Billet d’humeur : le mécénat d’entreprise n’est pas ce que l’on en dit !

A force de brouiller les frontières, on va finir pas transformer le mécénat d’entreprise en gloubiboulga ! Les articles et news se succèdent avec une constance saisissante : la notion de mécénat tend à se diluer dans un magma nébuleux de nouveaux concepts qui mélangent fantasmes et méconnaissance d’un secteur pourtant actif depuis plus de 30 ans ! 

Ce premier coup d’humeur est d’abord provoqué par la parution d’une surprenante étude d’EY qui intègre les dépenses liées au mécénat dans la communication des entreprises avec une reprise par Carenews du titre « Un milliard d’euros, c’est le montant investi dans la communication sur le mécénat ».

Intégrer le mécénat dans les dépenses de communication, c’est nier le rôle et l’essor des fondations d’entreprises (organisme d’intérêt général à part entière) et assimiler le mécénat en régie directe à du sponsoring. Pourtant, ce débat est tranché depuis 1989 et un Que Sais ! rédigé par François Debiesse rappelle sans détour ce que n’est pas la mécénat. On pensait donc ce raccourci mécénat / communication largement périmé.

La montée en puissance des acteurs de l’ESS entraine, elle aussi, des confusions troublantes. Pour mémoire, l’ESS est composé des associations, des mutuelles, des fondations, des coopératives et des entreprises commerciales d’utilité sociale. Le débat n’est pas de savoir si l’ESS est d’intérêt général (notion purement fiscale) mais la place qu’occupe l’économie sociale et solidaire dans notre société. Les mutuelles, les coopératives ou les entreprises de l’ESS sont des acteurs économiques à part entière qui ne prétendent pas s’immiscer dans le champ de l’intérêt général mais qui entendent développer une vision sociale et humaine de l’économie.

Dura lex, sed lex. Seul compte le Code général des impôts et il est clair en matière d’intérêt général. Pour être en être caractérisé, il faut :

  • mener des actions présentant au moins l’un des caractères visés visé aux articles 200 et 238 bis du Code général des impôts
  • être gérés de manière désintéressée
  • exercer des activités non lucratives de manière prépondérante
  • ne pas fonctionner au profit d’un cercle restreint de personnes

Dès lors, les contorsions sont inutiles : ESS et intérêt général sont deux notions distinctes ! Si chacun comprend bien, d’une part la nécessité de financer des acteurs qui innovent dans leur modèle et, d’autre part, l’envie de soutien à des initiatives solidaires, les entreprises toute ESUS (entreprise solidaire d’utilité sociale) qu’elles soient ne sont pas éligibles au mécénat (sauf exception) sans quoi il y aurait une distorsion évidente de traitement entre les associations d’intérêt général et les entreprises ESUS ! Cela peut paraitre injuste à certains, mais ainsi est la loi.

Se pose enfin la question de l’articulation entre « mécénat » et « RSE ». Très clairement, aujourd’hui, le mécénat est le prolongement de la RSE mais la RSE n’est pas du mécénat ! Si l’entreprise a tout intérêt – au travers de sa politique de mécénat – à collaborer avec ses parties-prenantes (ou ses communautés dans une vision anglo-saxonne), le mécénat est un don sans contrepartie directe. Là aussi, l’arrêté du 6 janvier 1989 relatif à la terminologie économique et financière est sans appel.

RSE et ESS sont là aussi deux notions distinctes : elles ont en commun le « social » mais n’ont en aucun cas les mêmes finalités. La politique RSE peut chercher à soutenir la dynamique ESS de son territoire mais dans une logique de soutien à un écosystème économique (puisque inclus mutuelle, coopératives et entreprises).

