Une convention cadre signée entre le Ministère chargé de la vie associative et la Fondation Groupe EDF

La Fondation Groupe EDF encourage les initiatives associatives depuis plus de 30 ans au travers de ses actions de mécénat, et tout particulièrement grâce aux Trophées des associations et à l’Appel à Projets Salariés (Ghood). Les salariés du Groupe sont eux-mêmes particulièrement engagés dans la vie associative de notre pays et illustrent, au quotidien, cette valeur du Groupe EDF qu’est la solidarité.

Le Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports et la Fondation entretiennent depuis de longues années des relations de confiance en raison d’un partage fort de valeurs communes : promotion de la vie associative, engagement des salariés en faveur de l’intérêt général et plus globalement soutient des toutes les initiatives favorisant la cohésion sociale.

Les Trophées sont ainsi placés sous le Haut-Patronage du Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, signe d’une forte reconnaissance des actions de mécénat de la Fondation par les pouvoirs publics.

La signature d’une convention-cadre permet d’illustrer la force de ces partenariats et a pour objet d’engager la Fondation et le Ministère « à collaborer sur tous les sujets d’actualité qui concerneraient les associations ou l’engagement des jeunes et des actifs ».

 

Une vitalité associative à encourager

Les associations représentent plus de 1,3 million de structures qui contribuent à hauteur de 3,2% du PIB (hors valorisation du bénévolat). Les 16 millions de bénévoles témoignent de leur capacité à mobiliser et rassembler dans tous les domaines, du sport à la culture, des loisirs et de la vie sociale, en passant par la défense des droits, causes ou des intérêts.

Elles portent des valeurs de citoyenneté, de fraternité et de mixité. Elles favorisent la participation et l’engagement de tous autour de projets partagés par des publics aux profils et aux rôles divers. Elles mettent à profit les énergies et les idées pour œuvrer à une société plus juste et solidaire. Par leur participation, les bénévoles, les volontaires, les adhérents, les donateurs, les bénéficiaires et les salariés associatifs portent des projets en faveur du bien commun. En créant et en entretenant le lien social, le secteur associatif soutient et contribue fortement à la mixité et la cohésion sociale nécessaires à notre pays. Elles contribuent à l’innovation sociale par leur capacité à identifier des aspirations, des enjeux et des besoins nouveaux et à proposer des réponses possibles.

Le Ministère chargé de la vie associative déploie de son côté de nombreux dispositifs de soutien à destination du monde associatif et de la jeunesse, comme le Fonds pour le développement de la vie associative (FDVA) qui permet le soutien aux expérimentations et aux projets innovants territoriaux des petites et moyennes associations en cohérence avec le soutien d’autres partenaires publics et privés. Il porte aussi le fonds d’expérimentation jeunesse (FEJ) qui est entre autre le support opérationnel et financier de l’initiative présidentielle « La France s’engage » qui a pour vocation d’identifier, mettre en valeur, soutenir et faciliter l’extension d’initiatives socialement innovantes portées bénévolement par des acteurs associatifs, des fondations, des entreprises pour relever de nouveaux défis auxquels les modes d’intervention classiques de la puissance publique n’ont pas encore eu l’opportunité de répondre.

Il est de responsabilité de la société de favoriser une meilleure prise en compte des besoins, préoccupations et aspirations de la jeunesse, en assurant son autonomisation et émancipation dans le respect et la défense des valeurs de la République.

Les Fondations : au carrefour du bien commun

Les fondations, actrices de l’intérêt général, accompagnent les associations sur le terrain dans la mise en œuvre de leurs actions. Les entreprises via leurs fondations ont toute leur place aux côtés des acteurs associatifs. Le mécénat crée en effet une dynamique en instaurant un dialogue ou suscitant des prises de conscience, les fondations d’entreprises exerçant une responsabilité dans leur environnement immédiat. Les salariés sont par ailleurs invités à contribuer au soutien de l’intérêt général au travers de leur engagement personnel et/ou auprès des fondations et/ou des entreprises en donnant de leur temps. Les actions expérimentales des fondations sont – de fait – complémentaires de celles des pouvoirs publics.

La Fondation Groupe EDF s’engage depuis de nombreuses années aux côtés des associations et a pour vocation de soutenir des initiatives positives issues de la société civile ainsi que des dispositifs innovants. Elle intervient ainsi en faveur de la solidarité et du progrès et invite les collaborateurs du Groupe EDF (dont 43 % sont engagés à titre personnel dans la vie associative de notre pays) à participer via le bénévolat ou le mécénat de compétences aux actions de mécénat qu’elle porte.

Renforcer le dialogue entre
les acteurs publics et privés

Le Ministère et la Fondation Groupe EDF, au regard des objectifs qui sont les leurs, à savoir le soutien à la vie associative et aux projets en faveur des jeunes, ont exprimé le souhait de collaborer en signant une convention cadre de partenariat.

Le Ministère et la Fondation Groupe EDF s’engagent ainsi à collaborer sur tous les sujets d’actualité qui concerneraient les associations ou l’engagement des jeunes et des actifs.C’est ainsi que le 16 mars dernier, a été organisé à l’Espace Fondation EDF, en partenariat avec Pro Bono Lab, une matinée dédiée à l’engagement des salariés aux côtés des acteurs associatifs.

L’occasion de découvrir les dispositifs de la loi « Égalité et Citoyenneté » qui permet à tout dirigeant associatif bénévole d’exercer ses fonctions grâce à un congé non rémunéré de 6 jours maximum. Cette disposition est ouverte aux dirigeants bénévoles d’associations d’intérêt général ouvrant droit à défiscalisation des dons. Ces missions leur permettront d’acquérir des points supplémentaires sur leur compte personnel d’activité (CPA), pour valoriser leur engagement et bénéficier de droits à formation. Avec cette mesure, le Gouvernement ouvre un droit aux salariés : celui de consacrer du temps à leur engagement.

Pour aller + loin

Favoriser l’engagement associatif des actifs (Fondation Groupe EDF)

Que change la loi « Égalité et Citoyen » ? (Vie Publique)

Panorama du pro Bono (Pro Bono Lab)

 

RSE et mécénat sont-ils solubles ?

