, il y a tout lieu d’être inquiet avec l’ouverture le 12 mars par la Commission d’un projet de mandat autorisant l’ouverture de négociation concernant un accord global sur le commerce et l’investissement. De quoi s’agit-il ? De l’ouverture des négociations entre l’Union européenne et les États-Unis en vue de la conclusion d’un partenariat transatlantique de commerce et d’investissement., “le plus important accord commercial bilatéral jamais négocié” selon le communiqué de presse de la Commission européenne qui précise : “ce partenariat transatlantique de commerce et d’investissement cherchera à aller au-delà de l’approche classique consistant à supprimer les droits de douane et à ouvrir les marchés à l’investissement, aux services et aux marchés publics. Il aura en outre pour visée d’aligner les règles et les normes techniques applicables aux produits, qui, à l’heure actuelle, constituent le principal obstacle aux échanges transatlantiques”. Nulle allusion à la culture.

Si l’on part du principe que la culture n’est pas un bien marchand et qu’elle relève de la diversité culturelle, il y a lieu de l’exclure expressément du champ d’application de l’accord en négociation. La Convention sur la protection et la promotion de la diversité culturelle adoptée par l’UNESCO en 2005 rappelle pourtant « la nature particulière des biens, services et activités culturels comme porteurs d’identités, de valeurs et de sens.  Que même si les biens, les services et les activités culturels ont une importante valeur économique, ils ne sont pas des marchandises ou des biens de consommation qui peuvent être considérés seulement comme des objets de commerce ». Cette convention « encourage ainsi la mise en place de politiques et mesures culturelles afin de soutenir la créativité et permettre aux créateurs un accès aux marchés nationaux et internationaux, au sein desquels leur œuvres/ expressions artistiques seront reconnues et rétribuées et en assurant que ces expressions soient accessibles au grand public ». Mais tout aussi important soit le sens de cette convention, les États-Unis ne l’ont pas signée contrairement à l’Union Européenne.

Nombreux ont été les parlementaires et ministres à se mobiliser, en premier Nicole Bricq, Ministre du commerce extérieur et Aurélie Filipetti, Ministre de la culture et de la communication. Patrick Bloche, Député de Paris et Danielle Auroi, députée EELV du Puy-de-Dôme. Le PS s’est également exprimé au travers de ses deux secrétaires nationaux à la culture et aux médias. Tous sont unanimes pour que « l’exception culturelle soit exclue du partenariat et que les préférences européennes soient préservées ». Qui pourrait sérieusement envisager que l’industrie cinématographique et les industries culturelles dans leur ensemble n’aient pas à souffrir d’un tel accord ?

Si la France et l’Europe veulent préserver la production audiovisuelle/cinématographique et la création artistique, l’accord commercial entre les Etats-Unis et l’Europe doit tenir compte de la diversité culturelle. De là à espérer que le Etats-Unis en viennent à signer la convention de 2005…

 

Une forteresse sauvée par des bénévoles

Le château de Portes, imposante forteresse mi-médiévale, mi-Renaissance, est bâti, telle une vigie, sur son col éponyme. Il surplombe d’un côté la plaine alésienne et surveille en contrebas les contreforts du massif central et le mont Lozère. Aujourd’hui apprécié de très nombreux promeneurs pour cette vue exceptionnelle et sa quiétude, fréquenté par des milliers de visiteurs, pris d’assaut par des jeunes dans le cadre d’activités culturelles, le « Vaisseau des Cévennes » ne serait plus rien sans la volonté acharnée de quelques milliers de bénévoles qui se battent depuis 1972 pour le sauver de la ruine. Quarante ans  après, l’association « Renaissance du château de Portes » (RCP), gestionnaire du monument, a réussi le pari d’en assurer sa restauration et sa valorisation.