Les normes, décrets et lois ne sont pas intangibles. Il nous appartient de « moderniser » l’arsenal législatif en fonction de nos besoins et de nos réalités. Mais il nous appartient de ne pas mélanger sciemment les concepts ni d’oublier nos fondamentaux. Aussi, l’arrêté de 1989 ne souffre-t-il d’aucune ambiguïté : le mécénat est sans contrepartie directe… Dès lors, si l’entreprise cherche à récupérer un avantage matériel ou immatériel (et elle est légitime à le faire), le mécénat n’est pas le vecteur approprié. Il s’agit d’un partenariat des plus classiques mais qui ne donne pas lieu à réduction d’impôts. Entreprises, associations ou entreprises ESUS ont tout intérêt à développer des partenariats mais dans un cadre juridique distinct.

Cette tendance des dernières années à inventer de nouveaux concepts, à tordre les définitions, à (ab)user de chausse-pieds pour dévoyer le sens même du mécénat est gênante. Elle introduit l’idée que les entreprises chercheraient à masquer des intérêts derrière des politiques de partenariat : développer son image (c’est de la communication), chercher de nouveaux clients (c’est du marketing) ou développer de nouveaux produits (c’est de la R&D). Il n’y a rien de honteux à ce que le mécénat crée des passerelles entre l’entreprise et le tissu associatif et d’intérêt général au sens large. Bien au contraire, c’est une dynamique vertueuse que de favoriser les conditions du partage : partage d’expériences, connaissance du territoire… Le mécénat est d’autant plus noble et légitime qu’il relève d’un acte libre de l’entreprise.

Mais il semble que le mécénat soit devenu trop étroit pour certains qui cherchent non pas à le développer mais à le dévoyer. C’est malheureux. L’ADMICAL contribue depuis plus de 30 ans à définir clairement les contours du mécénat, tout comme le Centre français des fonds et fondations cherche déjà depuis plusieurs années à préciser les interactions RSE / Mécénat et le rôle des fondations d’entreprises.

Il ne faut pas s’étonner enfin que des acteurs associatifs viennent reprocher (à juste titre) au mécénat d’entreprise de ne plus remplir sa mission : celui de rendre possible des projets d’intérêts général.

À titre personnel, je regrette vivement que tous les efforts entrepris depuis des années par l’AFF sur la structuration des métiers de fundraisers et plus récemment par le CFF sur les métiers de grantmakers soient ainsi niés par un mélange et une inadaptation de concepts qui n’ont comme seul impact de brouiller encore un peu plus la vision du grand public sur nos métiers qui ont pourtant un bel avenir devant eux.

RSE et mécénat sont-ils solubles ?

A l’initiative du Centre français des fonds et fondation, une rencontre était organisée ce vendredi 15 janvier 2016 à la Fondation EDF sur le thème de « la contribution de la fondation d’entreprise à la démarche RSE de l’entreprise ».

Quelles frontières et quelle définition ?

D’aucun juge ce débat artificiel, considérant que de facto, la Fondation s’intègre dans la contribution sociétale des entreprises. D’autres, au contraire, estiment que la Fondation n’a pas sa place dans la stratégie RSE de l’entreprise, un organisme d’intérêt général étant par essence déconnecté des enjeux de l’entreprise, le débat ne pouvant porter que sur les frontières « mécénat / RSE ».

Évacuons d’emblée la problématique de terminologie et le périmètre. Doit-on parler de responsabilité sociale ? de responsabilité sociétale ? de responsabilité sociale et environnementale ? de développement durable ? En réalité, la RSE couvre l’ensemble de ces définitions dans une seule et unique dynamique : celle de la « responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société » selon une définition proposée par la Commission européenne.

La RSE « conduit ainsi les entreprises à se fixer des objectifs non seulement économique, mais aussi sociaux, sociétaux et environnementaux afin d’inscrire sa croissance dans le long terme » comme le souligne Isabelle de Bayser Directrice d’Active RSE. En France la norme ISO 26000 permet de décliner la RSE au travers de 7 principes, résumés dans la marguerite ci-dessous.  :

http://labelsetterritoires.eu

http://labelsetterritoires.eu

Issue d’un large consensus et approuvée par 99 pays, cette norme définit la responsabilité des entreprises en matière sociétale et repose sur 3 points essentiels : le principe de responsabilité, l’implication des parties prenantes et la déclinaison des 7 principes illustrés plus haut. Par ailleurs, la loi NRE de 2001 oblige les entreprises cotées à rendre public un reporting social et environnemental.