A l’initiative du Centre français des fonds et fondation, une rencontre était organisée ce vendredi 15 janvier 2016 à la Fondation EDF sur le thème de « la contribution de la fondation d’entreprise à la démarche RSE de l’entreprise ».

Quelles frontières et quelle définition ?

D’aucun juge ce débat artificiel, considérant que de facto, la Fondation s’intègre dans la contribution sociétale des entreprises. D’autres, au contraire, estiment que la Fondation n’a pas sa place dans la stratégie RSE de l’entreprise, un organisme d’intérêt général étant par essence déconnecté des enjeux de l’entreprise, le débat ne pouvant porter que sur les frontières « mécénat / RSE ».

Évacuons d’emblée la problématique de terminologie et le périmètre. Doit-on parler de responsabilité sociale ? de responsabilité sociétale ? de responsabilité sociale et environnementale ? de développement durable ? En réalité, la RSE couvre l’ensemble de ces définitions dans une seule et unique dynamique : celle de la « responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société » selon une définition proposée par la Commission européenne.

La RSE « conduit ainsi les entreprises à se fixer des objectifs non seulement économique, mais aussi sociaux, sociétaux et environnementaux afin d’inscrire sa croissance dans le long terme » comme le souligne Isabelle de Bayser Directrice d’Active RSE. En France la norme ISO 26000 permet de décliner la RSE au travers de 7 principes, résumés dans la marguerite ci-dessous.  :

http://labelsetterritoires.eu

http://labelsetterritoires.eu

Issue d’un large consensus et approuvée par 99 pays, cette norme définit la responsabilité des entreprises en matière sociétale et repose sur 3 points essentiels : le principe de responsabilité, l’implication des parties prenantes et la déclinaison des 7 principes illustrés plus haut. Par ailleurs, la loi NRE de 2001 oblige les entreprises cotées à rendre public un reporting social et environnemental.

Ainsi, le principe même de responsabilité est de rendre compte de ses actions dans une dynamique de transparence. Les choix stratégique de l’entreprise doivent être expliqués et s’inscrire dans un reporting public. Le dialogue avec l’interne et l’externe est également l’un des grands principes de la RSE. Dès lors, le mécénat s’intègre parfaitement dans une dynamique d’engagement citoyen de l’entreprise.

 

Un engagement volontaire de l’entreprise

Jusque dans le début des années 2000, le même débat a animé la communauté professionnelle des acteurs du mécénat au sujet des interactions « communication / mécénat ». Le mécénat (et a fortiori la Fondation – identité encore plus forte d’une politique de mécénat) procédait-il du prolongement de la communication de l’entreprise puisqu’il contribue à l’image de la marque ou au contraire exprimait-il un engagement volontaire en faveur de l’intérêt général, marqueur d’une contribution financière envers les territoires sur lesquels l’entreprise est implantée ?

Ce débat n’a jamais été vraiment résolu, même si personnellement je milite pour une déconnexion totale de la Fondation vis-à-vis de la communication corporate. Néanmoins, les habitudes se sont installées et chaque entreprise mène aujourd’hui une politique de mécénat qui lui est unique et qui s’intègre dans son identité. Faut-il rejouer la bataille d’hernanie et chercher à opposer le couple « RSE / Mécénat » ou ne faudrait-il pas accepter que le mécénat s’intègre naturellement dans une stratégie RSE, quand bien même il serait mis en œuvre au travers d’une fondation (outil juridiquement distinct de l’entreprise) ?

Walt Disney a résolu ce nœud gordien en intégrant pleinement le mécénat dans sa politique RSE, dans une démarche largement ouverte envers ses parties prenantes (cf. le schéma ci-dessous). Les entreprises anglo-Saxonness, comme Disney, identifient cette approche sous le nom de « corporate citizenship » qui recouvre l’ensemble des engagements volontaires de l’entreprise envers les communautés locales. Cette notion est intéressante car elle couvre un spectre plus large que la définition française du mécénat qui obéit avant tout à un cadre fiscal : celui de l’intérêt général.

« toutes les actions qui font du bien à la communauté sont bonnes à prendre »

Jeff Archambault, Vice President Corporate Citizenship EMA, souligne que la démarche d’acteur responsable de Disney est intégrée : « conduire le business et créer de produit de manière éthique, mais aussi inspirer les autre en faisant la promotion du bien-être et du vivre ensemble sont les marqueurs de notre engagement citoyen ». Valeurs propres au Groupe, objectifs de RSE et politique de mécénat sont indissolubles. Si Disney possède une Fondation, elle n’est dédiée qu’aux seuls financements de dispositifs liés à ses salariés (exclusivement aux USA), le choix a été fait de s’affranchir d’une telle structure pour son mécénat lié aux parties prenantes externes. Cette approche américaine relève sans aucun doute d’un pragmatisme des affaires où tout un chacun est impliqué dans un même territoire : « toutes les actions qui font du bien à la communauté sont bonnes à prendre » confirme-t-il. Plus qu’une cohérence, sans doute faut-il y voir une imbrication entre les valeurs véhiculés par la marque et l’implication du Groupe dans la société tout entière, en particulier au regard du poids financier et culturel de Disney. C’est du « gagnant-gagnant » insiste enfin Jeff, « de la valeur-partagée pour tout un chacun  [share-value] ».

http://citizenship.disney.com

http://citizenship.disney.com

Les esprits cartésiens y verront peut-être une forme de confusion entre les intérêts de l’entreprise et ceux de la société civile. J’y vois pour ma part une forme de réalisme. Les Américains privilégient la finalité aux modalités alors qu’en France, le débat « Mécénat / RSE » est corseté dans une notion purement fiscale et juridique au détriment de la vision sociétale. Je crois donc qu’il n’ y pas lieu d’opposer les deux d’autant plus que ni les salariés, ni le grand public, ne font bien souvent la distinction entre les différents moyens d’interventions dont dispose l’entreprise.

