Droit de votes des étrangers : des citoyens comme les autres

afp.com/Thierry Zoccolan

afp.com/Thierry Zoccolan

Un sondage paru hier, largement repris par la presse, pose une question simple : êtes-vous favorable à « l’extension du droit de vote aux élections municipales aux étrangers non membres de l’Union européenne et résidant en situation régulière depuis au moins cinq ans sur notre territoire ?« . La réponse fait froid dans le dos, seules 40% des personnes interrogées répondent favorablement à cette réforme. Il y a à peine 3 ans, ils étaient pour à plus de 60% en 2011 !

Outre le fait que ce chiffre révèle un rejet de l’étranger (sans que l’on sache très bien ce que recouvre le terme étranger), il doit nous interroger et questionne également sur la mise en œuvre des promesses de campagne. Le candidat François Hollande en avait fait l’engagement n° 50: « J’accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans. »

Qu’en est-il aujourd’hui ? Cette « revendication forte de la société » comme l’exprimait alors celui qui était Ministre de l’Intérieur est toujours lettre morte. Pourtant, ces étrangers ont fait le choix de s’établir en France ; ils y travaillent, payent des impôts, mais n’ont pas le droit de décider de leur propre avenir. De quoi – ou de qui – avons-nous peur ? Sans cesse, il est fait mention du « vivre ensemble », de la « cohésion nationale ». Souder son peuple, n’est-ce pas lui donner les clés de son avenir ? Choisir ses élus en fait partie. Et encore, l’engagement 50 ne concerne que le droit de vote aux élections locales.

La Charte des socialistes pour le progrès humain fait pourtant de « l’égalité réelle » une des doxa de la gauche : « nous construisons l’égalité réelle. C’est d’abord dans l’aspiration à l’égalité que se forge la séparation entre la gauche et la droite. Pas d’humanité libre sans individus libérés des inégalités de situation, de revenus, de destin ! »

Ce sondage vient nous le rappeler, l’opinion ne serait pas mûre pour une telle réforme. Et alors ? La comparaison est osée, mais souvenons-nous des débats lors l’abolition de la peine de mort. Robert Badinter dans son discours à l’Assemblée nationale le 17 septembre 1981 affirmait : « attendre, comme si la peine de mort ou la guillotine était un fruit qu’on devrait laisser mûrir avant de le cueillir !  Attendre ? Nous savons bien en vérité que la cause était la crainte de l’opinion publique. » L’opinion publique, voilà donc ce qui tétanise nos élus.

Pourtant, l’argumentaire du Garde des Sceaux était imparable : l’abolition était en engagement de campagne du Président François Mitterrand qui n’avait pas hésité à affirmer au cours de son débat télévisé du second tour de la présidentielle le 16 avril 1981 : « je n’ai pas du tout l’intention de mener ce combat à la face du pays en faisant semblant d’être ce que je ne suis pas. Dans ma conscience profonde, (…) je suis contre la peine de mort. Et je n’ai pas besoin de lire les sondages, qui disent le contraire, une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Eh bien moi, je suis candidat à la présidence de la République et je demande une majorité de suffrages aux Français. »

La comparaison s’arrête là, d’autant qu’il n’est question « que » du droit de vote des étrangers, soit une ambition bien modeste au regard de la vie humaine. Et si l’on veut être honnête, cet engagement figurait déjà dans les promesses de campagne de François Mitterrand.

Les arguties juridiques et politiques sont toutes plus légitimes les unes que les autres : la réforme du droit de vote relève du Congrès où la gauche n’obtiendrait pas les 3/5 des voix nécessaires à la modification de la Constitution. Là aussi, et alors ? Faire passer une telle réforme tout en sachant qu’elle ne passerait pas serait seulement faire de la politique : le gouvernement aura tenu sa promesse, et les élus qui s’y seraient opposés en seront comptables devant le peuple.

Comme le disait Pierre Mendès France, « gouverner, c’est choisir », ça n’est pas se laisser aller aux enquêtes d’opinions.

Je ne résiste pas d’ailleurs à reprendre les propos d’Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, qui en 1983 alors que Robert Badinter est au plus bas dans les sondages déclarait dans une tribune au Monde « Robert Badinter est l’honneur de la gauche  (…) non seulement Robert Badinter est l’honneur de la gauche, mais si l’on veut savoir ce que c’est que la gauche dans un monde en crise, dans un monde où règne une grande insécurité, Badinter en donne l’exemple». 33 ans plus tard, je rêverais moi aussi d’un nouveau Badinter qui serait l’honneur de la gauche.