Ainsi, le principe même de responsabilité est de rendre compte de ses actions dans une dynamique de transparence. Les choix stratégique de l’entreprise doivent être expliqués et s’inscrire dans un reporting public. Le dialogue avec l’interne et l’externe est également l’un des grands principes de la RSE. Dès lors, le mécénat s’intègre parfaitement dans une dynamique d’engagement citoyen de l’entreprise.

 

Un engagement volontaire de l’entreprise

Jusque dans le début des années 2000, le même débat a animé la communauté professionnelle des acteurs du mécénat au sujet des interactions « communication / mécénat ». Le mécénat (et a fortiori la Fondation – identité encore plus forte d’une politique de mécénat) procédait-il du prolongement de la communication de l’entreprise puisqu’il contribue à l’image de la marque ou au contraire exprimait-il un engagement volontaire en faveur de l’intérêt général, marqueur d’une contribution financière envers les territoires sur lesquels l’entreprise est implantée ?

Ce débat n’a jamais été vraiment résolu, même si personnellement je milite pour une déconnexion totale de la Fondation vis-à-vis de la communication corporate. Néanmoins, les habitudes se sont installées et chaque entreprise mène aujourd’hui une politique de mécénat qui lui est unique et qui s’intègre dans son identité. Faut-il rejouer la bataille d’hernanie et chercher à opposer le couple « RSE / Mécénat » ou ne faudrait-il pas accepter que le mécénat s’intègre naturellement dans une stratégie RSE, quand bien même il serait mis en œuvre au travers d’une fondation (outil juridiquement distinct de l’entreprise) ?

Walt Disney a résolu ce nœud gordien en intégrant pleinement le mécénat dans sa politique RSE, dans une démarche largement ouverte envers ses parties prenantes (cf. le schéma ci-dessous). Les entreprises anglo-Saxonness, comme Disney, identifient cette approche sous le nom de « corporate citizenship » qui recouvre l’ensemble des engagements volontaires de l’entreprise envers les communautés locales. Cette notion est intéressante car elle couvre un spectre plus large que la définition française du mécénat qui obéit avant tout à un cadre fiscal : celui de l’intérêt général.

« toutes les actions qui font du bien à la communauté sont bonnes à prendre »

Jeff Archambault, Vice President Corporate Citizenship EMA, souligne que la démarche d’acteur responsable de Disney est intégrée : « conduire le business et créer de produit de manière éthique, mais aussi inspirer les autre en faisant la promotion du bien-être et du vivre ensemble sont les marqueurs de notre engagement citoyen ». Valeurs propres au Groupe, objectifs de RSE et politique de mécénat sont indissolubles. Si Disney possède une Fondation, elle n’est dédiée qu’aux seuls financements de dispositifs liés à ses salariés (exclusivement aux USA), le choix a été fait de s’affranchir d’une telle structure pour son mécénat lié aux parties prenantes externes. Cette approche américaine relève sans aucun doute d’un pragmatisme des affaires où tout un chacun est impliqué dans un même territoire : « toutes les actions qui font du bien à la communauté sont bonnes à prendre » confirme-t-il. Plus qu’une cohérence, sans doute faut-il y voir une imbrication entre les valeurs véhiculés par la marque et l’implication du Groupe dans la société tout entière, en particulier au regard du poids financier et culturel de Disney. C’est du « gagnant-gagnant » insiste enfin Jeff, « de la valeur-partagée pour tout un chacun  [share-value] ».

http://citizenship.disney.com

http://citizenship.disney.com

Les esprits cartésiens y verront peut-être une forme de confusion entre les intérêts de l’entreprise et ceux de la société civile. J’y vois pour ma part une forme de réalisme. Les Américains privilégient la finalité aux modalités alors qu’en France, le débat « Mécénat / RSE » est corseté dans une notion purement fiscale et juridique au détriment de la vision sociétale. Je crois donc qu’il n’ y pas lieu d’opposer les deux d’autant plus que ni les salariés, ni le grand public, ne font bien souvent la distinction entre les différents moyens d’interventions dont dispose l’entreprise.

