Faut-il sauver l’exception culturelle française et européenne ?

Paradoxaux les Français ? Nous sommes les chantres de l’anticapitalisme et la 5ème puissance économique mondiale. Un des marchés les plus rentables pour Macdonald et un des pays qui a mis en place un de mécanismes les plus protecteurs en faveur de son économie culturelle. Nous sommes friands de télévision made in China, de séries US, notre économie du luxe est l’une des plus capitaliste, les grandes surfaces fleurissement aux portes de nos grandes villes et nous restons farouchement opposés à la libéralisation des services cultures et l’audiovisuel.

Le cercle de réflexion Peterson Institute a récemment suggéré que la France était entrée dans une économie périphérique considérant que notre pays était « incapable de se réformer ». Nul ne remettra en cause les difficultés de l’hexagone à s’adapter à la mondialisation, quoique les succès des très nombreux groupes qui réussissent sur les marchés étrangers sont bien souvent occultés par les échecs. Le protectionnisme économique a quant à lui déjà démontré ses limites dans l’histoire et  dans un marché global il est peut opérant. Considérant par ailleurs qu’en 2012, la production des pays en voie de développement a dépassé celle des pays développés et que dans moins de 10 ans, la balance des échanges va profondément muer : 30% des échanges se feront entre pays du Nord, 30 dans l’axe Nord-Sud et 30% entre pays du Sud si l’on en croit Pascal Lamy, Directeur général de l’OMC, on voit mal comment notre économie nationale et européenne pourrait résister à de télés bouleversement économiques.

Faut-il pour autant considérer que toutes les barrières douanières doivent sauter et que tous les produits et services doivent être mis sur un pied d’égalité selon la « sacro-sainte règle » du libéralisme où tout serait à vendre ? En matière spécifique des services culturels, faudrait-il donc considérer ces « biens et services » comme des marchandises lambda ? Un film a-t-il ma même valeur qu’un téléviseur ou qu’un bouteille de jus d’orange ? La réponse est bien évidemment non : la culture n’est-elle pas l’identité des peuples et à ce titre autre choses qu’une marchandise ?

On pensait cette question réglée lors des accords du GATT en 1994. Un consensus avait pourtant été trouvé par le Parlement européen  pour qu’une « clause d’exception culturelle » soit adoptée et ainsi exclue des accords commerciaux de libres échanges.

Pourtant, il y a tout lieu d’être inquiet avec l’ouverture le 12 mars par la Commission d’un projet de mandat autorisant l’ouverture de négociation concernant un accord global sur le commerce et l’investissement. De quoi s’agit-il ? De l’ouverture des négociations entre l’Union européenne et les États-Unis en vue de la conclusion d’un partenariat transatlantique de commerce et d’investissement., “le plus important accord commercial bilatéral jamais négocié” selon le communiqué de presse de la Commission européenne qui précise : “ce partenariat transatlantique de commerce et d’investissement cherchera à aller au-delà de l’approche classique consistant à supprimer les droits de douane et à ouvrir les marchés à l’investissement, aux services et aux marchés publics. Il aura en outre pour visée d’aligner les règles et les normes techniques applicables aux produits, qui, à l’heure actuelle, constituent le principal obstacle aux échanges transatlantiques”. Nulle allusion à la culture.

Si l’on part du principe que la culture n’est pas un bien marchand et qu’elle relève de la diversité culturelle, il y a lieu de l’exclure expressément du champ d’application de l’accord en négociation. La Convention sur la protection et la promotion de la diversité culturelle adoptée par l’UNESCO en 2005 rappelle pourtant « la nature particulière des biens, services et activités culturels comme porteurs d’identités, de valeurs et de sens.  Que même si les biens, les services et les activités culturels ont une importante valeur économique, ils ne sont pas des marchandises ou des biens de consommation qui peuvent être considérés seulement comme des objets de commerce ». Cette convention « encourage ainsi la mise en place de politiques et mesures culturelles afin de soutenir la créativité et permettre aux créateurs un accès aux marchés nationaux et internationaux, au sein desquels leur œuvres/ expressions artistiques seront reconnues et rétribuées et en assurant que ces expressions soient accessibles au grand public ». Mais tout aussi important soit le sens de cette convention, les États-Unis ne l’ont pas signée contrairement à l’Union Européenne.

Nombreux ont été les parlementaires et ministres à se mobiliser, en premier Nicole Bricq, Ministre du commerce extérieur et Aurélie Filipetti, Ministre de la culture et de la communication. Patrick Bloche, Député de Paris et Danielle Auroi, députée EELV du Puy-de-Dôme. Le PS s’est également exprimé au travers de ses deux secrétaires nationaux à la culture et aux médias. Tous sont unanimes pour que « l’exception culturelle soit exclue du partenariat et que les préférences européennes soient préservées ». Qui pourrait sérieusement envisager que l’industrie cinématographique et les industries culturelles dans leur ensemble n’aient pas à souffrir d’un tel accord ?