D’abord parce que, à l’instar du mariage pour tous, le droit de vote des étrangers est un marqueur politique fort pour la gauche. Ensuite, parce que respecter ses promesses redonnerait confiance au peuple dans ses élus. Non pas que le gouvernement ne tienne pas ses engagements, mais il faut du souffle ! Alors que le Parti Socialiste vise 500 000 adhérents d’ici 2017, il serait bon de ressouder les citoyens entre eux.

Cambadélis, qui a mis en place au « dispositif anti-FN » au PS, sait certainement mieux que quiconque que les arguments intellectuelles c’est bien, mais que convaincre par la preuve c’est encore mieux.

 

 Voir aussi : Votation citoyenne pour le droit de vote des étrangers aux élections locales (26 mai 2011)

 

« Mon combat pour Paris » : publication de l’ouvrage d’Anne Hidalgo

Crédit photo : René Jacques

Ce 19 mars, Anne Hidalgo présentait son livre « Mon combat pour Paris – Quand la ville ose » au Comptoir général dans le 10è arrondissement.

Une très bonne lecture donc à vous conseiller pour une candidate Maire de Paris que je soutiens pleinement !

Extraits :

“ J’aurais pu être Ministre, on me l’a proposé. Mais mon ambition est ailleurs. Je suis candidate pour devenir la prochaine maire de Paris. Contrairement à d’autres, je ne considère pas cette fonction comme un marchepied vers un destin national, mais comme un travail à plein temps. Paris se suffit à lui-même. Paris est un lieu pour agir ! Paris est, aussi, ma ville, celle où j’ai planté mes racines voici près de trente ans.

 

 » Quand elle est arrivée à la mairie, en 2001, l’équipe municipale a hérité d’une cité endormie, repliée sur son passé romantique et glorieux. On comprend la tentation, la ville est si belle. Mais la beauté de Paris passe aussi par l’audace de la création, par le génie de l’invention, par la vie qui s’y déploie. La chanson, le cinéma, la littérature sont mes passions et m’accompagnent. Paris est une source permanente d’inspiration.

 

 » Bertrand Delanoë a su rendre à la ville son honneur, sa beauté et son intégrité, avec le goût d’innover. Et, aujourd’hui, « ma » ville a repris son rang parmi les grandes métropoles mondiales. Elle montre le chemin en matière de politique sociale, d’urbanisme, d’architecture, d’écologie, de modernité, de culture, d’intelligence… Je participe activement à cette transformation. J’en suis heureuse.

 

 » Paris, j’en rêvais depuis mon enfance. Aujourd’hui, je vis et je travaille pour les Parisiens, à l’échelle nouvelle du Grand Paris. Les défis que nous avons à relever sont ceux d’une ville monde de 2,3 millions d’habitants, au coeur d’une métropole de 10 millions qui n’a pas été conçue pour accueillir une telle population. Dans les dix ans qui viennent, il faudra améliorer les transports, construire des logements – en particulier pour les jeunes et les classes moyennes –, développer l’activité et l’emploi, engager résolument la transition énergétique, assumer notre responsabilité face aux dérèglements climatiques, inventer le Paris numérique, créer une cité accueillante pour les familles dans un cadre de vie de qualité, être capables de vivre ensemble avec nos multiples différences, en donnant un cadre concret à la devise et à la promesse républicaines. Paris et la République sont indissociables.

 » Mais la campagne des municipales sera rude, tant la mairie est convoitée. Rien de surprenant, Paris vaut bien une bataille ! J’y prendrai toute ma part en rassemblant les femmes et les hommes qui apportent leur énergie à la ville et en partageant un projet pour notre avenir. Cette élection est le rendez-vous démocratique des Parisiens avec leur histoire.