C’est le parti prit par Adecco. Conscient que le travail temporaire génère certaines externalités négatives, le Groupe a souhaité réfléchir à une politique RSE large avec une vision précise de ce qui relève de la responsabilité première de l’entreprise (la santé et la sécurité au travail, l’évolution professionnelle par exemple), des politiques liées à l’emploi en général comme l’enjeu central de l’égalité des chances. Pour Bruce Roch, Délégué général de la Fondation Groupe Adecco et Directeur de la RSE la séparation est évidente et ils se créent des synergies naturelles entre RSE et mécénat, sans confusion possible.

Pour conclure, si « la RSE n’est que le respect des règles que l’on est en droit d’attendre d‘une entreprise » comme l’indique Muriel Voisin Directrice RSE de Dalkia, « le mécénat est avant tout un acte libre et volontaire de l’entreprise » comme le rappelle Delphine Lalu Déléguée générale de la Fondation AG2R la Mondiale. S’il est évident que le mécénat à la française a du mal à s’intégrer dans les cadres internationaux du reporting extra-financier, il n’en reste pas moins qu’il est pleinement complémentaire d’une démarche RSE. L’existence d’une Fondation est par ailleurs un marqueur fort de l’entreprise envers la société civile, un engagement pérenne et aux bénéfices du plus grand nombre !

Nils Pedersen
Conseiller Mécénat – Fondation groupe EDF

« le mécénat est avant tout un acte libre et volontaire de l’entreprise »

Prix de la Fondation Chirac pour agir au service de la Paix

Remise des prix au musée du quai Branly

Remise des prix au musée du quai Branly

Rendre hommage aux hommes et aux femmes qui œuvrent pour la paix et la culture. En ce lendemain d’attentats qui ont frappé la France, les deux prix de la Fondation Chirac revêtent un sens particulier ; attribués à Latifa Ibn Ziaten et Aldiouma Baba des Banques culturelle du Mali, ils sont dans la vérité de l’actualité. Si le Président Chirac n’a pu assister ce matin à cette remise, la présence du Président de la République témoigne de l’importance de ces actions qui visent à lutter contre la haine et la radicalité, le fanatisme. Ce matin, c’est un message de paix et de tolérance qui a été porté par l’ensemble des personnalités présentes qui ont appelé au meilleur de le l’être humain : son intelligence.

Latifa Ibn Ziaten s’est particulièrement démarquée en défendant un dialogue fécond sur la laïcité. La France est unie dans sa diversité quand elle croit et partage ses valeurs. La France est elle-même quand elle défend un idéal de paix de solidarité et évidemment le dialogue des cultures.

Énormément d’émotion et de solennité ce matin dans cet amphithéâtre Lévi-Strauss. Un moment de dignité et de respect. Et comme l’a rappelé François Hollande, « la France répondra à la haine par la fraternité, à la terreur par le droit, au fanatisme par l’espérance. En étant tout simplement la France ».

 

« La France répondra à la haine par la fraternité, à la terreur par le droit, au fanatisme par l’espérance. En étant tout simplement la France ».

L’évaluation dans la pratique du mécénat

EY et l’IMS se sont associés pour réaliser la première édition du Panorama des fondations et fonds de dotation créés par des entreprises et livrent un regard croisé unique sur la pratique dans le secteur avec un focus pour cette édition sur le développement des pratiques d’évaluation.

J’ai eu l’occasion d’être interrogé sur l’évaluation dans les fondations (propos recueilli par Juliette Gayraud).

La Fondation EDF, forte de près de 30 ans d’engagement, fait partie des premières fondations d’entreprise en France. Elle s’est nourrie des valeurs de proximité, de solidarité et de responsabilité ancrées dans l’ADN de l’établissement public dont elle est issue, une vocation qu’EDF a maintenue après l’ouverture de son capital en 2005. Cette ancienneté, si elle conforte notre légitimité, exige aussi de régulièrement évaluer et renouveler nos actions.