Si la France et l’Europe veulent préserver la production audiovisuelle/cinématographique et la création artistique, l’accord commercial entre les Etats-Unis et l’Europe doit tenir compte de la diversité culturelle. De là à espérer que le Etats-Unis en viennent à signer la convention de 2005…

 

Debout l’Europe !

On ne compte plus les sommets de la dernière « chance » pour sauver l’Europe et l’euro. Ni les critiques incessantes qui fusent sans cesse contre cette supposée machine technocratique, froide et inerte, renfermée dans sa capitale Bruxellois. Pourtant, l’Europe est un idéal politique qui part d’une idée généreuse et pragmatique : rassembler les peuples au sein d’une communauté de destin pour cicatriser les blessures de deux Guerres Mondiales.

Partant du constat de cette crise européenne durable, Daniel Cohn-Bendit (qu’on ne présente plus) et Guy Verhofstadt (ancien premier ministre Belge et président du groupe ADLE – Alliance des Démocrates et des Libéraux  pour l’Europe – au Parlement Européen) proposent au travers d’un manifeste « Debout l’Europe » leur vision, un peu décousue mais décoiffante, pour une Europe du future et des Européens.

Le constat des deux auteurs est simple : la crise européenne est une crise existentielle. Le projet européen est en panne et ne répond plus aux nouveaux défis économiques, financiers et politiques du monde. L’Europe a été incapable d’innover et de s’adapter face à une mondialisation galopante, à l’émergence de nouvelles forces économiques que sont la Chine et l’Asie dans son ensemble, l’Inde, la Russie, l’Amérique latine. Qu’y a-t-il de commun entre le projet des pères fondateurs de l’Europe des années 1950 basé sur un marché commun de l’acier et du charbon et une économie sans frontière qui est la nôtre aujourd’hui ?

Cohn-Bendit et Verhofstadt dénoncent l’inertie coupable des dirigeants politiques européens coupables à leurs yeux d’avoir favorisé les égoïsme nationaux au détriment du destin de l’Europe : « Les États membres portent l’entière responsabilité de la débâcle, c’est leur incompétence qui a mené la crise de l’euro. (…) C’est leur aveuglement qui a fait chavirer l’Europe pour la livrer à un monde dans lequel elle ne joue plus aucun rôle significatif. (…) Si ce sont les intérêts mesquins et l’égoïsme qui l’emportent, nous ne nous en sortions pas ».

L’Europe doit entamer sa révolution et ne peut plus se contenter des statu quo. Aujourd’hui, trop d’États membres considèrent l’Europe comme un simple pourvoyeur de fonds (David Cameron qui n’arrive pas à dépasser la vision comptable de Tacher qui proclamait : « I want my money Back ») voir comme un simple concepteur de normes. Pourtant, avec plus de 500 millions d’habitants et un PIB supérieur à 15 000 milliards d’euros, l’Europe pourrait être l’une des premières puissances politiques mondiales. Et comment s’y retrouver avec un Président de la Commission européenne, un Président du Conseil,  un Président du Parlement Européen, 27 chefs d’État et de gouvernement, autant de Ministres de Affaires étrangères et autant de ministres de l’économie. La remise du prix Nobel de la Paix attribué à l’Europe pour distinguer les « idéaux de l’intégration européenne, qui ont permis, depuis le traité de Rome de 1957, de conserver la paix sur un continent autrefois coutumier des guerre » a révélé toute l’absurdité de notre gouvernance incapable de savoir à qui remettre le prix !

Cohn-Bendit et Verhofstadt, eux, ont une solution simple : élire «  des fédéralistes européens, des hommes et des femmes qui incarnent l’intérêt européen (…) avec un président élu directement par les citoyens européens ou par le Parlement » base d’une « grande union fédérale (…) avec des institutions capables d’imposer le respect des règles du jeux. (…) Concrètement, la Commission européenne (serait) un véritable gouvernement européen avec des ministres européens ».  Et c’est bien là la ligne centrale de ce manifeste : que l’Europe devienne fédérale, la seule option pour la sortir de l’ornière dans laquelle elle se trouve.

Les auteurs vont encore plus loin en suggérant de convertir les différents sièges occupées par les États membres en siège unique pour l’UE : conseil de sécurité de l’ONU, Banque mondiale, FMI…. pour que la voix européenne soit encore plus audible.