 » Des controverses, il en pleuvra – il en pleut toujours sur cette cité rebelle. Je n’ai pas l’intention de les esquiver, même si elles fâchent. J’écris ce livre pour les affronter à la lumière de mon expérience, pour partager mes questionnements, mes choix et mes convictions. Qui a le droit d’habiter à Paris ? Comment vivre ensemble ? À bas les tours ? Haro sur l’automobile ? Paris, ville musée ? Le Grand Paris est-il l’avenir de tous les Parisiens ?… Paris est une capitale européenne et mondiale, confrontée aux grands défis de la planète, mais c’est une cité vivante, agréable, créative, ingénieuse, bouillonnante. Or Paris, avec le Grand Paris, peut encore plus, encore mieux pour les siens. En cette époque d’airain, Paris doit représenter un havre, un recours, un guide. Certes les problèmes auxquels nous sommes confrontés en ce début de XXIe siècle sont d’une grande acuité, d’une difficulté rare, mais avec Paris comme boussole, avec cette histoire puissante, il nous est possible de trouver les solutions. Or j’adore trouver des solutions. »

 

 Le site d’Anne Hidalgo

Les 1000 recommandations de la commissions des affaires culturelles

Loin d’être avare en réunion de travail, la Commission des Affaires culturelles et de l’éducation a publié ce 15 février un rapport sur les « recommandations faites par la commission des affaires culturelles depuis 2002 ». 10 ans d’avis, de propositions, de recommandations, de contrôles.

 

L’accélération du temps politique, et donc parlementaire, contraint les députés à absorber toujours plus de propositions de lois et à augmenter les missions d’évaluation des politiques publiques. La commission, qui couvre 8 grands champs (cf. article précédent à ce sujet), a ainsi émis plus de 22 rapports d’information, et 85 avis relatifs aux projets de loi de finances sans compter les plus de 1000 recommandations qui ont découlées de leurs travaux.

 

C’est toute l’ambition de ce rapport dont on ne peut que suggérer vivement la lecture et qui se veut selon les propos de Patrick Bloche, à l’initiative de ce rapport, « un outil de référence et prospectif pour les réformes à venir ». La très riche liste des recommandations – autant politiques que techniques – ne sera pas égrenée mais il faut souligner le caractère inédit de cette démarche qui laisse place à la pluralité des opinions, et qui n’hésite pas à afficher la confrontation des points de vues entre majorité et opposition, quelques soient les Gouvernements en place.

 

La publication de ce rapport mérite donc une large publicité, non pas tant pour l’avalanche des chiffres ou de propositions, mais parce qu’elle est un juste reflet du travail remarquable et bien souvent sous-estimé voire occulté, des député-es toutes tendances politiques confondues qui se placent clairement dans une logique de contrôle et d’évaluation de l’action publique. Encore une fois, un travail qui va dans le sens de la transparence de la vie politique.

 

Le rapport d’information

Améliorer le processus de recrutement à la tête des grandes institutions culturelles

Patrick Bloche, président de la Commission des Affaires culturelles et de l’éducation – qui couvre un vaste spectre : enseignement scolaire et supérieur, recherche,  jeunesse, sports, activités artistiques et culturelles, communication et propriété intellectuelle – a proposé courant décembre une « résolution aux fins d’améliorer le processus de recrutement à la tête des grandes institutions culturelles ».

 

Aujourd’hui, la plupart des nominations au sein des grandes institutions culturelles relèvent des prérogatives du Chef de l’État, sur proposition – ou non – du Ministre de la culture et de la communication. Les qualités des très nombreux patrons d’établissement ainsi nommés ne sont pas en cause malgré des inévitables polémiques de circonstances. Ce système discrétionnaire, propre à notre Vème République, montre cependant ses limites. Car à ne pas chercher à confronter les projets artistiques et culturels des candidats aux postes de direction, la tentation est forte de privilégier les parcours les plus classiques et consensuels ou a contrario les plus atypiques. Quid de la diversité des formations universitaires, des parcoures professionnels, des origines sociales ? Qu’en est-il de la place des femmes qui représentent moins de 20% des postes à responsabilités dans la culture ?

 

Ne faudrait-il pas au contraire chercher à renouveler les talents, briser la reproduction des élites qui empêche tout ascenseur social au profit des réseaux d’influences ou de pouvoir ? Il ne s’agit pas de crier au « tous pourris », bien au contraire, mais de lancer un appel à faire bouger les lignes. Redisons-le, dans leur immense majorité, les établissements publics sont dirigés par de très grands talents mais ce système a vécu et ne correspond plus aux évolutions de notre société. Les institutions ne mériteraient-elles pas que chacun des prétendants au poste de directeur ou de directrice puissent exposer leur vision de l’établissement dans le seul but de favoriser la seule logique de projet plus que d’homme ?