C’est le parti prit par Adecco. Conscient que le travail temporaire génère certaines externalités négatives, le Groupe a souhaité réfléchir à une politique RSE large avec une vision précise de ce qui relève de la responsabilité première de l’entreprise (la santé et la sécurité au travail, l’évolution professionnelle par exemple), des politiques liées à l’emploi en général comme l’enjeu central de l’égalité des chances. Pour Bruce Roch, Délégué général de la Fondation Groupe Adecco et Directeur de la RSE la séparation est évidente et ils se créent des synergies naturelles entre RSE et mécénat, sans confusion possible.

Pour conclure, si « la RSE n’est que le respect des règles que l’on est en droit d’attendre d‘une entreprise » comme l’indique Muriel Voisin Directrice RSE de Dalkia, « le mécénat est avant tout un acte libre et volontaire de l’entreprise » comme le rappelle Delphine Lalu Déléguée générale de la Fondation AG2R la Mondiale. S’il est évident que le mécénat à la française a du mal à s’intégrer dans les cadres internationaux du reporting extra-financier, il n’en reste pas moins qu’il est pleinement complémentaire d’une démarche RSE. L’existence d’une Fondation est par ailleurs un marqueur fort de l’entreprise envers la société civile, un engagement pérenne et aux bénéfices du plus grand nombre !

Nils Pedersen
Conseiller Mécénat – Fondation groupe EDF

« le mécénat est avant tout un acte libre et volontaire de l’entreprise »

Prix de la Fondation Chirac pour agir au service de la Paix

Remise des prix au musée du quai Branly

Remise des prix au musée du quai Branly

Rendre hommage aux hommes et aux femmes qui œuvrent pour la paix et la culture. En ce lendemain d’attentats qui ont frappé la France, les deux prix de la Fondation Chirac revêtent un sens particulier ; attribués à Latifa Ibn Ziaten et Aldiouma Baba des Banques culturelle du Mali, ils sont dans la vérité de l’actualité. Si le Président Chirac n’a pu assister ce matin à cette remise, la présence du Président de la République témoigne de l’importance de ces actions qui visent à lutter contre la haine et la radicalité, le fanatisme. Ce matin, c’est un message de paix et de tolérance qui a été porté par l’ensemble des personnalités présentes qui ont appelé au meilleur de le l’être humain : son intelligence.

Latifa Ibn Ziaten s’est particulièrement démarquée en défendant un dialogue fécond sur la laïcité. La France est unie dans sa diversité quand elle croit et partage ses valeurs. La France est elle-même quand elle défend un idéal de paix de solidarité et évidemment le dialogue des cultures.

Énormément d’émotion et de solennité ce matin dans cet amphithéâtre Lévi-Strauss. Un moment de dignité et de respect. Et comme l’a rappelé François Hollande, « la France répondra à la haine par la fraternité, à la terreur par le droit, au fanatisme par l’espérance. En étant tout simplement la France ».

 

« La France répondra à la haine par la fraternité, à la terreur par le droit, au fanatisme par l’espérance. En étant tout simplement la France ».

Tandis que certains s’ébaudissent dans des gargotes à l’ombre des grandes tours détentrices du savoir de l’humanité

Tandis que certains s’ébaudissent dans des gargotes, à l’ombre des grandes tours détentrices du savoir de l’humanité, dans les vapeurs des barbecues, des chichas et autres volutes d’alcool, certains tentent de (sur)vivrent, entassés dans des abris de fortune. D’un côté, le prélassement après une journée de labeur allongés dans un transat, ou bien l’activité sportive pour profiter des douceurs de cette fin d’été. De l’autre, non plus des SDF devenus presque sédentaires dans leurs cagibis libérés

de leur précédentes occupations dans les piles des ponts, non plus les Roms alignés en famille, mais des dizaines de réfugiés qui ont fuit la violence de leur pays. Personne ne se mélange. Personne ne se parle. Chacun vit, à quelques centimètres l’un de l’autre, dans un univers clôt par un horizon imaginaire. Dans ce Paris du 21ème siècle, la misère refait à nouveau surface, provoquée par des conflits qui n’ont cessé depuis des années d’inonder nos journaux. Alors, chacun vaque. A nous les loisirs. A eux l’oisiveté forcée de ceux qui voudraient bien travailler pour exister. Nous ne voulons pas les voir pour ne pas mettre en péril nos propres valeurs – celles de la solidarité et de la fraternité – tant qu’elles nous concernent nous-mêmes et non pas les autres qui ne sont pas issus de nos propres villages.

Banksy

Banksy

Pourtant, de l’autre côté de la Méditerranée, à proximité immédiate de l’Europe, les conflits ne vont pas s’interrompre. Ceux qui pourront fuir continueront à le faire. Pourquoi en serait-il autrement ? Plus de 70 ans sans conflit à l’intérieur de nos frontières nous ont-ils à ce point engourdis l’esprit ? La guerre du Kosovo n’a t-elle pas été une violente piqure de rappel ? Alors, oui, ils seront toujours présents à Paris, à Calais et ailleurs. Alors, oui, ne pas les regarder en face, c’est nous complaire dans notre propre confort matériel. C’est nier leur Humanité. Nous semblons impuissants et démunis face à des mouvements de populations que l’Europe n’avait pas vu depuis 1939. Rien ne serait pire que l’indifférence. Ils ne demandent qu’à vivre ! Aidons-les.

La France de l’autre côté du périphérique

Le 19 janvier dernier, à l’Espace Fondation EDF, dans le cadre des Rencontres qu’elle organise depuis plus d’un an, la Fondation EDF recevait Florence Aubenas et Philipe Meyer afin de débattre de « La France de l’autre côté du périphérique ». L’occasion d’appréhender la réalité française telle qu’elle est, de « sentir les odeurs de cuisine, qui ne sentent pas toujours très bon » comme le soulignera Emmanuel Laurentin, l’animateur de cette soirée, de « regarder ce qu’il y a sous la ligne de flottaison ».

« Les lecteurs se demandent souvent comment un journaliste choisit ses sujets » fait ainsi remarquer Florence Aubenas en introduction de son livre En France. Dans un quotidien, les infos s’enchainent sans cesse, le téléphone sonne tout le temps, l’ordre des sujets change sans prévenir. Comment prendre le temps alors de partir à l’écoute de la France de tous les jours, celle qui ne passe pas aux JT ? « On croit connaître cet endroit qu’on appelle chez soi. En réalité, c’est dans un paysage familier que commence le mystère ». Toute la question est donc de savoir comment le journaliste peut « sortir de sa cage », pour aller voir « la réalité riche et complexe des territoires ». Un exercice parfois délicat, subjectif mais toujours passionnant qui reflète l’état d’une France que l’on ne veut pas toujours voir en face.