Aujourd’hui, l’Europe n’arrive pas à dépasser son histoire : elle qui a été au centre du monde pendant deux millénaires est tétanisée par la nouvelle donne mondiale. Elle est figée dans l’après-guerre, oubliant que la Guerre Froide est terminée depuis plus de 20 ans, que dans moins de 10 ans la Chine sera au même niveau économique que l’Europe ou que le Brésil est devenu la 6ème puissance économique mondiale… Quelle triste ironie : l’Europe qui a su pendant plus de 60 ans offrir au monde un visage démocratique émancipateur est incapable d’affronter la mondialisation, embourbée qu’elle est dans la crise de l’Euro.

La crise financière occupe d’ailleurs une place de choix dans ce manifeste avec une critique acerbe de l’action des États membres : «depuis 2008, les États ont injecté pas moins de 4600 milliards d’euros dans les institutions financières sous formes de subventions publiques ou de garanties financières » alors même qu’elles se moquent bien des frontières nationales. Comment faire face à cette crise en étant désordonnés  s’interrogent nos deux parlementaires européens ? Seule la Banque centrale européenne peut encore faire fluctuer à la hausse ou à la baisse les notations des trois principales agences mondiales.

Et quand est-il de la dette publique ? Celle des USA est  supérieure à celle de l’UE sans que leur économie n’en soit ébranlée. Le Japon affiche quant à lui une dette publique la plus élevée du monde sans que le Yen ne soit déstabilisé. Or, « la viabilité d’une monnaie requiert de la solidarité et de la discipline » que les Européens sont incapables d’avoir. Outre le fait qu’ils aient été « drogués par leurs taux d’intérêts bas », ils se sont sciemment abstenus de mettre en place une politique économique européenne commune en parallèle de la mise en œuvre de l’euro qui alimente la crise économique actuelle. L’Europe a besoin de croissance et doit pour cela afficher des finances publiques saines. Devant la crise que nous vivons, seule l’Europe est à même de proposer des solutions  au travers « d’un budget européen fiable et la mise en place d’un grand marché obligatoire libellé en euro ».

Les Européens sont également coupables aux yeux de Cohn-Bendit et Verhofstadt de refuser la mondialisation – et il est difficile de leur donner tort.  Elle peut être vilipendée, elle n’en reste pas moins vivace et que les Européens la refuse ne fera en rien reculer les autres pays du monde. Les Allemands l’ont très  bien compris, eux qui n’hésitent pas à négocier de grès à grès avec la Chine quitte à s’affranchir du discours commun porté par  l’Europe – ils l’ont bien démontré dans la sauvegarde de la filière solaire allemande. Montebourg a lui aussi perçu cette nécessité de plus de réciprocité dans les échanges mondiaux, mais portant ses arguments sur le seul terrain intellectuel et non économique. C’est bien notre incapacité à penser collectif et à innover qui plombe notre économie. Notre manque d’anticipation et de projet nous fait également rater le nouveau virage social et environnemental. L’Histoire a montré que les échanges et le négoce sont la base des sociétés come les nôtres.  A nous d’accompagner le modèle de société que nous voulons au lieu de le subir.

Au-delà des propositions politiques et économiques, le Manifeste dresse plusieurs pistes de réflexions tout aussi pertinentes :

– une croissance qui doit s’affranchir des énergies fossiles pour « contribuer de manière significative à la réduction des gaz à effets de serre, stimuler une croissance durable et replacer l’Europe au cœur des leaders économiques mondiaux ». La green economy est une des réponses de sorties de crise puisqu’elle propose de l’innovation et de l’emploi afin d’aboutir au green deal ;

–  un renforcement de la coopération politique internationale. L’Europe a su faire la preuve que l’union était facteur de progrès. Or, dans les décennies à venir, les conflits porteront sur l’accès aux ressources vitales ;

–  la défense des libertés essentielles. L’Europe doit défendre ce qui est son essence même – les libertés individuelles face au poids des traditions – et lutter contre les fantasmes populistes ;

–  la promotion du multiculturalisme, pour une « société ouverte, sources d’inépuisables de découvertes » cette variété étant aussi importante que la variété biologique ;

–  l’acceptation de l’immigration alors que la population européenne vieillit de manière inexorable. Dans le monde arabe, 60% de la population n’aura même pas 30 ans quand la population mondiale aura atteint 10 milliards. Le nombre de travailleurs en Europe ne peut que baisser quand le nombre de retraités augmente.

–  le refus du nationalisme qui entraine un replis des nations sur elle-même contraire l’esprit même de la construction européenne et de la richesse culturelle de ses habitants.

Un Manifeste qui a le mérite d’insuffler une nouvelle impulsion au projet européen et qui permet à celles et ceux qui douteraient – encore – de la capacité de l’Europe à fédérer les peuples, à promouvoir le progrès et la cohésion sociale. En 1957, des hommes visionnaires ont su unir leur pays dans un destin commun, facteur de paix, de stabilité et de prospérité. A nous aujourd’hui de continuer cette belle œuvre commune. Et comme le disait Jean Monnet, « les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité dans la crise. » Au regarde de la crise actuelle, le changement a un bel avenir devant lui !