 

La Ville de Paris, par exemple, comme d’autres grandes villes, applique déjà avec succès ce processus qui n’enlève rien aux prérogatives de l’exécutif, bien au contraire : citons la Maison des Métallos, le CENTQUATRE et bien d’autres établissements encore.  Ce mode de nomination ne fait que renforcer les décisions des élus, qui deviennent de facto transparents. Les actuelles discussions sur le projet de loi sur la sécurisation de l’emploi ne se sont-elles pas d’abord faites entre les parties prenantes : syndicats d’un côté et organismes patronaux de l’autre ? Ce dialogue social n’a-t-il pas sa place dans toutes les strates de l’administration ? Le champ de la culture ne peut être exclu du dialogue avec l’ensemble des acteurs qui la compose. Espérons que le message de Patrick Bloche soit pleinement entendu.

Le site de Patrick Bloche

Pour une section aux confluences de la cité

Le 15 novembre prochain, nous allons élire celui qui animera notre collectif pour les 3 ans qui viennent. J’ai pu mesurer au cours des 4 dernières années le poids de cette responsabilité : passionnante, exigeante, parfois éprouvante mais toujours gratifiante, car tournée vers les valeurs politiques que nous portons.

J’ai souhaité présenter ma candidature car j’ai la conviction que, tous ensemble, nous pouvons faire bouger notre section vers encore plus de militantisme, plus de dialogue et de partage, plus d’ouverture à notre arrondissement.

Une nouvelle ère politique s’ouvre, plus favorable qu’elle ne l’a jamais été. La gauche est à la tête de tous les pouvoirs. Au plan national et local, la donne a profondément changé et j’ai le sentiment que nous pouvons et devons trouver toute notre place militante dans la vie de notre arrondissement, notre ville, notre pays.

Mais nous sommes aussi une cible attaquée sans relâche par une droite qui, comme en 1981, n’admet pas l’alternance et critique violemment la politique de notre gouvernement. Le legs de Sarkozy, en dehors d’une France en miettes au plan économique et social, est aussi un discours sans limites à droite, qui piétine y compris des valeurs que tous les républicains ont portées en partage.

Face à cette nouvelle donne, nous mesurons tous les défis que nous devrons relever dans les prochaines années. Notre militantisme, aux côtés d’un PS au pouvoir, a changé. Notre posture d’opposant doit désormais être celle d’acteur du changement. J

J’ai toujours été convaincu que le militantisme se construisait ensemble. Je m’inscris ainsi dans cette continuité : celle du travail accompli collectivement, du rassemblement qui nous a permis d’organiser les primaires et de gagner la Présidentielles et les législatives, et qui doit nous permettre dans les prochaines années de remporter les municipales et les Européennes. Pour conduire ensemble, élus et militants, les changements dont la France et les français ont besoin. C’est pour cela qu’ils ont porté la gauche au pouvoir. Une gauche unie et solidaire. A nous de relever le défi !

Tu peux compter sur ma détermination, mon énergie et mon expérience pour animer notre section efficacement, au service des enjeux très importants qui nous attendent.

Afin de t’exposer mon engagement plus en détails, tu trouveras ma profession de foi sur le site du PS4.

Debout l’Europe !

On ne compte plus les sommets de la dernière « chance » pour sauver l’Europe et l’euro. Ni les critiques incessantes qui fusent sans cesse contre cette supposée machine technocratique, froide et inerte, renfermée dans sa capitale Bruxellois. Pourtant, l’Europe est un idéal politique qui part d’une idée généreuse et pragmatique : rassembler les peuples au sein d’une communauté de destin pour cicatriser les blessures de deux Guerres Mondiales.

Partant du constat de cette crise européenne durable, Daniel Cohn-Bendit (qu’on ne présente plus) et Guy Verhofstadt (ancien premier ministre Belge et président du groupe ADLE – Alliance des Démocrates et des Libéraux  pour l’Europe – au Parlement Européen) proposent au travers d’un manifeste « Debout l’Europe » leur vision, un peu décousue mais décoiffante, pour une Europe du future et des Européens.

Le constat des deux auteurs est simple : la crise européenne est une crise existentielle. Le projet européen est en panne et ne répond plus aux nouveaux défis économiques, financiers et politiques du monde. L’Europe a été incapable d’innover et de s’adapter face à une mondialisation galopante, à l’émergence de nouvelles forces économiques que sont la Chine et l’Asie dans son ensemble, l’Inde, la Russie, l’Amérique latine. Qu’y a-t-il de commun entre le projet des pères fondateurs de l’Europe des années 1950 basé sur un marché commun de l’acier et du charbon et une économie sans frontière qui est la nôtre aujourd’hui ?