En 2013, la Fondation a connu un tournant avec l’organisation en trois nouveaux axes de son champ d’action : l’inclusion sociale, l’autonomie et l’intervention humanitaire. Le conseil d’administration ayant entériné cette nouvelle direction a également affirmé sa volonté que les projets soutenus par la Fondation soient désormais évalués. La démarche d’évaluation, timidement entrée dans les pratiques de la Fondation en 2010 avec la publication d’un guide des partenariats, était jusque-là plutôt partielle et subjective.

Aujourd’hui, la convention signée entre le porteur de projet et la Fondation prévoit l’évaluation comme étape essentielle de l’accompagnement. Réalisée « à trois voix » par le porteur de projet, son parrain EDF et la Fondation, cette évaluation a lieu au terme du partenariat, qui dure généralement une année. Son objectif est avant tout d’évaluer la relation partenariale entre le porteur de projet et la Fondation.

Nous n’avons pas vocation à mesurer l’impact du projet, qui relève davantage, selon nous, de ses initiateurs ou de la puissance publique – d’autant que l’exercice ne serait guère probant dans le cas de projets limités à un an. En termes de méthode, il ne s’agit évidemment pas de calquer les processus d’évaluation de l’entreprise aux projets de la Fondation. Si nous sommes intimement liés à EDF, nous conservons une culture propre du mécénat qui ne peut être réduite à des indicateurs et à la mesure du retour sur investissement.

Nous préférons ainsi construire l’évaluation autour de questions telles que la conformité de l’action au projet, le potentiel innovant, les difficultés de mise en œuvre, le degré d’association du mécène et du parrain, la satisfaction des parties, etc. Ces axes sont codéfinis avec le porteur de projet au moment de la signature de la convention. Certaines associations intègrent désormais d’elles-mêmes une démarche d’évaluation dans les projets qu’elles nous soumettent, et il est vrai que cela représente une véritable plus-value qui peut influencer positivement notre sélection. Mais ce n’est pas une pratique que nous pouvons attendre de tous, de même que nous ne pouvons pas nous permettre, sur un partenariat d’un an, de complexifier le travail des porteurs de projet en exigeant d’eux objectifs, indicateurs et reporting.

L’intérêt de l’évaluation est surtout d’ouvrir le dialogue sur les résultats d’un projet, de capter les « signaux faibles », de définir des axes d’amélioration. Il s’agit aussi de développer une culture d’évaluation en interne, les retours que nous obtenons permettant d’avoir un regard autant critique que constructif sur notre accompagnement et sur la pertinence de nos nouveaux axes d’action.

Pour la Fondation EDF, l’évaluation est un état d’esprit plus qu’un processus, une ambition modeste mais résolue : tout en restant adaptée au format de nos partenariats et aux ressources des parties prenantes, elle doit s’installer durablement dans le paysage de notre action. »

L’intérêt de l’évaluation est surtout d’ouvrir le dialogue sur les résultats d’un projet, de capter les « signaux faibles »,
de définir des axes d’amélioration.

 

A noter que l’ADMICAL a largement travaillé sur ces sujets, à titre d’exemple :
Evaluer l’impact de ses actions : quel impact pour le mécène (Assises du mécénat du mécénat 2013)

Du bon usage de l’évaluation (colloque du 3 avril 2014)

Le lien social à travers l’art théâtral

Au cours de l’année 2012, pour la troisième année consécutive, le théâtre national de la Colline a accueilli les ateliers d’écriture et de jeu encadrés par le metteur en scène Stanislas Nordey, le comédien Thierry Paret et la dramaturge Lesly Six. Une centaine de participants on travaillé sur les textes et l’univers d’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll. Ils ont comme particularité de venir de tous milieux sociaux.

Ce projet est né d’un constat des responsables d’associations locales, des équipes de développement locales de la ville de Paris, des différentes communes limitrophes : certaines populations ont du mal à maîtriser la langue et les savoirs et se tro9782343018973ruvent ainsi reléguées en marge du système éducatif, de l’accès à l’emploi, de la protection sociale… Les ateliers proposés par La Colline constituent un outil artistique pour lutter contre ces exclusions, aux côtés des 400 structures solidaires (associations d’aide à l’insertion et de prévention, centres sociaux et missions locales) de l’Est parisien, mais également de toute la région Ile de France.