Florence Aubenas enchaine les exemples puisés de son roman. Elle dresse au fil des pages le portrait d’un pays loin des clichés, tel ce retraité qui « un peu gauche, effaré »pousse pour la première fois de sa vie la porte de la CAF car il « n’a plus les moyens de faire rentrer le fuel », surpris de devoir demander une aide alors qu’il a travaillé toute sa vie. Ou encore des filles-mères qui à 14 ans considèrent leur maternité comme un statut social à part entière contrairement aux autres copines.

« Tu crois que je fais finir par avoir peur
de ce bougnoule en face de moi ? »

Aubenas décrit une France métissée qui a du mal à assumer son passé et à affronter l’avenir. Comme à Hénin-Beaumont. Durant la campagne des municipales de 2012, les tracts FN stigmatisent les « Arabes » et leur « dangerosité ». Farid demande alors à sa femme en pointant du doigt sa propre image dans le miroir de sa salle de bain « tu crois que je fais finir par avoir peur de ce bougnoule en face de moi ? ». Ils rient de l’absurdité de cette situation tout en réalisant avec violence qu’ils sont l’objet de débats sur la place publique. « Je ne m’étais jamais posé cette question, je me sens Français, c’est tout dit Farid. Ou plutôt je me sentais Français ».

A l’époque de la mine, la question des origines ne se posait pas, la seule provenance était celle du numéro de la fosse. Tout le monde allait et venait du même endroit : la mine. « Quand on demande au directeur du musée de la mine ce qu’il y avait ici avant, il répond ‘rien’. Et après ? ‘rien’ ». Territoire sans identité apparente, il laisse place à ceux qui apportent des réponses, aussi mauvaises soient-elles. « Ce que propose le FN comme identité, est toujours mieux que rien » constate simplement Aubenas qui souligne l’incapacité des partis traditionnels (dans ce cas le PS) à apporter des réponses. « Le vote du FN et aussi un vote d’opposition aux partis de gouvernement de moins en moins crédibles. Le PS croyait au sursaut Républicain et a créé une cellule anti-FN. Il n’a pas compris qu’il aurait du mettre sur pied une cellule pro-PS » poursuit la journaliste.

 

« Ce sont des mythologies françaises qui se fissurent »

Le voyage d’Aubenas est tout autant campagnard que rural. Il reflète ces nouvelles migrations et ce retour aux villages. La technologie affranchie les frontières et permet au néo-ruraux de se lancer dans le télé-travail. Mais autant qu’elle libère des bouchons urbains, elle enferme : chacun reste désormais chez soi, interdisant de fait les rencontres. La technologie qui simplifie les démarches administratives et aussi celle qui entraine la fermeture des services publics de proximité. « Avec la reforme territoriale, les territoires fusionnent et rompent les liens avec la classe politique et l’État français. Les institutions se fissurent. Les écoles se regroupent, comme les hôpitaux. Ce sont des mythologies françaises qui se fissurent. Elles étaient un patrimoine et des valeurs communs. C’est plus important que le rapport à l’élu. »

 

Ne pas désespérer de cette France

Le constat que dresse Aubenas dans son roman et qu’il ne faut pas désespérer de cette France. La débrouille laisse place aux institutions qui structuraient les territoires. Le rapport au monde change, il y a « une force de vie incroyable qui anime chacune des personnes que j’ai rencontrée. Regardez ces filles-mères. En tant que journaliste on pense tout de suite qu’elles n’ont pas eu accès à l’IVG et qu’elles subissent une grosse non désirée. Mais pas du tout. Elles sont heureuses loin de cette chape de béton qu’on essaye de leur coller sur la tête. »

Car tels sont les messages de ce livre et de cette conférence. La France est pleine de richesses pour peut que l’on prenne le temps de la découvrir, loin des clichés, loin des raccourcis imposés par une certains forme de journalisme instantané. Notre rapport au temps et aux territoires est bien trop souvent réduit au prisme parisien. Faire société, c’est aussi accepter l’autre, sans jugement. C’est tout l’intérêt de ce roman : ne jamais entrer dans le misérabilisme ou la compassion, mais rendre compte d’un quotidien qui s’il n’est pas le nôtre, n’en est pas moins celui de la France.

 

Florence Aubenas, En France – Editions de l’Olivier, 2014

 

Le crowdfunding au secours du financement de la culture ?

Le 9 décembre dernier, Fleur Pellerin, Ministre de la culture et de la communication, remettait à 16 donateurs individuels la distinction de « donateur de la culture ». L’objectif affiché était double : au-delà de récompenser 16 donateurs ayant fait usage du crowdfunding (mécénat participatif) et « représentatifs de la culture, par la fréquence de leurs dons et leur diversité », il s’agissait de relancer la politique de mécénat culturel.

Le nombre de plateformes de collectes de dons a explosé en moins de 5 ans, qu’il s’agisse de KissKissBankBank, My Major Company, Babeldoor, Ulule… En 2013, 32 000 projets ont pu être financés, tous secteurs confondus, grâce aux 78 millions collectés selon les données fournies par Financement participatif France .

La culture représente ainsi 22% des fonds toutes plateformes confondues soit un montant de 17,2 M€. De manière surprenante, cette part de la culture est relativement comparable aux données de l’ADMICAL sur le mécénat d’entreprise.

Le mécénat dans sa globalité représente quant à lui plus de 6 milliards d’euros annuels, dont environ 3,2 milliards déclarés à l’administration fiscal, démontrant ainsi que le don n’a pas pour mécanisme la feuille d’impôt mais bien une générosité envers les structures d’intérêt général. Ce sont ainsi plus de 5,6 millions de foyers fiscaux et 37 000 entreprises qui sont impliqués dans la philanthropie dans un mouvement de fond qui ne se dément pas depuis 10 ans malgré un tassement ces dernières années.