Cohn-Bendit et Verhofstadt dénoncent l’inertie coupable des dirigeants politiques européens coupables à leurs yeux d’avoir favorisé les égoïsme nationaux au détriment du destin de l’Europe : « Les États membres portent l’entière responsabilité de la débâcle, c’est leur incompétence qui a mené la crise de l’euro. (…) C’est leur aveuglement qui a fait chavirer l’Europe pour la livrer à un monde dans lequel elle ne joue plus aucun rôle significatif. (…) Si ce sont les intérêts mesquins et l’égoïsme qui l’emportent, nous ne nous en sortions pas ».

L’Europe doit entamer sa révolution et ne peut plus se contenter des statu quo. Aujourd’hui, trop d’États membres considèrent l’Europe comme un simple pourvoyeur de fonds (David Cameron qui n’arrive pas à dépasser la vision comptable de Tacher qui proclamait : « I want my money Back ») voir comme un simple concepteur de normes. Pourtant, avec plus de 500 millions d’habitants et un PIB supérieur à 15 000 milliards d’euros, l’Europe pourrait être l’une des premières puissances politiques mondiales. Et comment s’y retrouver avec un Président de la Commission européenne, un Président du Conseil,  un Président du Parlement Européen, 27 chefs d’État et de gouvernement, autant de Ministres de Affaires étrangères et autant de ministres de l’économie. La remise du prix Nobel de la Paix attribué à l’Europe pour distinguer les « idéaux de l’intégration européenne, qui ont permis, depuis le traité de Rome de 1957, de conserver la paix sur un continent autrefois coutumier des guerre » a révélé toute l’absurdité de notre gouvernance incapable de savoir à qui remettre le prix !

Cohn-Bendit et Verhofstadt, eux, ont une solution simple : élire «  des fédéralistes européens, des hommes et des femmes qui incarnent l’intérêt européen (…) avec un président élu directement par les citoyens européens ou par le Parlement » base d’une « grande union fédérale (…) avec des institutions capables d’imposer le respect des règles du jeux. (…) Concrètement, la Commission européenne (serait) un véritable gouvernement européen avec des ministres européens ».  Et c’est bien là la ligne centrale de ce manifeste : que l’Europe devienne fédérale, la seule option pour la sortir de l’ornière dans laquelle elle se trouve.

Les auteurs vont encore plus loin en suggérant de convertir les différents sièges occupées par les États membres en siège unique pour l’UE : conseil de sécurité de l’ONU, Banque mondiale, FMI…. pour que la voix européenne soit encore plus audible.

Aujourd’hui, l’Europe n’arrive pas à dépasser son histoire : elle qui a été au centre du monde pendant deux millénaires est tétanisée par la nouvelle donne mondiale. Elle est figée dans l’après-guerre, oubliant que la Guerre Froide est terminée depuis plus de 20 ans, que dans moins de 10 ans la Chine sera au même niveau économique que l’Europe ou que le Brésil est devenu la 6ème puissance économique mondiale… Quelle triste ironie : l’Europe qui a su pendant plus de 60 ans offrir au monde un visage démocratique émancipateur est incapable d’affronter la mondialisation, embourbée qu’elle est dans la crise de l’Euro.

La crise financière occupe d’ailleurs une place de choix dans ce manifeste avec une critique acerbe de l’action des États membres : «depuis 2008, les États ont injecté pas moins de 4600 milliards d’euros dans les institutions financières sous formes de subventions publiques ou de garanties financières » alors même qu’elles se moquent bien des frontières nationales. Comment faire face à cette crise en étant désordonnés  s’interrogent nos deux parlementaires européens ? Seule la Banque centrale européenne peut encore faire fluctuer à la hausse ou à la baisse les notations des trois principales agences mondiales.

Et quand est-il de la dette publique ? Celle des USA est  supérieure à celle de l’UE sans que leur économie n’en soit ébranlée. Le Japon affiche quant à lui une dette publique la plus élevée du monde sans que le Yen ne soit déstabilisé. Or, « la viabilité d’une monnaie requiert de la solidarité et de la discipline » que les Européens sont incapables d’avoir. Outre le fait qu’ils aient été « drogués par leurs taux d’intérêts bas », ils se sont sciemment abstenus de mettre en place une politique économique européenne commune en parallèle de la mise en œuvre de l’euro qui alimente la crise économique actuelle. L’Europe a besoin de croissance et doit pour cela afficher des finances publiques saines. Devant la crise que nous vivons, seule l’Europe est à même de proposer des solutions  au travers « d’un budget européen fiable et la mise en place d’un grand marché obligatoire libellé en euro ».