Une position stratégique depuis le xiie siècle

Château de PortesConstruit en 1102, à 570 mètres d’altitude, le château de Portes protège le chemin dit de Régordane. Lors des guerres de Religion, il devient un fief catholique au sein des terres protestantes et est érigé en marquisat au XVIIe siècle. La seigneurie, l’une des plus vastes du Bas-Languedoc, couvre alors tout le nord de l’actuel département du Gard et une partie de la Lozère. Le village accolé à la forteresse a peu évolué au cours des siècles. Il s’agrandit à partir des années 1850 avec le développement de l’exploitation minière. Pendant la Première Guerre mondiale, les besoins en charbon sont tellement soutenus que des galeries furent creusées sous le château, la tour de guet servant à départager les trois concessions. C’est alors qu’intervient l’irréparable : la guerre terminée, les galeries ne sont plus entretenues et le sous-sol s’effondre. En 1929, alors que le château avait été profondément  restauré par ses propriétaires, la famille Coquebert de Neuville, un pan entier de la façade sud s’effondre. La société des dégâts miniers prend la responsabilité d’évacuer le village et de le reconstruire 300 mètres en contrebas. Le monument, inoccupé, est abandonné et avec le temps et les pillages, la ruine s’accélère. Ce majestueux château, dont la proue à 49°, voulue à la fin du XVIe siècle par Antoine-Hercule de Budos, qui a résisté à bien des guerres et à une Révolution, manque de disparaître à tout jamais.

Une aventure humaine :les chantiers bénévoles de restauration du patrimoine

Mais une poignée d’hommes en a voulu autrement et décide d’entreprendre les premiers travaux de restauration dès 1969. C’est l’époque de l’émission Chefs-d’oeuvres en péril qui rythme la deuxième chaîne de l’ORTF ou encore de la création de l’Union Rempart, union d’association de bénévoles œuvrant en faveur du patrimoine. Ce temps des pionniers a permis au château de sortir de l’oubli et de retrouver peu à peu de son panache. Les chantiers s’enchaînent l’été et les bénévoles viennent de toute la France donner de leur temps. Ainsi, sont nés les chantiers-écoles du patrimoine qui permettent à des passionnés, à des néophytes, de prendre part à une formidable aventure humaine de restauration du patrimoine. Des ingénieurs, des architectes, des maçons, des tailleurs de pierres transmettent leurs techniques à des générations entières de jeunes destinés, ou non, à devenir des professionnels du patrimoine. Le succès de ces chantiers de jeunes tient à la diversité de leurs parcours, de leurs origines sociales et géographiques. Ils viennent autant pour apprendre que pour découvrir une région ou un patrimoine. Cette activité s’est structurée au fil des années et s’est professionnalisée. Des sessions techniques sont organisées pour former des animateurs : les bénévoles peuvent désormais se spécialiser en taille de pierre, en forge, en maçonnerie… Grâce à des années d’efforts, le château de Portes a repris vie. Classé au titre des Monuments historiques en 1984, il ouvre la même année ses portes au public puis aux scolaires. Ces chantiers ont permis d’organiser pendant seize ans un festival de musique et de théâtre qui ont fait (re)découvrir aux habitants de la région le château et de participer à l’opération nationale Les Portes du Temps.  Aujourd’hui se pose la question de la réutilisation du château. Le bénévolat ne peut pas tout et le contrôle scientifique s’est accru sur  le suivi des travaux, estimés à plus de 5 M€. RCP, qui a porté depuis 1972 cette restauration exemplaire, ne pourra seule continuer à le valoriser. Des réflexions menées par le préfet du Gard sont en cours.

Article publié dans « Chantiers » , le magazine de la DRAC Languedoc-Roussillon

Bien loin de la caricature faite des intermittents et des artistes, la culture est une véritable richesse pour notre pays

La France jouit d’un rayonnement international de sa culture par la richesse du réseau qu’elle a su tisser sur son territoire : 5 théâtres nationaux, 19 centres chorégraphiques nationaux, 39 centres dramatiques nationaux, 69 scènes nationales, 258 compagnies chorégraphiques et 627 compagnies de théâtres subventionnées,  plus de 3000 spectacles par an au travers de 105 festivals, 39 000 représentations payantes de spectacles de variétés et de musiques actuelles….

 

Pour appréhender la réalité de l’emploi artistique (le champ du patrimoine a été volontairement occulté du rapport), les députés des commissions des affaires culturelles et des affaires sociales ont souhaité connaître, sans préjugé et avec la plus grande objectivité, la réalité salariée de ces hommes et femmes, artistes, techniciens, administratifs qui créent, transmettent et diffusent notre culture. Leur rapport Les conditions d’emploi dans les métiers artistiques a été publié le 17 avril.