Traditionnellement en matière de financement individuel de la culture, le public était invité à adhérer à un cercle d’Amis de Musée qui lui-même concourait à l’enrichissement des collections par exemple. Avec la montée en puissance du numérique, le citoyen est amené à participer de plus en plus activement au financement de la culture. Le Musée du Louvre a été le précurseur de ce financement de masse en 2010 en vue de l’acquisition des Trois Grâce de Cranach. Le public a été au rendez-vous avec 7200 personnes qui ont collectivement donné 1,2 millions d’euros. En 2012, le Centre des Monuments nationaux a fait le pari de proposer aux internautes 4 opérations de restauration de monuments au travers de My Major Compagny. Si la collecte a représenté un montant modeste (120 000 euros), elle a provoqué un buzz incroyable, le NY Times en faisant même sa « une ».

État impécunieux ou montée en puissance de la société civile ?

Est-ce à dire que l’État impécunieux en est réduit à faire les poches du contribuable  en se reposant sur la générosité des citoyens ? A voir le montant du budget du Ministère dédié au patrimoine, on pourrait légitimement se poser la question tant les montants ne sont pas à la hauteur des enjeux. Néanmoins, en temps de crise, une baisse de 2% du budget global reste malgré tout entendable.

Ne faudrait-il pas, au contraire, y voir une montée en puissance de la société civile qui cherche à se prendre en main ? La diversité des projets présentés au financement participatif va bien au-delà d’un bouclage de budget en déficit et l’absence de contreparties en monnaie sonnante et trébuchante ou fiscale est bien souvent la règle.

Chacun peut aussi, au regard de ses propres goûts et passions, financer tel ou tel projet ou artiste sans le filtre de la puissance publique. Financer l’album de son artiste préféré ou la restauration du patrimoine classé n’est évidemment pas du même ordre. Tout en restant dans le champ culturel, le premier relève de la culture loisir quand le second relève des obligations de la puissance publique. Néanmoins, cet engagement citoyen mérite largement d’être soutenu et récompensé. Ces hommes et ces femmes qui se mobilisent pour financer tous ces projets sont symptomatiques d’une France qui croit encore en elle, à l’inverse des discours d’immobilisme ou décliniste.

Ils offrent une nouvelle approche de la culture : plus directe et plus personnelle. L’artiste devient accessible pour celles et ceux qui ont contribué à financer le spectacle. Le patrimoine se donne à voir sous un autre angle pour ceux qui en ont financé sa restauration. Dans tous les cas, les coulisses se révèlent. C’est donc l’antithèse de consommateurs passifs qui se dessine au travers de ce financement hybride, mais au contraire des citoyens passionnés qui touchent du doigt leur don. Qui peut en dire autant de son impôt ? Sans démagogie, rares sont ceux à se réjouir du financement d’une route, d’un collège ou d’un hôpital, aussi utiles soient-ils.

Le financement participatif interroge ainsi sur le financement de la culture dont le modèle s’essouffle objectivement, d’une part en raison de l’extraordinaire diversification de ses sources publiques et privées (et donc de la complexification de son obtention) mais aussi en raison d’un élargissement sans précédent de la définition même de la culture depuis les années Lang qui ne permet plus aux budgets de suivre.

Le financement participatif faisant appel aux techniques les plus élémentaires du marketing, il nécessite évidemment un certain savoir-faire : il faut savoir mettre en avant sa « cause ». Néanmoins, l’exemple de la Fondation du Patrimoine qui a ouvert plus de 800 souscriptions publiques en 2013 démontrent que même les projets les plus modestes peuvent trouver preneur dès lors qu’ils sont porteur de sens (dans le cas du patrimoine, c’est le rapport à son territoire qui entre en ligne de compte).

Consumérisme versus politique culturelle ?

Le plus chagrin argue de la nécessité régulatrice de la puissance publique face au nivellement vers le bas que constituerait une sélection issue du public, une espèce de syndrome de la « Star Académie » où le consumérisme remplacerait la culture (Appuyer sur le 1 pour soutenir votre projet fétiche). Il n’est jamais bon de chercher à opposer la culture savante ou officielle à la culture populaire. Si la puissance publique est dans son rôle en favorisant une culture parfois moins accessible, en quoi le choix du plus grand nombre serait un appauvrissement ?

Au contraire, la puissance publique est dans son rôle de régulateur en encadrant ces nouveaux dispositifs qui ne viennent pas en substituons des financements actuels, mais en complément. Le Ministère se place dans son rôle politique : soutenir la création et le patrimoine, favoriser la cohésion sociale en permettant que la culture reste ce ciment social propre à nos société.

Soucieux que le mécénat ne soit pas utilisé à mauvais escient, le Ministère a d’ailleurs publié, à l’initiative de sa mission mécénat, sa propre « Charte du mécénat culturel » visant à rappeler les principes fondamentaux du mécénat.

Droit de votes des étrangers : des citoyens comme les autres

afp.com/Thierry Zoccolan

afp.com/Thierry Zoccolan

Un sondage paru hier, largement repris par la presse, pose une question simple : êtes-vous favorable à « l’extension du droit de vote aux élections municipales aux étrangers non membres de l’Union européenne et résidant en situation régulière depuis au moins cinq ans sur notre territoire ?« . La réponse fait froid dans le dos, seules 40% des personnes interrogées répondent favorablement à cette réforme. Il y a à peine 3 ans, ils étaient pour à plus de 60% en 2011 !

Outre le fait que ce chiffre révèle un rejet de l’étranger (sans que l’on sache très bien ce que recouvre le terme étranger), il doit nous interroger et questionne également sur la mise en œuvre des promesses de campagne. Le candidat François Hollande en avait fait l’engagement n° 50: « J’accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans. »

Qu’en est-il aujourd’hui ? Cette « revendication forte de la société » comme l’exprimait alors celui qui était Ministre de l’Intérieur est toujours lettre morte. Pourtant, ces étrangers ont fait le choix de s’établir en France ; ils y travaillent, payent des impôts, mais n’ont pas le droit de décider de leur propre avenir. De quoi – ou de qui – avons-nous peur ? Sans cesse, il est fait mention du « vivre ensemble », de la « cohésion nationale ». Souder son peuple, n’est-ce pas lui donner les clés de son avenir ? Choisir ses élus en fait partie. Et encore, l’engagement 50 ne concerne que le droit de vote aux élections locales.