Les Européens sont également coupables aux yeux de Cohn-Bendit et Verhofstadt de refuser la mondialisation – et il est difficile de leur donner tort.  Elle peut être vilipendée, elle n’en reste pas moins vivace et que les Européens la refuse ne fera en rien reculer les autres pays du monde. Les Allemands l’ont très  bien compris, eux qui n’hésitent pas à négocier de grès à grès avec la Chine quitte à s’affranchir du discours commun porté par  l’Europe – ils l’ont bien démontré dans la sauvegarde de la filière solaire allemande. Montebourg a lui aussi perçu cette nécessité de plus de réciprocité dans les échanges mondiaux, mais portant ses arguments sur le seul terrain intellectuel et non économique. C’est bien notre incapacité à penser collectif et à innover qui plombe notre économie. Notre manque d’anticipation et de projet nous fait également rater le nouveau virage social et environnemental. L’Histoire a montré que les échanges et le négoce sont la base des sociétés come les nôtres.  A nous d’accompagner le modèle de société que nous voulons au lieu de le subir.

Au-delà des propositions politiques et économiques, le Manifeste dresse plusieurs pistes de réflexions tout aussi pertinentes :

– une croissance qui doit s’affranchir des énergies fossiles pour « contribuer de manière significative à la réduction des gaz à effets de serre, stimuler une croissance durable et replacer l’Europe au cœur des leaders économiques mondiaux ». La green economy est une des réponses de sorties de crise puisqu’elle propose de l’innovation et de l’emploi afin d’aboutir au green deal ;

–  un renforcement de la coopération politique internationale. L’Europe a su faire la preuve que l’union était facteur de progrès. Or, dans les décennies à venir, les conflits porteront sur l’accès aux ressources vitales ;

–  la défense des libertés essentielles. L’Europe doit défendre ce qui est son essence même – les libertés individuelles face au poids des traditions – et lutter contre les fantasmes populistes ;

–  la promotion du multiculturalisme, pour une « société ouverte, sources d’inépuisables de découvertes » cette variété étant aussi importante que la variété biologique ;

–  l’acceptation de l’immigration alors que la population européenne vieillit de manière inexorable. Dans le monde arabe, 60% de la population n’aura même pas 30 ans quand la population mondiale aura atteint 10 milliards. Le nombre de travailleurs en Europe ne peut que baisser quand le nombre de retraités augmente.

–  le refus du nationalisme qui entraine un replis des nations sur elle-même contraire l’esprit même de la construction européenne et de la richesse culturelle de ses habitants.

Un Manifeste qui a le mérite d’insuffler une nouvelle impulsion au projet européen et qui permet à celles et ceux qui douteraient – encore – de la capacité de l’Europe à fédérer les peuples, à promouvoir le progrès et la cohésion sociale. En 1957, des hommes visionnaires ont su unir leur pays dans un destin commun, facteur de paix, de stabilité et de prospérité. A nous aujourd’hui de continuer cette belle œuvre commune. Et comme le disait Jean Monnet, « les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité dans la crise. » Au regarde de la crise actuelle, le changement a un bel avenir devant lui !

Cohn-Bendit, Verhofstadt, Debout l’Europe, Actes Sud /André Versaille Editeur, Septembre 2012

Une feuille de route pour la Gauche de demain

Ce week-end s’est clôt le Congrès de Toulouse, aboutissement de nos deux derniers votes sur les motions et la désignation du premier secrétaire national. L’occasion pour la famille PS de se réunir après ces longues semaines de campagne interne qui doit s’achever le 15 novembre par le vote du Premier Secrétaire Fédéral et du Secrétaire de section.