 

L’économie de la culture est désormais bien connue dans ses grandes lignes. En termes de PIB, la culture représente environ 2,5% en Europe et plus de 500 000 emplois en France. Lors de la grève des intermittents au festival d’Avignon en 2003, demandez aujourd’hui à n’importe quels restaurateurs ou commerçants et il vous dira le poids des retombées liées aux festivaliers.

 

Si la culture est une richesse pour l’économie française, elle l’est aussi pour ses citoyens pour ce qu’elle leur permet tout à la fois de s’émanciper et de faire société. Cette richesse culturelle vient avant tout de écrivains, des dramaturges, des poètes, des comédiens, des écrivains, des musiciens qui constituent notre culture – anonymes ou illustres – qui lui donnent corps, qui la font vivre.

 

Cette double approche, culturelle et sociale, menée par Jean-Patrick Gille, permet d’avoir un regard neuf sur tous les métiers de la création. Les députés formulent ainsi 27 propositions destinées à lutter contre la précarité professionnelles des artistes. Car la vraie réalité – même si elle ne constitue pas en elle-même une situation complètement inconnue – que dévoile ce rapport est bien celle-là. Au-delà de l’image que peut véhiculer la culture, et même si les métiers de la culture sont attractifs et contribuent à la richesse de notre économie, ils sont bien souvent précaires et fragiles. Le rapport indique sans ambages : « le  dynamisme de l’économie de la culture, qui contribue au rayonnement international de la France, ne se traduit pas, dans les faits, par des conditions d’emploi privilégiées, bien au contraire. Pour les appréhender avec objectivité, il convient tout d’abord de se défaire des idées reçues et des clichés, pour s’attacher à étudier la réalité de leurs conditions d’emploi. (…) C’est bien la précarité que les métiers artistiques ont en partage (…) La réalité à laquelle a été confrontée la mission d’information est toute autre : ces professionnels sont placés dans une situation de risque professionnel permanent et leurs conditions matérielles d’emploi se caractérisent par une incertitude extrême, inhérente aux projets créatifs. »

 

Ce sont ainsi plus de 300 000 emplois qui sont concernés (plus que le secteur automobile ou pharmaceutique) qui eux, ne sont pas délocalisables ! Le rapport revient également sur les emplois du spectacle vivant – plus de 150 000 –  alors que la question du déficit de l’assurance chômage revient en boucle dans les médias. La cour des comptes se fait régulièrement l’écho d’un déficit de plus de 1 milliards d’euros du au régime d’indemnisation des intermittents du spectacle. Or, ce rapport d’information permet d’établir que si l’indemnisation des intermittents est bien déficitaire, le chiffre symbolique des 1 milliards n’excède pas en réalité les 300 millions (simulation UNEDIC).

La mission justifie d’une part l’existence des annexes 8 et 10 qui concernent les techniciens et les artistes du spectacle vivant par « la particularité des conditions d’emploi des intermittents du spectacle qui sont, plus que les autres salariés, soumis à un rythme de travail discontinu ». D’autre part, poursuivent les députés, «  le régime d’assurance chômage repose sur la solidarité interprofessionnelle et le régime de l’intermittence du spectacle ne relève pas d’une caisse spécifique. Comme l’a souligné Michel Sapin, on ne peut restreindre l’analyse d’un régime d’assurance aux seules personnes qu’il indemnise : par définition, dans un tel cas de figure, il est déficitaire. Le rôle de l’assurance chômage est d’établir une solidarité entre ceux qui ont un emploi stable et ceux qui en sont dépourvus et qui ont acquis des droits à indemnisation. »

 

Bien loin de la caricature faite des intermittents et des artistes, la culture est une véritable richesse pour notre pays. Et last but not least, le taux des contributions d’assurance chômage est de 10,8 % dans le secteur du spectacle contre 6,4 % dans le régime général. A bon entendeur.