Cohn-Bendit, Verhofstadt, Debout l’Europe, Actes Sud /André Versaille Editeur, Septembre 2012

Les cinéastes européens se mobilisent pour sauver le programme media

La Commission européenne aurait décidé de la suppression de l’indépendance du Programme Média. Les inquiétudes quant à cette suppression dépassent très largement les murs du Berlaymont, la tour de verre bruxelloise abritant les commissaires européens.


Les réalisateurs européens et producteurs européens, sont extrêmement inquiets devant la remise en cause programmée de Media. Ce programme, lancé il y a 20 ans, a contribué à bâtir une véritable industrie du cinéma européen et à aider à la création d’œuvres majeures faisant partie aujourd’hui du patrimoine européen. Elles n’auraient jamais vu le jour sans ce programme. Les deux tiers de son budget sont consacrés à une meilleure circulation du film européen en organisant des aides aux exploitants indépendants (réseau Europa Cinémas) et aux distributeurs. Cette circulation des films européens est d’autant plus nécessaire à l’éducation du jeune public, à la création de goûts culturels diversifiés, dans un contexte de plus en plus formaté, dans un environnement audiovisuel très concurrencé par des acteurs d’autres continents.

 

Abandonner ou fusionner ce programme dans une autre direction,  ce serait se déclarer d’ores et déjà vaincus dans cette belle bataille qu’est la promotion de la diversité et de la richesse des œuvres audiovisuelles européennes, d’une culture, d’un mode de vie et de pensée, autant que de la défense d’emplois et de multiples industries européennes défendues à travers nos images.

 

Signer la pétition sur http://www.larp.fr/home/?p=2257

 

Il faut donner un nouveau sens pour l’Europe


Citoyens d’abord : Un nouveau sens pour l’Europe

 

 

 

J-5 pour les élections Européennes. Si certains sondages indiquent que le PS serait sous la barre des 20% des intentions de vote, et nous savons que symboliquement cela serait mauvais pour notre parti, il ne faut pas pour autant se démobiliser. Les élections européennes ont rarement passionné les Français et la saturation de l’espace médiatique par Sarkozy n’aide pas à une médiatisation du 7 juin. Par ailleurs,  l’UMP commence à montrer de vifs signes d’inquiétude, d’autant qu’il semble que le parti présidentiel soit arrivé à son maximum de voix. Ne nous laissons pas non plus perturber par un Modem qui surfe entre la gauche et la droite en fonction du baromètre politique et une myriade de partis de gauche qui pour la plupart refusent les responsabilités gouvernementales. Le PS a des arguments solides : son  socle commun aux 27 partis socialistes et socio-démocrates de l’Union Européenne qui doit permettre au PSE, s’il est majoritaire au Parlement, d’inverser la vapeur libérale qui souffle sur l’Europe.

 

Mais ne nous y trompons pas, cette campagne est de notre responsabilité collective. Chacun d’entre nous à pu prendre part (et peut encore) aux opérations de tractage, aux balades, aux meetings organisés dans Paris, par la section et la Fédération ou encore participer à des débats sur des blogs. Victoire ou échec seront donc du ressort du collectif. Mais le premier échec serait de ne plus y croire. Il nous reste une semaine pour mobiliser autour de nous. Ces derniers jours sont décisifs. Venez voter le 7 juin !

L’Europe, loin des projecteurs et des écrans de télévision

La France a beau faire partie des pays fondateurs de l’Europe, les 6 chaines hertziennes nationales n’y consacrent pas pour autant un large temps d’antenne. A peine 17% des sujets télévisés sont consacrés à l’information internationale, et 2,5% aux institutions européennes. Et lorsqu’elles s’intéressent à l’actualité des pays européens, les rédactions se tournent d’abord vers nos proches voisins : 884 sujets consacrés à la Grande-Bretagne contre 18 sujets sur le Luxembourg, 6 sur Chypre et 3 sur la Lettonie. En revanche, les Etats-Unis sont la première puissance mondiale à être citée dans les journaux télévisés.

 

Comment s’étonner dès lors du désamour qu’entretiennent les Français avec l’Europe ? Pourtant, la Commission européenne, le Parlement européen sont des acteurs quotidiens de l’actualité. Espérons qu’avec la Présidence française de l’Union Européenne, ce désamour va changer. A moins que l’actualité soit (encore) consacrée à Nicolas Sarkozy, qui sans surprise, occupe la première place des personnalités présentée au JT.

 

Source : ina’stat – juin 2008