Le temps pour nous aussi de sortir de cette phase interne qui nous a vu avant tout nous occuper de nous même et d’aller à la rencontre des habitants de notre arrondissement qui attendent de nous une pédagogie sur le changement en marche. Le travail accompli par le Gouvernement est concret : la retraite à 60 ans pour celles et ceux qui ont commencé jeune à travailler, les 150 000 emplois d’avenir, les classes ré-ouvertes lors de cette rentrée scolaire 2012 et la création de 40 000 postes en 2013, la revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire, le blocage des loyers, l’augmentation du SMIC, un budget de combat contre la dette, le soutien au TPE/PME via la Banque publique d’investissement, la réduction du train de vie de l’État, le remboursement à 100% de l’IVG, le retrait des troupes d’Afghanistan…

C’est notre devoir de responsabilité vis-à-vis des Français que de mettre en œuvre les 60 engagements de François Hollande. Être dans la majorité et aux manettes du pouvoir est exigeant et exaltant. Face à une droite arrogante qui a laissé un lourd bilan social avec un chômage de masse et une dette qui a doublé en 10 ans, qui s’enfonce un peu plus chaque jour dans le conservatisme, qui s’affirme de plus en plus réactionnaire, qui fraye dangereusement avec l’extrême-droite, qui défend avant tout les intérêt privés sur la justice sociale, la tâche de la Gauche est vaste et ces six premiers mois ne sont bien évidemment pas suffisants pour inverser les tendances.

Les militants socialistes sont aux cotés de l’équipe gouvernementale de Jean-Marc Ayrault et notre nouveau premier secrétaire a démontré que le Parti Socialiste prendrait tout sa part pour porter le changement de société qu’attendent les Français. Harlem Désir a ainsi dressé aujourd’hui à Toulouse une feuille de route claire et précise pour la Gauche de demain : « Le rôle du PS être d’être solidaire et rassemblé, inventif et ambitieux, pour proposer et innover. Il est le garant des 60 engagements de François Hollande et le moteur du changement dans la société. Il est un soutien sans faille aux Gouvernement, dans une autonomie qui lui permet de débattre et de proposer. Le PS un lieu de débat pour penser l’avenir et préparer les réformes. Il s’adresse à tous les Français : à ceux qui ne croient plus en la France et son système social, aux familles qui ont peur du lendemain à cause d’une crise économique violente, aux jeunes qui voient leur avenir leur échapper, aux travailleurs qui ont craignent pour leur emploi…. Le devoir de la Gauche est de leur redonner l’espérance. »

A nous de mettre en œuvre cette feuille de route et de créer les conditions de la réussite de la Gauche localement.

Le nouveau Gouvernement a pris ses marques avec un sans faute

Il faudra s’y habituer : désormais nous allons devoir parler du « Président de la République » et du « Premier Ministre » et non plus de François et de Jean-Marc ! Le nouveau Gouvernement a pris ses marques avec un sans faute ; parité respectée, réduction de 30% des salaries et charte déontologique. Cette dernière relève sans doute du bon sens, mais il est parfois utile de rappeler ce qu’est « la normalité ».

Sans me lancer dans un commentaire de texte auquel vous vous êtes certainement déjà tous livrés, quelques extraits méritent d’être soulignés : « Le bon fonctionnement d’une démocratie passe par l’existence d’un lien de confiance entre les citoyens et ceux qui gouvernent. (…) Elle se construit jour après jour, au vu de l’action du gouvernement et de l’image donnée par ceux qui en sont membres. Un manquement isolé peut, à lui seul, suffire à l’entamer durablement », peut-on lire en introduction du texte. (…) « Les membres du gouvernement sont au service de l’intérêt général. Ils doivent, non seulement faire preuve d’une parfaite impartialité, mais encore prévenir tout soupçon d’intérêt privé. »

Quand l’on pense aux voyages de Michèle Alliot-Marie, aux cigares de Christian Blanc, à l’accident provoqué par l’escorte de Nadine Morano qui partait tracter dans sa ville… Voilà donc les débuts de la République exemplaire voulue par François Hollande qui a rappelé que le non-cumul des mandats serait appliqué sans délai. Saluons notamment l’entrée au Gouvernement de Dominique Bertinotti comme Ministre déléguée à la Famille à qui nous souhaitons un beau succès dans ses nouvelles missions comme à l’ensemble des nouveaux ministres dont nous savons la tâche ardue.

Donner une majorité au changement

Au soir du 6 mai 2012, nous célébrions la victoire de François Hollande qui marque le retour d’un socialiste comme Président de la République 24 ans après notre dernier succès à une élection présidentielle. Il y a quelques jours nous fêtions cette journée du 10 mai 1981 qui portait François Mitterrand à l’Élysée. Quel beau parallélisme ! Avec l’élection de François Hollande, c’est également la blessure du 21 avril 2002 qui s’efface.