La Charte des socialistes pour le progrès humain fait pourtant de « l’égalité réelle » une des doxa de la gauche : « nous construisons l’égalité réelle. C’est d’abord dans l’aspiration à l’égalité que se forge la séparation entre la gauche et la droite. Pas d’humanité libre sans individus libérés des inégalités de situation, de revenus, de destin ! »

Ce sondage vient nous le rappeler, l’opinion ne serait pas mûre pour une telle réforme. Et alors ? La comparaison est osée, mais souvenons-nous des débats lors l’abolition de la peine de mort. Robert Badinter dans son discours à l’Assemblée nationale le 17 septembre 1981 affirmait : « attendre, comme si la peine de mort ou la guillotine était un fruit qu’on devrait laisser mûrir avant de le cueillir !  Attendre ? Nous savons bien en vérité que la cause était la crainte de l’opinion publique. » L’opinion publique, voilà donc ce qui tétanise nos élus.

Pourtant, l’argumentaire du Garde des Sceaux était imparable : l’abolition était en engagement de campagne du Président François Mitterrand qui n’avait pas hésité à affirmer au cours de son débat télévisé du second tour de la présidentielle le 16 avril 1981 : « je n’ai pas du tout l’intention de mener ce combat à la face du pays en faisant semblant d’être ce que je ne suis pas. Dans ma conscience profonde, (…) je suis contre la peine de mort. Et je n’ai pas besoin de lire les sondages, qui disent le contraire, une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Eh bien moi, je suis candidat à la présidence de la République et je demande une majorité de suffrages aux Français. »

La comparaison s’arrête là, d’autant qu’il n’est question « que » du droit de vote des étrangers, soit une ambition bien modeste au regard de la vie humaine. Et si l’on veut être honnête, cet engagement figurait déjà dans les promesses de campagne de François Mitterrand.

Les arguties juridiques et politiques sont toutes plus légitimes les unes que les autres : la réforme du droit de vote relève du Congrès où la gauche n’obtiendrait pas les 3/5 des voix nécessaires à la modification de la Constitution. Là aussi, et alors ? Faire passer une telle réforme tout en sachant qu’elle ne passerait pas serait seulement faire de la politique : le gouvernement aura tenu sa promesse, et les élus qui s’y seraient opposés en seront comptables devant le peuple.

Comme le disait Pierre Mendès France, « gouverner, c’est choisir », ça n’est pas se laisser aller aux enquêtes d’opinions.

Je ne résiste pas d’ailleurs à reprendre les propos d’Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, qui en 1983 alors que Robert Badinter est au plus bas dans les sondages déclarait dans une tribune au Monde « Robert Badinter est l’honneur de la gauche  (…) non seulement Robert Badinter est l’honneur de la gauche, mais si l’on veut savoir ce que c’est que la gauche dans un monde en crise, dans un monde où règne une grande insécurité, Badinter en donne l’exemple». 33 ans plus tard, je rêverais moi aussi d’un nouveau Badinter qui serait l’honneur de la gauche.

D’abord parce que, à l’instar du mariage pour tous, le droit de vote des étrangers est un marqueur politique fort pour la gauche. Ensuite, parce que respecter ses promesses redonnerait confiance au peuple dans ses élus. Non pas que le gouvernement ne tienne pas ses engagements, mais il faut du souffle ! Alors que le Parti Socialiste vise 500 000 adhérents d’ici 2017, il serait bon de ressouder les citoyens entre eux.

Cambadélis, qui a mis en place au « dispositif anti-FN » au PS, sait certainement mieux que quiconque que les arguments intellectuelles c’est bien, mais que convaincre par la preuve c’est encore mieux.

 

 Voir aussi : Votation citoyenne pour le droit de vote des étrangers aux élections locales (26 mai 2011)

 

Les associations : acteurs du développement des territoires

France Activeréseau de proximité solidaire qui depuis près de 25 finance les d’emploi – et la Conférence Permanente des Coordinations Associatives (CPCA) nous invitent à découvrir le premier web documentaire consacré au rôle des associations dans le développement économique des territoires.

Plus de 13 millions de bénévoles au sein de plus d’un millions d’associations œuvrent pour le soutien scolaire, l’aide au plus démunis, la pratique sportive amateur, l’accès à la culture, la restauration du patrimoine….

Bien souvent invisibles, toutes ces actions du quotidien sont pourtant indispensable et créent le ciment de notre société. Les associations sont aujourd’hui des moteurs incontournables des territoires  en termes de développement économique mais aussi sociales.

France active et la CPCA insistent sur le rôle que jouent depuis les années 1950 les acteurs associatifs : « porteuses d’une autre approche du développement, les associations ont depuis toujours inscrit leur action au plus près des besoins des territoires, en apportant aux populations des services essentiels à la qualité de vie. Par leur mission d’utilité sociale, elles disposent d’une solide connaissance des habitants et de leurs besoins. Par leur poids économique, elles participent à la production de biens e t de services. Pour l’Etat et les collectivités locales, les associations constituent un levier important des politiques publiques. Elles rassemblent des projets très divers qui irriguent l’ensemble de l’économie locale. Dans le contexte actuel de remise en cause de l’économie « classique » marqué par la nécessité de replacer l’humain au centre, les associations représentent une force, une souplesse, une inventivité dont la société ne peut se passer. Caractérisées par leur ancrage local historique, elles constituent une opportunité pour permettre le développement d’une économie de proximité et favoriser la croissance durable que la société appelle de ses vœux ».