 

La Colline, théâtre national profondément ancré dans son quartier, souhaite être un théâtre pour tous. Implanté dans le 20ème arrondissement, un des plus peuplés de Paris, il bénéficie d’un environnement riche d’un tissu associatif très dense et d’une mixité sociale considérable qui constituent autant de composantes visant à bâtir des liens forts et durables entre vie artistique et vie associative.

 

Ces ateliers se proposent d’aller à la rencontre des publics de proximité les plus éloignés de la culture. Ce projet, ambitieux et stimulant, décloisonne une pratique identifiée comme réservée à une catégorie socio-culturelle privilégiée en adoptant une approche non-académique de l’écriture et de la pratique théâtrale. Cette pratique artistique originale participe au renforcement de la maîtrise linguistique et arrive en complément d‘autres modes d’apprentissage dont les participants peuvent bénéficier. La Colline, sans se substituer aux associations humanitaires ou de réinsertion, se joint à elles, et offre les outils en sa possession – un creuset artistique riche et une expérience pédagogique ancrée dans sa pratique depuis de longues années – afin d‘éviter les mécanismes d’isolement, en tentant de dessiner de nouveaux schémas sociaux.

Le théâtre a développé une politique active autour de l’écriture.

Des hommes et des femmes d’origines et d’horizons divers ont découvert le levier de l’écriture romanesque, poétique, autobiographique… La Colline, lieu d’inventions, entend aujourd’hui poursuivre l’apprentissage de l’écriture par le biais du domaine riche qu’est le jeu théâtral. Par ailleurs, tout au long de leur parcours au théâtre, les participants sont amenés à découvrir les autres ateliers de La Colline : soit en direction des collégiens et lycéens issus d’établissements de zones d’éducation prioritaire (ateliers de réception du spectacle et de lecture…), soit destinés au public abonné ou aux habitants du quartier (ateliers de lecture itinérant, ateliers de critique théâtrale…). La rencontre de ces différents projets enrichit le travail mené au sein des ateliers.

 

Les ateliers proposés par La Colline sont exemplaires d’une démarche de partenariat vertueuse.

 

La singularité de ce projet qui mixe des participants de plus d’une centaine de structures sociales est qu’il a intégré dés le début le regard de sociologue qui ont mené une évaluation de ces ateliers d’accès à la pratique théâtrale.

Ce projet a pu se concrétiser grâce au soutien de fondations, dont la Fondation Rothschild, la Fondation SNCF et la Fondation EDF. Les mécènes ne viennent en rien se substituer aux obligations d’éducation artistiques des institutions de l’Etat, au contraire, ils permettent d’explorer de nouveaux champs d’actions, ce qui est l’essence du mécénat, de soutenir des initiatives qui permettent de tester de nouvelles pratiques de médiation. En la matière, les équipes du Théâtre sont mobilisées autour d’un artiste de renom – Stanislas Nordey – qui croit en la culture comme vecteur d’émancipation et de transmission. Ces jeux atour de la langue et du théâtre donnent une occasion unique pour des publics qui ne croisent pas (jeunes, personnes âgées, étrangers…) de se rencontrer, de se connaître, de prendre confiance en eux dans une logique de réseau.

 

La mise en place d’une évaluation par une équipe de sociologues issus de l’université est incontestablement un point positif. L’action permet de se projeter sur « un après » : qu’est-ce que les participants ont tirés de cette expérience en termes personnels ? Cette évaluation permet de valider les intuitions et les objectifs du projet et ainsi lui permettre – nous espérons – de perdurer voire de se dupliquer ailleurs. A noter que les 3 fondations qui ont soutenus ce projet ont souhaité travailler de concert sur les questions de suivi et d’évaluation. Comme quoi le mécénat sert véritablement à créer des passerelles !

 

Ouvrage disponible aux éditions de L’Harmattan