Il sera en revanche plus difficile de gommer les 5 ans d’action du gouvernement Sarkozy-Fillon qui a mis la France à genoux. Tout au long de la campagne, l’UMP n’a eu de cesse de faire référence au gouvernement de Lionel Jospin, essayant de nous faire croire que les échecs du quinquennat étaient le résultat de cette Gauche plurielle et concédant du bout des lèvres que la crise mondiale avait perturbé la route des réformes. Nous savons qu’il n’en est rien.

La tâche qui s’offre à nous n’en est pas plus aisée. Nous passons de 10 ans d’opposition à la majorité. C’est désormais à nous d’accompagner le Président de la République et son gouvernement auprès de l’opinion. Nous devrons ainsi être unis pour porter les réformes qui vont prochainement et progressivement se mettre en œuvre. Il a souvent été répété cette semaine qu’il ne fallait pas ajouter à la crise économique une crise politique avec un gouvernement de cohabitation. Rien ne serait pire en effet qu’une droite triomphante de retour au Palais Bourbon. A nous de faire campagne jusqu’au 10 et 17 juin pour élire nos députés et donner une majorité au changement.

Cette campagne des présidentielles nous a tous beaucoup mobilisés et nous aspirons toutes et tous légitimement au repos. Encore un petit coup de collier et nous aurons complètement gagné.

Maintenant, c’est à vous d’écrire l’histoire.

Voilà des mois que nous sommes sur le terrain à nous préparer à cette élection présidentielle. Dimanche soir, sauf en cas de cataclysme, François Hollande devrait être élu par les Français 7ème Président de la Vème République. Mais nous savons tous que les élections se jouent dans les urnes. Si la campagne officielle se termine ce vendredi soir à minuit, rien ne vous empêche de convaincre vos amis, voisins, vos collègues… de voter pour notre candidat. Rien ne serait pire qu’une démobilisation dans la dernière ligne droite où notre excès de confiance pourrait être perçu comme une victoire anticipée. Cela fait 24 ans que le PS et la gauche n’ont pas gagné ; il faut donc aller chercher toutes les voix sans arrogance pour que la victoire soit la plus large possible.

Le premier tour a fait la preuve d’une France bien plus mobilisée qu’annoncés par les sondeurs. Mais il a aussi révélé un visage inquiétant de notre pays : une très forte poussée d’une extrême droite décomplexée et un pays fragilisé par la crise, le chômage, la peur de l’exclusion, une exacerbation de la haine des autres. La droite républicaine est mal à l’aise après 5 ans de Sarkozysme effréné et dans le même temps, la Gauche a remonté la pente avec un PS en tête. N’oublions pas que les défis seront très nombreux à relever. Notre société a souffert et il serait trop simple de faire endosser aux crises mondiales cette responsabilité. C’est aux femmes et aux hommes politiques de proposer une vision de la France qui rassemble, qui apaise et qui unit. Les appels aux votes des candidats recalés au premier tour vont d’ailleurs tous dans ce sens. Mais ne nous y trompons pas, si François Hollande gagne ce dimanche 6 mai, tout comme le PS lors des législatives, il serait illusoire de croire à un gouvernement d’union nationale comme l’a suggéré François Bayrou. Les Français vont élire un homme demain, choisir pour un programme qui est clair et précis : priorité à l’emploi, à la croissance, à l’innovation industrielle, à la réduction des déficits publics, à une République juste et exemplaire, à l’école, à la cohésion sociale. Pendant 5 ans, la Droite a voulu nous faire oublier que la France est une et indivisible, que les corps intermédiaires avaient toute leur place dans notre système démocratique. Oui, les plus faibles et les plus fragiles doivent être défendus contre les plus riches et les plus forts, les libertés d’opinions et les libertés publiques doivent être sans cesse défendues, l’Europe doit être considérée comme une chance et non comme une contrainte. Vivre ensemble dans nos différences n’est pas une menace pour notre propre identité.

Il ne s’agit pas là d’un générique de fin, même si évidemment, quelque soit l’issue du scrutin de dimanche soir, une nouvelle page politique va se tourner. D’autres rdv nous attendent pour les législatives pour lesquelles il faudra nous mobiliser avec la même force. Dimanche, chaque voix va compter pour rassembler la France. Comme l’a dit François Hollande, « L’enjeu de cette élection, c’est le rassemblement, rassemblement des citoyens, rassemblement des forces, forces de la création, forces de la culture, forces de la jeunesse, forces sociales. Oui, c’est ce rassemblement de tous les atouts de la France. » Parce que le changement, c’est maintenant !