Face à une mutation de la société, à une crise qui n’en finit pas de durer, à la décentralisation, à une mutation de leurs financements publics et privés, les associations ne cessent de s’adapter. 6 propositions sont ainsi formulées à l’issue de ce documentaire :

1/ favoriser l’hybridation des ressources associatives pour permettre au secteur de se développer :
– clarifier les liens entre statut fiscal et système de ressources des associations et repréciser la notion d’intérêt général. L’intérêt général doit être défini par l’objet et le territoire d’intervention de l’association et non dépendre de l’interprétation de l’administration fiscale.
– permettre à une association fiscalisée de faire bénéficier à ses donateurs du régime fiscal du mécénat
– faciliter et accompagner les associations pour la mobilisation des fonds européens

2/ Accompagner les mutations du secteur associatif : évolution des modèles économiques et changement d’échelle. Organiser et coordonner l’offre d’accompagnement dans les territoires et conforter les réseaux et fédérations dans leur fonction d’appui et d’outillage auprès de leurs membres et renforcer la capacité d’action du Dispositifs Local d’Accompagnement (DLA)

3/ Favoriser la constitution de fonds propres associatifs.

4/ Inscrire la subvention dans la loi : donner une définition légale de la subvention, en créant un régime d’attribution sécurisé compatible avec les règles du droit national et communautaire.

5/ Définir une procédure sécurisée d’appel à initiatives comme un des modes possibles d’attribution de subventions.

6/ Informer et accompagner les services de l’Etat et les collectivités à l’utilisation de ces cadres sécurisés, et à appréhender la notion d’intérêt général dans le sens de la réglementation européenne

 

A voir sur : http://webdoc-cpca.franceactive.org/

 

La France s’honore à voter une loi de progrès social, égalitaire pour tous ses citoyens

Ce dimanche 27 janvier, se déroulait à Paris la marche pour l’Égalité, revendiquant l’égalité devant le mariage pour tous les couples, hétérosexuels comme homosexuels. Engagement de François Hollande pendant la Présidentielle – résumé sous l’engagement 31 – la loi devrait être votée au Printemps prochain par l’Assemblée nationale.

Les relents nauséabonds d’homophobie qui ont éclot ces derniers mois obligent à une mobilisation constante.La foule dans la rue sert de baromètre social : une large majorité de la population est pour et le fait savoir. Sans rentrer dans une bataille de chiffre entre les « pros » et les « antis », il est éclairant de lire, sondages après sondages, que les 2/3 des Français y sont favorables. Cette loi, qui plus est, s’inscrit dans les grandes avancées sociales à la française. Le mariage des couples de même sexe est déjà autorisé en Belgique, en Espagne, aux Pays-Bas, en Norvège, en Islande, en Suède et au Portugal. Hors d’Europe, l’Argentine, le Canada ou encore l’Afrique du Sud ont également tranché la question, certains avec plus de dix an d’avance. La société en est-elle déstabilisée ? Je ne le crois pas. Si elle l’est, ça n’est certainement pas par ces couples homosexuels ou leurs enfants qui, paraitrait-il, seraient amenés à devenir des « terroristes » à en croire Nicolas Dhuic, député UMP.

Les mêmes débats haineux se sont fait entendre lors du droit de vote accordé aux Femmes, lors du débat sur l’IVG. A chaque fois, les mêmes rengaines sur une atteinte supposée à l’ordre moral, une remise en cause des fondements de note société. Comme si le monde s’était arrêté de tourner.

Au contraire, je suis convaincu que la France s’honore à voter une loi de progrès social, égalitaire pour tous ses citoyens.

 

Debout l’Europe !

On ne compte plus les sommets de la dernière « chance » pour sauver l’Europe et l’euro. Ni les critiques incessantes qui fusent sans cesse contre cette supposée machine technocratique, froide et inerte, renfermée dans sa capitale Bruxellois. Pourtant, l’Europe est un idéal politique qui part d’une idée généreuse et pragmatique : rassembler les peuples au sein d’une communauté de destin pour cicatriser les blessures de deux Guerres Mondiales.

Partant du constat de cette crise européenne durable, Daniel Cohn-Bendit (qu’on ne présente plus) et Guy Verhofstadt (ancien premier ministre Belge et président du groupe ADLE – Alliance des Démocrates et des Libéraux  pour l’Europe – au Parlement Européen) proposent au travers d’un manifeste « Debout l’Europe » leur vision, un peu décousue mais décoiffante, pour une Europe du future et des Européens.

Le constat des deux auteurs est simple : la crise européenne est une crise existentielle. Le projet européen est en panne et ne répond plus aux nouveaux défis économiques, financiers et politiques du monde. L’Europe a été incapable d’innover et de s’adapter face à une mondialisation galopante, à l’émergence de nouvelles forces économiques que sont la Chine et l’Asie dans son ensemble, l’Inde, la Russie, l’Amérique latine. Qu’y a-t-il de commun entre le projet des pères fondateurs de l’Europe des années 1950 basé sur un marché commun de l’acier et du charbon et une économie sans frontière qui est la nôtre aujourd’hui ?

Cohn-Bendit et Verhofstadt dénoncent l’inertie coupable des dirigeants politiques européens coupables à leurs yeux d’avoir favorisé les égoïsme nationaux au détriment du destin de l’Europe : « Les États membres portent l’entière responsabilité de la débâcle, c’est leur incompétence qui a mené la crise de l’euro. (…) C’est leur aveuglement qui a fait chavirer l’Europe pour la livrer à un monde dans lequel elle ne joue plus aucun rôle significatif. (…) Si ce sont les intérêts mesquins et l’égoïsme qui l’emportent, nous ne nous en sortions pas ».

L’Europe doit entamer sa révolution et ne peut plus se contenter des statu quo. Aujourd’hui, trop d’États membres considèrent l’Europe comme un simple pourvoyeur de fonds (David Cameron qui n’arrive pas à dépasser la vision comptable de Tacher qui proclamait : « I want my money Back ») voir comme un simple concepteur de normes. Pourtant, avec plus de 500 millions d’habitants et un PIB supérieur à 15 000 milliards d’euros, l’Europe pourrait être l’une des premières puissances politiques mondiales. Et comment s’y retrouver avec un Président de la Commission européenne, un Président du Conseil,  un Président du Parlement Européen, 27 chefs d’État et de gouvernement, autant de Ministres de Affaires étrangères et autant de ministres de l’économie. La remise du prix Nobel de la Paix attribué à l’Europe pour distinguer les « idéaux de l’intégration européenne, qui ont permis, depuis le traité de Rome de 1957, de conserver la paix sur un continent autrefois coutumier des guerre » a révélé toute l’absurdité de notre gouvernance incapable de savoir à qui remettre le prix !