 

Les 1000 recommandations de la commissions des affaires culturelles

Loin d’être avare en réunion de travail, la Commission des Affaires culturelles et de l’éducation a publié ce 15 février un rapport sur les « recommandations faites par la commission des affaires culturelles depuis 2002 ». 10 ans d’avis, de propositions, de recommandations, de contrôles.

 

L’accélération du temps politique, et donc parlementaire, contraint les députés à absorber toujours plus de propositions de lois et à augmenter les missions d’évaluation des politiques publiques. La commission, qui couvre 8 grands champs (cf. article précédent à ce sujet), a ainsi émis plus de 22 rapports d’information, et 85 avis relatifs aux projets de loi de finances sans compter les plus de 1000 recommandations qui ont découlées de leurs travaux.

 

C’est toute l’ambition de ce rapport dont on ne peut que suggérer vivement la lecture et qui se veut selon les propos de Patrick Bloche, à l’initiative de ce rapport, « un outil de référence et prospectif pour les réformes à venir ». La très riche liste des recommandations – autant politiques que techniques – ne sera pas égrenée mais il faut souligner le caractère inédit de cette démarche qui laisse place à la pluralité des opinions, et qui n’hésite pas à afficher la confrontation des points de vues entre majorité et opposition, quelques soient les Gouvernements en place.

 

La publication de ce rapport mérite donc une large publicité, non pas tant pour l’avalanche des chiffres ou de propositions, mais parce qu’elle est un juste reflet du travail remarquable et bien souvent sous-estimé voire occulté, des député-es toutes tendances politiques confondues qui se placent clairement dans une logique de contrôle et d’évaluation de l’action publique. Encore une fois, un travail qui va dans le sens de la transparence de la vie politique.

 

Le rapport d’information

Pour un accès de tous les jeunes à l’art et à la culture

La remise du rapport sur l’éducation artistique et culturelle (EAC) dans le cadre de la Consultation « Pour un accès de tous les jeunes à l’art et à la culture » présidée par Marie Desplechin et la réforme des rythmes scolaires donnent un nouvel élan à cette question fondamentale. Administration centenaire, l’Education nationale veille jalousement sur ses prérogatives et accepte peu d’ingérence de la part des ministères voisins. A contrario, le Ministère de la culture, certes fleuron du rayonnement de la France mais laboratoire qui n’en finance pas moins depuis des décennies des structures, des artistes, des professionnels de l’enseignement et de la transmission.

Alors, l’EAC, un supplément d’âme ou une matière intégrée au « socle commun » de la scolarité ? Le débat de l’éducation artistique et culturelle à l’école est sans doute aussi vieux que la création du Ministère de la culture. Des avancées significatives ont bien eu lieu depuis une vingtaine d’années, avec la création de classes spécialisées ou encore dans les années 2000 avec une volonté politique très forte des ministres Lang (Education nationale) et Tasca (culture) qui aboutit à un plan de développement des arts à l’école. Mais avec le changement d’alternance, c’est un programme d’enseignement de l’histoire de l’art qui voit le jour, bien moins ambitieux que le projet escompté à l’origine.

L’éducation artistique et culturelle souffre d’une image élitiste et sans doute désuète qu’elle n’est pas. Les arts et la culture devraient-ils s’enseigner sous la forme d’une matière inerte – l’histoire – et non sous la forme de la pratique qui serait cantonnée aux cours de flûte à bec ou de dessin pour caricaturer (juste un peu). Qui remettrait en cause pourtant les heures d’éducation physique et sportive (EPS) où l’on pratique des sports sans jamais en apprendre leur histoire. Qui prétend que cette pratique hebdomadaire a comme ambition de former des athlètes de haut niveau ? Personne. Cette controverse est – heureusement – dépassée depuis longtemps. Pourquoi alors tant de tergiversations sur l’éducation artistiques ? La refonte du temps libre des enfants est une occasion unique de repenser sa place au cœur de l’école. Quelle existe au sein du périscolaire tant mieux. Mais c’est encore une fois privilégier ceux qui ont l’occasion de fréquenter ces activités qui leurs seraient proposées.

La culture n’est pas un supplément d’âme, ça n’est pas une option facultative que l’on pourrait passer lors du Bac, mais c’est une dimension indissociable de notre société qui a toute sa place au cœur des programmes de l’Education nationale. C’est par la culture que l’on sait d’où l’on vient, qui l’on est. C’est la culture qui permet le vivre ensemble et donc la citoyenneté. C’est encore la culture qui permet l’émancipation des individus.