Cohn-Bendit et Verhofstadt, eux, ont une solution simple : élire «  des fédéralistes européens, des hommes et des femmes qui incarnent l’intérêt européen (…) avec un président élu directement par les citoyens européens ou par le Parlement » base d’une « grande union fédérale (…) avec des institutions capables d’imposer le respect des règles du jeux. (…) Concrètement, la Commission européenne (serait) un véritable gouvernement européen avec des ministres européens ».  Et c’est bien là la ligne centrale de ce manifeste : que l’Europe devienne fédérale, la seule option pour la sortir de l’ornière dans laquelle elle se trouve.

Les auteurs vont encore plus loin en suggérant de convertir les différents sièges occupées par les États membres en siège unique pour l’UE : conseil de sécurité de l’ONU, Banque mondiale, FMI…. pour que la voix européenne soit encore plus audible.

Aujourd’hui, l’Europe n’arrive pas à dépasser son histoire : elle qui a été au centre du monde pendant deux millénaires est tétanisée par la nouvelle donne mondiale. Elle est figée dans l’après-guerre, oubliant que la Guerre Froide est terminée depuis plus de 20 ans, que dans moins de 10 ans la Chine sera au même niveau économique que l’Europe ou que le Brésil est devenu la 6ème puissance économique mondiale… Quelle triste ironie : l’Europe qui a su pendant plus de 60 ans offrir au monde un visage démocratique émancipateur est incapable d’affronter la mondialisation, embourbée qu’elle est dans la crise de l’Euro.

La crise financière occupe d’ailleurs une place de choix dans ce manifeste avec une critique acerbe de l’action des États membres : «depuis 2008, les États ont injecté pas moins de 4600 milliards d’euros dans les institutions financières sous formes de subventions publiques ou de garanties financières » alors même qu’elles se moquent bien des frontières nationales. Comment faire face à cette crise en étant désordonnés  s’interrogent nos deux parlementaires européens ? Seule la Banque centrale européenne peut encore faire fluctuer à la hausse ou à la baisse les notations des trois principales agences mondiales.

Et quand est-il de la dette publique ? Celle des USA est  supérieure à celle de l’UE sans que leur économie n’en soit ébranlée. Le Japon affiche quant à lui une dette publique la plus élevée du monde sans que le Yen ne soit déstabilisé. Or, « la viabilité d’une monnaie requiert de la solidarité et de la discipline » que les Européens sont incapables d’avoir. Outre le fait qu’ils aient été « drogués par leurs taux d’intérêts bas », ils se sont sciemment abstenus de mettre en place une politique économique européenne commune en parallèle de la mise en œuvre de l’euro qui alimente la crise économique actuelle. L’Europe a besoin de croissance et doit pour cela afficher des finances publiques saines. Devant la crise que nous vivons, seule l’Europe est à même de proposer des solutions  au travers « d’un budget européen fiable et la mise en place d’un grand marché obligatoire libellé en euro ».

Les Européens sont également coupables aux yeux de Cohn-Bendit et Verhofstadt de refuser la mondialisation – et il est difficile de leur donner tort.  Elle peut être vilipendée, elle n’en reste pas moins vivace et que les Européens la refuse ne fera en rien reculer les autres pays du monde. Les Allemands l’ont très  bien compris, eux qui n’hésitent pas à négocier de grès à grès avec la Chine quitte à s’affranchir du discours commun porté par  l’Europe – ils l’ont bien démontré dans la sauvegarde de la filière solaire allemande. Montebourg a lui aussi perçu cette nécessité de plus de réciprocité dans les échanges mondiaux, mais portant ses arguments sur le seul terrain intellectuel et non économique. C’est bien notre incapacité à penser collectif et à innover qui plombe notre économie. Notre manque d’anticipation et de projet nous fait également rater le nouveau virage social et environnemental. L’Histoire a montré que les échanges et le négoce sont la base des sociétés come les nôtres.  A nous d’accompagner le modèle de société que nous voulons au lieu de le subir.

Au-delà des propositions politiques et économiques, le Manifeste dresse plusieurs pistes de réflexions tout aussi pertinentes :

– une croissance qui doit s’affranchir des énergies fossiles pour « contribuer de manière significative à la réduction des gaz à effets de serre, stimuler une croissance durable et replacer l’Europe au cœur des leaders économiques mondiaux ». La green economy est une des réponses de sorties de crise puisqu’elle propose de l’innovation et de l’emploi afin d’aboutir au green deal ;

–  un renforcement de la coopération politique internationale. L’Europe a su faire la preuve que l’union était facteur de progrès. Or, dans les décennies à venir, les conflits porteront sur l’accès aux ressources vitales ;

–  la défense des libertés essentielles. L’Europe doit défendre ce qui est son essence même – les libertés individuelles face au poids des traditions – et lutter contre les fantasmes populistes ;

–  la promotion du multiculturalisme, pour une « société ouverte, sources d’inépuisables de découvertes » cette variété étant aussi importante que la variété biologique ;

–  l’acceptation de l’immigration alors que la population européenne vieillit de manière inexorable. Dans le monde arabe, 60% de la population n’aura même pas 30 ans quand la population mondiale aura atteint 10 milliards. Le nombre de travailleurs en Europe ne peut que baisser quand le nombre de retraités augmente.

–  le refus du nationalisme qui entraine un replis des nations sur elle-même contraire l’esprit même de la construction européenne et de la richesse culturelle de ses habitants.

Un Manifeste qui a le mérite d’insuffler une nouvelle impulsion au projet européen et qui permet à celles et ceux qui douteraient – encore – de la capacité de l’Europe à fédérer les peuples, à promouvoir le progrès et la cohésion sociale. En 1957, des hommes visionnaires ont su unir leur pays dans un destin commun, facteur de paix, de stabilité et de prospérité. A nous aujourd’hui de continuer cette belle œuvre commune. Et comme le disait Jean Monnet, « les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité dans la crise. » Au regarde de la crise actuelle, le changement a un bel avenir devant lui !

Cohn-Bendit, Verhofstadt, Debout l’Europe, Actes Sud /André Versaille Editeur, Septembre 2012