Prenons l’exemple de la langue : on apprend à écrire et à parler à l’école. On peut donc exprimer ce que l’on pense, ce que l’on est. L’absence de maîtrise du vocabulaire empêche de nommer ses émotions. Un adulte qui a suivi une scolarité régulière s’exprime avec en moyenne 2500 mots. Un jeune qui sort de l’école sans s’y être réellement impliqué n’en possède qu’environ 300. Prenons ensuite un exemple d’éducation artistique et culturelle appliquée à la langue : le théâtre. L’apprentissage du texte permet l’expression des émotions et la maitrise des savoirs permet de fait une affirmation du soi.

Les acteurs de l’enseignement et de la culture doivent plus que jamais décloisonner les apprentissages et lever les obstacles qui bien souvent ne sont qu’intellectuels. A tous les niveaux du système scolaire, il faut que la culture, le patrimoine, la création puissent dialoguer, interagir

« La culture, c’est ce qui fait de l’homme autre chose qu’un accident de l’univers » disait Malraux. A contrario, « plus les publics sont éloignés de la culture, moins ils en éprouvent le besoin », disait Pierre Bourdieu. Il y a donc urgence à intervenir.

 

Améliorer le processus de recrutement à la tête des grandes institutions culturelles

Patrick Bloche, président de la Commission des Affaires culturelles et de l’éducation – qui couvre un vaste spectre : enseignement scolaire et supérieur, recherche,  jeunesse, sports, activités artistiques et culturelles, communication et propriété intellectuelle – a proposé courant décembre une « résolution aux fins d’améliorer le processus de recrutement à la tête des grandes institutions culturelles ».

 

Aujourd’hui, la plupart des nominations au sein des grandes institutions culturelles relèvent des prérogatives du Chef de l’État, sur proposition – ou non – du Ministre de la culture et de la communication. Les qualités des très nombreux patrons d’établissement ainsi nommés ne sont pas en cause malgré des inévitables polémiques de circonstances. Ce système discrétionnaire, propre à notre Vème République, montre cependant ses limites. Car à ne pas chercher à confronter les projets artistiques et culturels des candidats aux postes de direction, la tentation est forte de privilégier les parcours les plus classiques et consensuels ou a contrario les plus atypiques. Quid de la diversité des formations universitaires, des parcoures professionnels, des origines sociales ? Qu’en est-il de la place des femmes qui représentent moins de 20% des postes à responsabilités dans la culture ?

 

Ne faudrait-il pas au contraire chercher à renouveler les talents, briser la reproduction des élites qui empêche tout ascenseur social au profit des réseaux d’influences ou de pouvoir ? Il ne s’agit pas de crier au « tous pourris », bien au contraire, mais de lancer un appel à faire bouger les lignes. Redisons-le, dans leur immense majorité, les établissements publics sont dirigés par de très grands talents mais ce système a vécu et ne correspond plus aux évolutions de notre société. Les institutions ne mériteraient-elles pas que chacun des prétendants au poste de directeur ou de directrice puissent exposer leur vision de l’établissement dans le seul but de favoriser la seule logique de projet plus que d’homme ?

 

La Ville de Paris, par exemple, comme d’autres grandes villes, applique déjà avec succès ce processus qui n’enlève rien aux prérogatives de l’exécutif, bien au contraire : citons la Maison des Métallos, le CENTQUATRE et bien d’autres établissements encore.  Ce mode de nomination ne fait que renforcer les décisions des élus, qui deviennent de facto transparents. Les actuelles discussions sur le projet de loi sur la sécurisation de l’emploi ne se sont-elles pas d’abord faites entre les parties prenantes : syndicats d’un côté et organismes patronaux de l’autre ? Ce dialogue social n’a-t-il pas sa place dans toutes les strates de l’administration ? Le champ de la culture ne peut être exclu du dialogue avec l’ensemble des acteurs qui la compose. Espérons que le message de Patrick Bloche soit pleinement entendu.

Le site de Patrick Bloche